SHERBROOKE – Le 1er juillet marquera une date importante de notre calendrier, selon nos allégeances politiques. Pour les nationalistes et les indépendantistes, il s’agit surtout de la fête du déménagement, ce moment bien québécois où l’on aide parents et amis à transporter divans, boîtes et électroménagers, en échange d’une couple de bières et de quelques pointes de pizza. Pour les fédéralistes, il s’agit plutôt de la fête du Canada, qui commémore l’entrée en vigueur, en 1867, de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, marquant la naissance du Canada dans lequel nous vivons encore aujourd’hui.
Mais deux visions s’affrontent. Pour les indépendantistes québécois, la Confédération fut adoptée dans des circonstances nébuleuses, peu démocratiques même au regard des normes de l’époque. Ceux qui osaient dire non à l’union étaient considérés comme potentiellement en rébellion contre l’Église, qui avait choisi son camp. D’ailleurs, à l’époque, seuls les hommes propriétaires pouvaient voter, et le vote secret était encore un concept digne de la science-fiction!
De l’autre côté du spectre, le Canada fut fondé sur une base décentralisée, redonnant ainsi au Québec son autonomie dans le contrôle de la santé et de l’éducation. Le fédéral s’occupait des grands projets d’infrastructure, comme le chemin de fer transcanadien, des postes et de l’armée. Les libéraux seront longtemps appuyés par le Québec, tandis que les conservateurs étaient davantage le parti du Canada anglais.
Mais le Québec n’a jamais réellement adopté la fête du Canada dans son cœur. Oui, c’est un congé férié, mais plusieurs villes d’importance, dont Sherbrooke, n’organisent pas de grandes célébrations officielles pour cette journée. À Ottawa, se tient un grand concert sur la colline du Parlement, mais dans l’ensemble, les Québécois sont relativement indifférents face à cette journée que les fédéralistes auraient voulu développer davantage dans une optique de « nation building ».
Pour autant, il ne faut pas se méprendre sur la journée du déménagement. Les Québécois ont longtemps eu une culture du déménagement très marquée. Jusqu’à la récente crise du logement, il était normal pour plusieurs Québécois de déménager dans le même quartier, ou carrément dans le même immeuble, pour voir si l’herbe y était plus verte. Cette tradition remonterait à la Nouvelle-France.
Jusqu’aux années 70, le bail finissait le 1er mai. Or, la fin des classes n’est pas avant la troisième semaine de juin. Ce qui faisait que les enfants devaient intégrer une nouvelle école, et ce, pendant seulement quelques semaines avant les vacances d’été. C’est le gouvernement de Robert Bourassa qui a décidé de changer la date pour fixer la fin légale des baux au 30 juin, ce qui a mené à la grande tradition du déménagement autour du 1er juillet. Il ne s’agit donc pas, malgré certaines théories, d’une manipulation venant des péquistes pour miner la fête du Canada.
Le jour du déménagement est par contre utilisé comme boutade par les indépendantistes afin de moquer la fête du Canada, qui a toujours fait l’objet de critiques chez nous, peu importe les époques. On se souvient d’ailleurs des militants, accompagnés du cinéaste Pierre Falardeau, qui se rendaient à la fête du Canada pour dénoncer le gouvernement d’Ottawa.
Après le référendum de 1995, perdu par moins de 1 % par le camp du Oui, les fédéralistes sont passés au plan B. Non seulement ils ont voté des lois pour encadrer le seuil qui serait considéré comme légitime en vue d’un futur référendum, mais ils ont aussi financé massivement la fête du Canada. En faisant jouer sur scène les artistes les plus connus du moment. En distribuant gâteau unifolié, drapeaux canadiens et épinglettes en quantités massives.
Or, malgré ces tentatives de « nation building », le fédéral s’est toujours buté à une porte fermée au Québec. Les Québécois ont peut-être des sentiments ambivalents face à l’idée d’indépendance, mais la fête du Canada n’est pas une tradition profondément ancrée. En tout cas, pas autant que la fête nationale du Québec, ou la Saint-Jean-Baptiste, qui continue de rassembler dans des fêtes, petites et grandes, partout au Québec. Alors que le Canada a du mal à imposer une fête d’envergure à Sherbrooke.
Et vous, que ferez-vous pour le congé de la fête du Canada? Fêterez-vous la fédération canadienne ? Ou la fête du déménagement ?
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

