AYER’S CLIFF — À moins de quatre mois de la rentrée scolaire, une possible réorganisation au Centre de services scolaire des Sommets (CSSDS) inquiète de nombreuses familles.
À ce jour, aucun élève hors territoire n’a été officiellement accepté à l’école primaire Saint-Barthélemy pour la prochaine rentrée scolaire, une réalité qui touche près d’une trentaine d’élèves. Depuis des décennies, les élèves hors territoire ont pu fréquenter cette école sans aucune difficulté.
Par « hors territoire », on entend des élèves dont l’adresse de résidence relève d’un autre centre de services scolaire, même si l’école fréquentée est située à proximité de leur domicile. Cette réalité s’explique en partie par une particularité propre à Ayer’s Cliff : le village est situé à la jonction de trois territoires scolaires différents. Résultat: des enfants peuvent habiter à quelques kilomètres d’une école… sans y avoir accès.
Une réalité absurde sur le terrain
Dans les faits, la notion de « hors territoire » dépasse toute logique pour les familles concernées. Certains enfants vivent à moins de 2 kilomètres de l’école, mais pourraient être forcés de fréquenter une autre école simplement parce que leur adresse dépend d’un autre centre de services scolaire. Résultat : la nouvelle école qui leur serait assignée se situe à près de 20 kilomètres, et parfois même davantage.
Plus troublant encore : dans certains cas, l’autobus scolaire de l’école Saint-Barthélemy passerait directement devant leur maison, sans pouvoir les prendre. Comment expliquer à un enfant de cinq ans qu’il ne peut pas monter dans un autobus qui passe pourtant déjà devant chez lui pour aller chercher des élèves qui habitent encore plus loin de l’école ? Comment lui expliquer qu’il ne peut pas fréquenter l’école la plus proche, celle où se trouvent ses cousins et ses amis, ceux avec qui il a grandi à la garderie et partagé ses premières activités sportives, au cœur d’un petit village tissé serré ?
Une communication qui soulève des questions
Dans une lettre officielle datée du 17 avril 2026, le CSSDS informait les parents que la place de leur enfant à l’école Saint-Barthélemy n’était pas assurée à ce moment, précisant qu’une décision serait prise ultérieurement en fonction des besoins des élèves du territoire. Le document indiquait également que le transport scolaire hors territoire ne serait pas possible, tout en mentionnant qu’un état de situation serait transmis en juin et qu’une confirmation officielle pourrait être communiquée après le 15 août 2026.
Or, selon plusieurs parents, la situation a évolué rapidement. Le 28 avril, soit moins de deux semaines après l’envoi de la lettre, plusieurs affirment avoir reçu un appel de la direction adjointe de l’école Saint-Barthélemy leur indiquant qu’à cette étape-ci du processus, aucune place ne pouvait être confirmée pour leur enfant, avec la consigne d’entreprendre les démarches d’inscription dans une école de leur territoire. Une transition rapide qui laisse plusieurs familles dans l’incompréhension.
Le CSSDS affirme vouloir maintenir le groupe
Joint par téléphone, Serge Dion, directeur général adjoint du Centre de services scolaire des Sommets (CSSDS), affirme que l’organisation souhaite toujours maintenir un groupe au primaire à l’école Saint-Barthélemy afin de permettre aux élèves hors territoire de poursuivre leur parcours scolaire dans l’établissement. « Notre volonté, c’est de maintenir ce groupe-là puis de permettre aux élèves hors territoire, dans un processus plus progressif, afin que le changement soit moins brutal », explique-t-il. Il précise toutefois que le CSSDS doit d’abord répondre aux besoins des élèves de son territoire avant de pouvoir confirmer les places disponibles pour les élèves hors territoire. « On a une limite physique et une limite organisationnelle. On n’a pas des groupes à l’infini », affirme-t-il.
Selon les informations fournies par le CSSDS, la situation découlerait notamment d’une hausse importante du nombre d’élèves ainsi que d’une augmentation des demandes liées aux élèves à besoins particuliers sur le territoire au cours des dernières années. M. Dion indique que le CSSDS espère être en mesure d’avoir un meilleur portrait de la situation d’ici la mi-juin concernant le maintien possible d’un groupe au primaire.
