SHERBROOKE – En octobre prochain, nous aurons l’occasion de participer à des élections provinciales parmi les plus importantes des dernières décennies. Si le Parti québécois est pour le moment toujours favori dans les sondages, malgré une hostilité croissante de certains médias et commentateurs, son grand retour a aussi des conséquences que l’on voit de plus en plus dans l’espace public.
Depuis peu, le gouvernement libéral à Ottawa semble avoir relâché la pédale sur la pression qu’il mettait sur le Québec afin qu’il cède devant l’agenda libéral canadien. On a pu voir Mark Carney, qui n’est pas spécialement reconnu pour être un fin connaisseur du Québec, de même que ses ministres québécois, dont Marc Miller, sortir pour souhaiter une bonne fête nationale aux Québécois.
On se souvient que, par le passé, les libéraux hésitaient à désigner le Québec comme une nation. La motion adoptée sous les conservateurs de Stephen Harper en 2006, à savoir que le Québec constituait une nation dans un Canada uni, avait largement fait débat chez les libéraux.
Le Parti rouge a toujours eu du mal avec l’idée d’affirmer la culture québécoise, vue comme une forme de repli identitaire qui ne cadrerait pas avec le projet de société multiculturelle voulu par les libéraux canadiens. Au point où même l’Initiative du siècle, un groupe de réflexion lié aux milieux d’affaires torontois, mettait de la pression pour que le Canada ouvre toutes grandes les portes à l’immigration.
Jusqu’au départ de Justin Trudeau, les libéraux se permettaient de provoquer le Québec, par exemple en minimisant les préoccupations du gouvernement québécois face à des seuils migratoires trop élevés. Les demandes du Québec afin d’obtenir certains pouvoirs étaient constamment mises sous le tapis. Mais depuis le grand retour du Parti québécois, qui a remporté plusieurs élections partielles majeures depuis 2023, les libéraux semblent avoir été forcés de revoir leur logiciel.
Un love-in 2.0 ?
On se souvient du love-in lors du référendum de 1995. Des gens de tout le Canada sont venus au Québec, grâce à l’argent du fédéral, pour dire aux Québécois de ne pas quitter la fédération. On a appris par la suite que l’opération s’était faite en total mépris des lois électorales québécoises qui limitent le financement partisan. Mais l’idée était là : dire aux Québécois qu’on les aime.
Depuis peu, le fédéral, ses ministres, ses influenceurs et ses partisans semblent avoir changé de cap. Jusqu’à récemment, les reproches à l’égard du Québec étaient nombreux : lois linguistiques, critiques à l’égard des lois sur la laïcité, accusations de xénophobie grandissante parmi la population, réglementations qui limitent le pouvoir des entreprises. Mais maintenant, on dit au Québec qu’on l’aime, que les Québécois font pleinement partie de la fédération et que l’on célèbre leur différence.
On se souvient qu’il y a quelques années à peine, Justin Trudeau avait du mal à souhaiter une bonne fête nationale aux Québécois, l’événement étant souvent occulté par la fête nationale d’autres pays comptant une diaspora au Canada. Ce qui ne manquait pas d’être observé par certains sur les réseaux sociaux.
Ce qui sera à observer au cours des prochains mois
Le premier ministre canadien Mark Carney a récemment promis une enveloppe de près de 10 milliards de dollars au Québec sur dix ans pour des projets d’infrastructures, de transport et de développement. Les chantiers maritimes fonctionnent à plein régime et font de la publicité pour recruter des travailleurs. Des annonces ponctuelles de députés fédéraux mentionnent aussi des investissements dans des entreprises québécoises.
Or, pourquoi autant, en si peu de temps ? Il serait naïf de croire que le retour sur la scène politique du Parti québécois, et de son chef, Paul St-Pierre Plamondon, ne joue aucun rôle dans le ton adopté par Ottawa. Au cours des prochains mois, observez les communiqués et les annonces dans les médias : il est fort probable que le fédéral souhaite justifier son existence au Québec par le biais de l’argent.
Car avant de sortir le bâton, il a tout intérêt à sortir la carotte. Ne soyez donc pas surpris de ces montants d’argent : le camp fédéraliste veut convaincre les Québécois que le Canada leur rapporte encore quelque chose. Ces tactiques sont connues et ont déjà été dénoncées, par Jacques Parizeau en premier lieu, mais aussi par Normand Lester et Robin Philpot, dans leur enquête sur Option Canada.
Au final, ce nouveau discours d’amour envers le Québec n’est peut-être pas le signe d’un respect retrouvé, mais celui d’une inquiétude bien réelle. Quand le Québec redevient imprévisible, Ottawa se souvient soudainement qu’il existe. Aux Québécois maintenant de voir clair dans le jeu.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

