Au-delà de la crise : comment renouveler la culture québécoise

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SHERBROOKE – Récemment, un dossier du Journal de Montréal a fait controverse sur les réseaux sociaux. On a présenté plusieurs artistes, certains célèbres, d’autres moins, qui en arrachaient par les temps qui courent. Ceux qui sont au fait de la réalité culturelle au Québec savent que les artistes qui ne gagnent pas 20 000$ par année ne date pas d’hier. Cependant, la réaction hostile d’une partie de l’opinion publique interroge sur le rôle que l’on souhaite accorder à la culture au Québec.

Une télé vieillissante en crise

Ce n’est un secret pour personne que la télé est en péril au Québec. Le groupe Québecor, qui possède TVA et plusieurs chaînes spécialisées, par le biais de son PDG Pierre-Karl Péladeau, affirme qu’il est minuit moins une pour l’industrie. Les accusés sont nombreux : les réseaux sociaux, les géants du streaming tels que Netflix, mais aussi le diffuseur public Radio-Canada, qui reçoit des milliards en financement, en plus d’avoir le droit de diffuser de la publicité.

Mais pour certains, on espère sauver les meubles en déshabillant Pierre pour habiller Paul. Qui a dit que la culture se devait de passer par un diffuseur traditionnel d’ailleurs ? L’immense succès de la série Vitrerie Joyal, mettant en vedette Pierre-Luc Funk et Martin Matte, a prouvé qu’il y avait un appétit pour des séries québécoises de qualité.

Il serait vain de vouloir toujours réglementer davantage les GAFAM, les réseaux sociaux ou les services de streaming. Ils ont prouvé qu’ils étaient capables de contourner la loi, et de pénaliser carrément les utilisateurs situés au Canada. On l’a vu avec Meta, maison mère de Facebook et Instagram, qui a empêché tous les sites d’information d’avoir droit de cité au Canada.

Pour cela, il faut jouer stratégique, et peut-être prendre des risques.

Redonner le goût de la culture en s’adressant aux nouvelles générations

Il faut le dire d’emblée : la télé traditionnelle, la musique à la radio, ne touche plus un aussi grand public qu’avant, et cela a plusieurs causes. La télé est un médium vieillissant : la moyenne d’âge des téléspectateurs des chaînes généralistes au Québec est de 56 ans. Faut-il s’étonner que les jeunes ne s’identifient pas à ce qui est diffusé ?

On associe la culture à la diffusion par les médias de masse traditionnels. La musique, la radio, les grands spectacles. Pourtant, la culture vit au quotidien dans des sous-sols d’église, où des grands-mères font du tricot. La culture est aussi celle des youtubeurs, qui font des podcasts sur tous les sujets imaginables. On continue en masse de créer en français, mais les succès des petits – et certains désormais assez gros – créateurs de contenu ne sont pas assez mis de l’avant.

Mais ceux-ci ont un avantage sur l’establishment pointé du doigt sur les réseaux sociaux : ils ne sont pas associés à l’ancienne garde.

Les médias traditionnels et leurs artisans doivent prendre d’assaut les plateformes modernes

Qu’ont en commun les artistes qui ont été interrogés par le Journal de Montréal ? Ce sont des gens qui font partie des structures officielles : maisons d’éditions reconnues, de production, de théâtres ayant pignon sur rue ou encore à la télé traditionnelle. Reconnaissons à César ce qui appartient à César : la plupart excellent dans leur domaine, et la société est souvent ingrate à leur égard.

Cependant, c’est aux artistes de prendre d’assaut les plateformes modernes, telles que YouTube, afin de diffuser leur art. Le problème de la culture en 2026, en plus de la dispersion, de l’atomisation, en est un de visibilité. Il faut accepter que l’on joue avec les algorithmes comme avec une machine à sous. Ça peut ne pas marcher, mais ça peut aussi.

La culture ne saurait se limiter aux séries de TVA, qui s’adressent à un public de gens vieillissant de moins en moins nombreux. Il faut oser sortir des sentiers battus. Qui aurait prédit l’énorme succès de la série coréenne Squid Game ? Pourtant, son créateur a essayé une quantité impressionnante de refus avant de connaître le succès grâce à Netflix.

Qu’est-ce qui empêche nos créateurs québécois de faire des films et des séries de genre ? De science-fiction, d’horreur, fantastique. De faire appel à notre patrimoine historique. Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de film à grand déploiement sur Pierre Lemoyne d’Iberville ? Ou encore sur la vie de Samuel de Champlain ? Si vous n’êtes pas trop Nouvelle-France, qu’est-ce qui empêche d’exploiter le folklore autour des maisons hantées, ou de sa version moderne qui se manifeste par l’urbex sur les réseaux sociaux ?

Le Québec a toutes les cartes en main pour réussir : un gouvernement interventionniste qui aide la culture, des gens qui ont soif de produits culturels québécois, même s’ils ne se reconnaissent pas dans l’offre actuelle. Nous avons aussi une histoire, un patrimoine, un folklore avec ses recoins inexplorés. La culture au Québec n’a pas dit son dernier mot. Mais c’est évident qu’il faudra essayer des choses qui ne l’ont jamais été avant si on veut la faire perdurer.

Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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