9 Féminicides en 2026 : un bilan préoccupant au Québec

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On les appelle des “cas”, des “dossiers” ou des “drames conjugaux”. Des mots qui, à force d’être répétés, finissent presque par banaliser l’horreur. Mais la vérité est beaucoup plus brutale : ce sont des femmes qui ont été tuées.

Depuis le début de 2026, neuf femmes ont perdu la vie au Québec dans un contexte de violence conjugale. Et l’année ne fait que commencer.

Neuf vies arrêtées. Neuf histoires qui ne se termineront jamais. Et derrière chacune d’elles, il y a bien plus qu’une victime: il y a des enfants qui grandiront sans leur mère, des parents qui devront enterrer leur fille, des proches laissés avec des questions sans réponse et un vide impossible à combler.

Une réalité bien plus répandue qu’on le croit

Au Québec, la violence conjugale n’est pas un phénomène marginal. Elle est bien réelle, bien présente et trop souvent invisible. Chaque année, des dizaines de milliers de personnes en sont victimes, majoritairement des femmes.

Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, 28 560 personnes ont été victimes de violence en contexte conjugal en 2024, dont près de 76 % étaient des femmes.

Mais ces chiffres ne racontent pas toute l’histoire: ils ne représentent que les cas déclarés aux autorités. Or, plusieurs experts, dont ceux de l’Institut national de santé publique du Québec, rappellent que la violence conjugale est largement sous-déclarée.

Autrement dit, la réalité est probablement encore plus grave. Et pourtant, on tarde encore à agir.

Des signes connus… et trop souvent ignorés

Dans bien des cas, les signes étaient là et ils sont connus: le contrôle, la jalousie excessive, l’isolement, les menaces, la peur qui s’installe lentement, etc. La violence conjugale ne commence presque jamais par un geste extrême. Elle s’installe progressivement et s’intensifie. Selon plusieurs analyses, elle suit souvent un cycle répétitif où les épisodes deviennent de plus en plus fréquents et de plus en plus graves.

Les recherches démontrent aussi que certaines périodes sont particulièrement à risque, notamment lors d’une séparation ou lorsqu’une victime tente de quitter son conjoint.

Et pourtant, ces signes sont encore trop souvent minimisés, ignorés ou mal compris et ce, jusqu’au point de non-retour.

On sait. Et pourtant, ça continue.

La violence conjugale n’arrive presque jamais par surprise: elle s’installe, elle s’impose et elle prend de la place. Les signes sont là, ils sont connus et répétés. Et pourtant, ça continue.

Encore aujourd’hui, des femmes passent entre les mailles du filet. Les signaux sont vus mais pas arrêtés. Les appels à l’aide sont lancés mais pas toujours entendus.

On sait que certaines périodes sont à haut risque. On sait que la violence peut escalader. On sait que ça peut mal finir. Et malgré tout, ça se termine encore de la même façon.

Les victimes invisibles : les familles

Et puis, il y a les familles. Celles dont on parle moins. Celles qui restent.

Des enfants qui grandiront avec une absence impossible à expliquer.
Des parents qui vivent avec une douleur qui ne disparaît pas.
Des proches qui reconstruisent leur vie autour d’un vide.

Chaque féminicide laisse une onde de choc. Et cette onde ne s’arrête pas.

Une responsabilité qui nous concerne tous

C’est facile de penser que ça ne nous concerne pas. Mais la réalité, c’est que presque tout le monde connaît quelqu’un qui vit, ou a déjà vécu, une situation de violence conjugale.

Une amie. Une collègue. Une sœur. Peut-être même que vous avez déjà eu un doute. Sans savoir quoi faire, sans intervenir, sans vouloir “se mêler de ce qui ne nous regarde pas”.

Et si, justement, ça nous regardait tous?

Pourquoi ça continue?

La question dérange mais elle doit être posée.

Est-ce que les gens vont de moins en moins bien?
Est-ce que la détresse augmente sans qu’on sache comment y répondre?
Est-ce que certains hommes n’osent tout simplement plus demander de l’aide?

Parce qu’il faut aussi le dire : derrière la violence, il y a souvent de la souffrance, mal exprimée, mal gérée, parfois ignorée.

Ça n’excuse rien mais ça explique une partie du problème.

Au Québec, les hommes consultent moins en santé mentale que les femmes: ils parlent moins, demandent moins d’aide et arrivent souvent plus tard dans les ressources, parfois quand la situation est déjà critique.

Et quand on n’intervient pas à temps, les conséquences peuvent être graves.

Ce qu’on peut faire, concrètement

Si on veut que ça change, il faudra faire plus que réagir après coup: il faudra prévenir et agir avant. Apprendre à reconnaître les signes, oui, mais aussi oser intervenir.

Et chaque silence, chaque hésitation, chaque “ce n’est pas de mes affaires”… peut coûter cher.

Parce que dans bien des cas, quelqu’un savait.

Quelqu’un a vu.
Quelqu’un a entendu.
Quelqu’un a douté.

Mais n’a rien dit.

Prendre au sérieux une amie qui change, qui s’isole ou qui semble avoir peur.
Refuser de banaliser des propos de contrôle ou de jalousie.
Oser poser des questions. Oser nommer ce qui dérange.

Mais il faut aussi parler de l’autre côté. Parce que derrière la violence, il y a souvent de la détresse mal exprimée, mal gérée, parfois ignorée.

Ça n’excuse rien.
Mais ça fait partie du problème.

Au Québec, les hommes consultent moins en santé mentale: ils parlent moins, demandent moins d’aide et arrivent souvent trop tard. Et quand on n’intervient pas à temps, les conséquences peuvent être irréversibles.

Encourager un homme en détresse à consulter, ce n’est pas le juger.
C’est peut-être éviter le pire.

Parler de santé mentale plus tôt avant que la situation ne dégénère, avant qu’il ne soit trop tard. Soutenir les ressources, intervenir et ne pas détourner le regard.

Parce que la violence conjugale n’est pas un problème privé, c’est une responsabilité collective.

Et malgré tout ce qu’on sait, malgré tout ce qu’on voit, malgré tout ce qu’on entend: ça continue.

Si rien ne change

Il faut le dire clairement : si rien ne change, il y aura d’autres victimes: d’autres femmes, d’autres familles brisées et d’autres vies interrompues.

Et encore une fois, on dira qu’il faut agir, mais toujours après.

La prochaine, on la connaît peut-être déjà

La prochaine famille brisée n’est peut-être pas une statistique, c’est peut-être quelqu’un que vous connaissez: quelqu’un qui hésite, quelqu’un qui a peur ou quelqu’un qui attend encore un signe… que quelqu’un va intervenir.

Et si ce signe, c’était nous?

Ressources essentielles au Québec

Si vous vivez de la violence, ou si vous connaissez quelqu’un qui en vit, de l’aide existe.


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