Les souverainistes dominent-ils vraiment les médias québécois ? Les internautes sont sceptiques

Partagez

SHERBROOKE — Les chroniqueurs souverainistes seraient-ils aujourd’hui surreprésentés dans les grands médias québécois? C’est la question soulevée cette semaine par l’analyste de politiques publiques Patrick Déry, qui s’est demandé où étaient passées les grandes voix fédéralistes dans le paysage médiatique québécois. Une interrogation qui a rapidement provoqué une série de réactions, particulièrement sur Reddit, où plusieurs internautes ont plutôt l’impression d’observer le phénomène inverse.

Déry avance notamment que les voix souverainistes demeurent particulièrement actives et visibles parmi les chroniqueurs vedettes des grands journaux québécois. Mais dès que son intervention a été relayée sur le forum r/Quebec, plusieurs utilisateurs ont contesté cette lecture du paysage médiatique.

Une longue liste pour contester l’idée

L’internaute Mana-Dyluck a notamment dressé une longue liste de personnalités qu’il associe davantage au fédéralisme ou à des formations politiques fédéralistes. Il cite entre autres Gaétan Barrette, Yasmine Abdelfadel, Rodolphe Husny, Marc-André Leclerc et Thomas Mulcair dans l’univers de Québecor.

Du côté de Radio-Canada, le même internaute évoque notamment Tasha Kheiriddin, Paul Wells, Michel C. Auger, Dimitri Soudas, Michelle Courchesne, Michael Fortier et Françoise Boivin.

Cette façon de classer les chroniqueurs et analystes a toutefois elle-même ses limites. Tous n’affichent pas publiquement une préférence constitutionnelle claire, et être un ancien élu d’un parti fédéraliste ne signifie pas nécessairement que chacune de ses interventions médiatiques est faite à travers ce prisme.

Le cas de Chantal Hébert a d’ailleurs immédiatement provoqué une discussion. Alors qu’un internaute l’incluait parmi les voix supposément fédéralistes, un autre a rappelé qu’elle ne revendique publiquement aucune affiliation politique et qu’elle s’est bâtie une réputation d’analyste capable de critiquer autant les souverainistes que les fédéralistes.

Radio-Canada au coeur du débat

Plusieurs participants ont surtout reproché à l’analyse de négliger Radio-Canada. L’utilisateur maxdenhaag affirme même observer « exactement le contraire » de ce que décrit Déry, demandant où se trouvent les chroniqueurs ouvertement souverainistes à Radio-Canada, La Presse, Cogeco ou dans les Coopératives de l’information.

D’autres lui ont rapidement répondu en évoquant Jean-François Lisée et Pierre Duchesne. La discussion a ensuite porté sur la fréquence réelle de leurs présences à l’antenne et sur le rôle de panéliste, de commentateur ou de chroniqueur, qui n’est pas nécessairement comparable à celui d’un éditorialiste permanent.

Ce détail est loin d’être anodin. Pour déterminer s’il existe véritablement une surreprésentation d’un camp, encore faudrait-il s’entendre sur ce qui doit être comptabilisé : les chroniqueurs écrits, les animateurs de radio, les panélistes occasionnels, les anciens politiciens devenus analystes ou l’ensemble de ces catégories.

Une question beaucoup plus difficile à mesurer qu’il n’y paraît

Le débat met surtout en évidence la difficulté de mesurer objectivement l’orientation politique du monde médiatique québécois.

Il est relativement facile d’identifier un ancien ministre libéral ou un ancien chef péquiste. Il devient beaucoup plus hasardeux de placer une étiquette « fédéraliste » ou « souverainiste » sur un journaliste ou un chroniqueur qui n’a jamais fait connaître son vote ou sa position constitutionnelle.

Même parmi les souverainistes, les différences peuvent être considérables. Un chroniqueur favorable à l’indépendance du Québec peut être à gauche, à droite, nationaliste, progressiste ou conservateur. Il en va de même du camp fédéraliste.

Sur Reddit, certains ont d’ailleurs accusé Patrick Déry d’avoir choisi un échantillon trop restreint pour appuyer son raisonnement. D’autres internautes, au contraire, estiment que les souverainistes demeurent effectivement beaucoup plus visibles dans certains grands journaux. Quelques participants ont finalement jugé que la télévision est relativement équilibrée, mais que le portrait change considérablement lorsqu’on passe à la radio.

Une vieille division toujours bien présente

Près de trente ans après le référendum de 1995, la question nationale continue donc de servir de grille de lecture au Québec, y compris lorsqu’il est question des médias.

La discussion démontre également quelque chose d’assez révélateur : selon le média que l’on écoute, le journal que l’on lit et les chroniqueurs que l’on suit, deux personnes peuvent avoir une perception complètement opposée de l’équilibre politique dans l’espace public.

Avant de pouvoir parler sérieusement de surreprésentation souverainiste ou fédéraliste, il faudrait probablement une analyse beaucoup plus large, avec des critères identiques pour tous les médias et surtout une distinction entre les positions politiques connues d’une personnalité et celles que le public lui attribue.

Pour l’instant, une chose est certaine : la question lancée par Patrick Déry n’a pas réglé le débat. Elle l’a plutôt relancé.

Sources :

  • Discussion publique publiée sur le forum r/Quebec concernant l’intervention de Patrick Déry

Nouvelles

Actualités