Il précise que la décision finale concernant l’acceptation des élèves hors territoire pourrait être prise après le 15 août, puisque de nouveaux élèves du territoire pourraient déménager dans le secteur d’ici la rentrée scolaire et auraient alors priorité sur les places disponibles. « À ce jour, aucun élève hors territoire n’a été accepté. Mais ce n’est pas un refus définitif, c’est un processus qui évolue puis ce n’est pas terminé », affirme-t-il. Selon lui, même si un groupe supplémentaire était maintenu pour l’année scolaire 2026-2027, cette réalité pourrait devoir être réévaluée chaque année en fonction des besoins du territoire.
Près d’une trentaine d’élèves dans l’incertitude… et toute une communauté fragilisée
Près d’une trentaine d’élèves hors territoire seraient touchés par cette situation, avec un nombre exact de 22 élèves, dont environ 20 fréquentent déjà l’école Saint-Barthélemy et environ trois représentent de nouvelles inscriptions, selon les informations fournies par le CSSDS.
Le CSSDS affirme également vouloir prioriser les élèves qui fréquentent déjà l’école afin qu’ils puissent, dans la mesure du possible, y poursuivre leur parcours jusqu’à la fin du primaire. Les nouvelles inscriptions ne seraient donc pas considérées comme prioritaires.
Des impacts bien au-delà des élèves concernés
Dans un courriel récemment transmis aux parents par le conseil d’établissement de l’école, il est indiqué que les répercussions de la situation pourraient s’étendre bien au-delà des élèves hors territoire. Selon cette communication, une diminution du nombre d’élèves pourrait notamment entraîner la perte d’un groupe, ainsi que la suppression d’un poste d’enseignant et d’une ressource en soutien.
Le CSSDS précise toutefois qu’à l’heure actuelle, aucun enseignant permanent sur le territoire ne serait affecté par cette situation. Ces changements pourraient néanmoins avoir des effets directs sur l’organisation des services et la stabilité de l’équipe-école.
Le courriel souligne également les impacts pour les élèves, tant ceux qui pourraient devoir quitter que ceux qui resteraient, notamment en raison de la perte de liens entre les enfants.
Un non-sens pour plusieurs familles
La communication met en lumière une réalité difficile à concilier pour plusieurs parents. Certains enfants fréquentent actuellement l’école avec un temps de transport d’environ 5 à 10 minutes, alors qu’un transfert vers leur école de territoire pourrait entraîner des déplacements dépassant une heure. Dans certains cas, ces trajets pourraient même représenter jusqu’à trois heures par jour en transport scolaire, avec des départs très tôt le matin.
Pour un enfant de maternelle, à un âge où les repères, la stabilité et le sentiment d’appartenance sont essentiels au développement, cet écart soulève d’importantes préoccupations quant au quotidien des élèves. Par ailleurs, bien que ces enfants soient considérés administrativement hors territoire, plusieurs entretiennent des liens bien ancrés dans la communauté d’Ayer’s Cliff, tant sur le plan scolaire que social. Peut-on réellement considérer cela comme acceptable ?
Une mère inquiète pour l’avenir de son enfant
Parmi les familles touchées, une mère dont l’enfant fréquente l’école Saint-Barthélemy depuis la maternelle dit avoir été complètement prise de court par la situation. Son fils de 7 ans, actuellement en 2e année, habite pourtant à seulement 2,5 km de l’école. L’école de son territoire, située à Waterville, se trouve quant à elle à environ 16 km de la résidence familiale. « Nous étions consternés, perplexes. Nous pensions qu’ils avaient fait une erreur », confie-t-elle.
Pour cette mère, les conséquences dépassent largement la simple question du transport scolaire. « La vie de nos enfants serait grandement affectée. Nous sommes attachés à la communauté d’Ayer’s Cliff et nous ne voulons pas déraciner notre enfant de son milieu de vie. » Elle craint également les impacts sociaux de la situation sur l’ensemble du village. « La situation aurait pour effet de diviser une communauté. »
Si elle avait un seul message à adresser aux décideurs du CSSDS, il serait le suivant :
« Le CSSDS a beaucoup de pouvoir, et avec le pouvoir vient le devoir, le devoir moral d’agir pour le bien des enfants. »
Une communauté profondément touchée
Au-delà des enfants directement concernés, c’est toute la dynamique du village qui est ébranlée. L’école Saint-Barthélemy demeure un pilier local, une école de proximité où plusieurs générations se sont succédé.
