SHERBROOKE – Le Parti libéral du Québec et plusieurs acteurs importants du milieu du livre demandent au gouvernement de maintenir une enveloppe budgétaire protégée pour l’achat de livres dans les écoles. La sortie survient alors que de nouvelles règles budgétaires proposées par la CAQ prévoient de fusionner dix programmes éducatifs en une seule enveloppe, ce qui ferait perdre au livre son statut particulier.
Concrètement, le milieu du livre craint que les sommes autrefois réservées à l’achat de livres deviennent une simple variable d’ajustement dans les budgets scolaires. L’idée du gouvernement est de donner davantage de flexibilité aux écoles et aux centres de services scolaires. Mais pour les libraires, les éditeurs, les écrivains et plusieurs intervenants en éducation, cette souplesse pourrait se traduire par moins de livres dans les bibliothèques scolaires et les coins lecture des classes.
Le communiqué transmis par l’aile parlementaire du PLQ affirme que les sommes consacrées à l’achat de livres devraient continuer de servir exclusivement à l’acquisition d’ouvrages, notamment dans les bibliothèques scolaires et les classes. Le milieu du livre réclame aussi que les quelque 37 millions de dollars consacrés à cette mesure soient maintenus intégralement et indexés d’une année à l’autre.
Un enjeu de réussite scolaire
Pour Madwa-Nika Cadet, députée libérale de Bourassa-Sauvé et porte-parole du PLQ en matière d’éducation, la lecture ne devrait pas être traitée comme une dépense optionnelle. Selon elle, diluer les budgets consacrés aux livres dans une enveloppe globale risque de fragiliser un outil essentiel à la réussite éducative, à la maîtrise du français et à la vitalité de la culture québécoise.
Cette inquiétude est partagée par plusieurs organismes du milieu littéraire et scolaire. L’Association des libraires du Québec, l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, l’Association nationale des éditeurs de livres, l’Association québécoise des professeur·e·s de français et plusieurs autres organisations figurent parmi les signataires de la demande.
L’argument central est simple : si les budgets ne sont plus protégés, les écoles pourraient être tentées d’utiliser ces sommes pour répondre à d’autres besoins urgents. Dans un réseau déjà sous pression, l’achat de livres pourrait alors passer après d’autres priorités, même si la lecture demeure au cœur de la réussite scolaire.
Une voix de Sherbrooke dans le débat
Le dossier touche aussi l’Estrie, puisque Martin Lépine, professeur agrégé en didactique du français à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, fait partie des voix citées dans cette sortie publique. Il rappelle que l’accès direct aux livres et la diversité des choix offerts aux élèves sont des leviers importants pour développer la motivation à lire.
Selon lui, les compétences en lecture ne sont pas un simple supplément dans le parcours scolaire. Elles sont liées à la persévérance, à la réussite éducative et au développement personnel des jeunes. Autrement dit, retirer la protection budgétaire accordée aux livres pourrait avoir des conséquences qui dépassent largement la question comptable.
Des librairies indépendantes aussi concernées
Au-delà des écoles, le milieu du livre craint également des impacts sur tout l’écosystème littéraire québécois. Laurence Monet, présidente de l’Association des libraires du Québec, soutient que le modèle québécois repose en partie sur les achats institutionnels, en plus de la vente au détail dans les librairies.
Dans plusieurs régions, les librairies indépendantes jouent un rôle culturel important. Elles ne sont pas seulement des commerces, mais aussi des lieux de diffusion, de découverte et de promotion de la littérature québécoise. Si les écoles réduisent leurs achats, ce sont donc à la fois les élèves, les auteurs jeunesse, les éditeurs et les librairies qui pourraient en ressentir les effets.
Le livre, plus qu’un poste budgétaire
Le débat oppose ainsi deux visions. D’un côté, le gouvernement souhaite offrir plus de flexibilité budgétaire au réseau de l’éducation. De l’autre, le milieu du livre estime que certaines mesures méritent justement d’être protégées, parce qu’elles répondent à des besoins fondamentaux.
Dans un contexte où la maîtrise du français, la réussite scolaire et l’accès à la culture sont régulièrement présentés comme des priorités nationales, plusieurs intervenants jugent incohérent de rendre plus vulnérable le financement consacré aux livres. Pour eux, l’achat de livres dans les écoles ne devrait pas dépendre des arbitrages budgétaires de fin d’année, mais demeurer une mesure claire, stable et protégée.
La question est maintenant de savoir si le gouvernement acceptera de revoir sa proposition. Pour le milieu du livre, le message est déjà lancé : une école qui veut former des lecteurs doit d’abord leur donner accès à des livres.
Source : Aile parlementaire du Parti libéral du Québec / CNW Telbec