Un père de famille de la région, dont les enfants demeureront à l’école, s’inquiète des conséquences humaines bien réelles de la situation.
« Mes deux enfants peuvent rester à l’école… mais à quel prix ? Ils vont perdre plusieurs de leurs amis du jour au lendemain. Ce ne sont pas juste des camarades de classe, ce sont des enfants avec qui ils ont grandi depuis la garderie. Pour eux, c’est une partie de leur monde qui disparaît. Ce sont des liens importants pour des enfants en plein développement. »

Le véritable problème : un découpage territorial vieux de plusieurs décennies
M. Dion confirme également qu’une révision des territoires scolaires pourrait être envisageable si un comité citoyen décidait de se mobiliser officiellement. Selon lui, le ministère de l’Éducation permet ce type de démarche lorsque la majorité des parents concernés souhaitent un changement de territoire scolaire. Le découpage actuel des territoires scolaires remonterait à la fusion des commissions scolaires en 1998. Il affirme que certaines limites territoriales auraient été établies à cette époque sans nécessairement refléter la réalité géographique et communautaire actuelle du secteur d’Ayer’s Cliff.
Pour plusieurs parents rencontrés, c’est précisément là que se trouverait le véritable problème. Selon eux, les territoires scolaires auraient été très mal divisés, créant aujourd’hui des situations jugées complètement incohérentes pour de nombreux enfants du secteur.
M. Dion précise que le CSSDS se dit prêt à collaborer avec les citoyens dans un tel processus afin d’analyser la situation et éventuellement présenter un dossier au ministère. Toutefois, une éventuelle révision des territoires ne pourrait pas être mise en place avant l’année scolaire 2027-2028 au plus tôt.
Une mobilisation qui prend de l’ampleur
Face à la situation, plusieurs parents se mobilisent activement pour tenter de faire revoir la situation. Selon les informations recueillies, le mécontentement est grandissant au sein des familles concernées, plusieurs jugeant la situation incompréhensible et inacceptable. Un groupe Facebook a d’ailleurs été créé pour rassembler les parents hors territoire touchés par la situation. Celui-ci compte déjà 34 membres, signe d’une mobilisation rapide et bien réelle. Certains parents affirment déjà leur intention d’aller chercher l’appui d’élus et d’intervenants influents, déterminés à faire entendre leur voix et à obtenir des réponses.
Plusieurs refusent également d’attendre une décision officielle qui pourrait survenir après le 15 août. Pour eux, il est inacceptable qu’une situation aussi importante demeure en suspens à quelques jours seulement de la rentrée scolaire, laissant les familles dans l’incertitude jusqu’à la dernière minute.
Tous souhaitent qu’une solution soit trouvée, mais une chose est claire : ils n’entendent pas en rester là.
Une bataille qui ne fait que commencer
Pour plusieurs familles, la responsabilité revient entièrement au CSSDS d’agir rapidement et de tenir compte de l’impact majeur qu’aurait le refus des élèves hors territoire sur près d’une trentaine d’enfants ainsi que sur toute une communauté.
Au-delà d’une simple question administrative, les parents estiment que cette situation pourrait bouleverser le quotidien de nombreux enfants, fragiliser des liens sociaux déjà bien établis et ébranler l’équilibre d’une école de proximité. Plusieurs dénoncent également une approche qu’ils jugent trop bureaucratique face à une réalité profondément humaine. « Les élèves ne sont pas des numéros sur une feuille. Ce sont des enfants, avec leurs amis, leurs repères et leur milieu de vie », résume un parent rencontré.
Pour plusieurs familles, une chose est désormais claire : elles refusent de voir près d’une trentaine d’enfants payer le prix d’un système qu’elles jugent complètement incohérent.
* Rectificatif: Dans la version précédente de l’article, il était mentionné que ça touchait une vingtaine d’élèves déjà inscrits et une dizaine de nouvelles inscriptions. Suite à une précision de la part du CSSDS, le nombre exact d’élèves touchés est finalement de 22.

