Récemment, une controverse éclatait sur les ondes de Radio-Canada Première. C’est la militante féministe Elizabeth Lemay qui, à l’émission De l’huile sur le feu, a tenu des propos provoquant un profond malaise.
Celle-ci se réjouit, au micro de Rebecca Makkonen, de la solitude masculine, car, pour elle, c’est un bon signe qui démontre que les femmes s’émancipent et deviennent plus exigeantes quant à leurs relations. Cela part rapidement en vrille lorsqu’elle dit : « Que font les hommes quand ils se sentent seuls ? », demande-t-elle. « Ils se radicalisent en ligne, ils deviennent fascistes, ils insultent les femmes sur les réseaux sociaux, ils fabriquent des deepfakes, ils utilisent l’intelligence artificielle de toutes les manières imaginables pour nous agresser. »
Radio-Canada a choisi de retirer l’extrait de ses réseaux sociaux, amplifiant davantage le fameux effet Streisand. L’animatrice de l’émission, ainsi qu’Elizabeth Lemay, affirment que la chaîne d’État a manqué à son devoir en cédant face à la misogynie d’hommes en colère, qui auraient fait subir un « déferlement de haine » à la principale intéressée.
Au-delà des propos tenus en ondes, qui sont particulièrement grinçants — et surtout bien peu subversifs dans une société qui méprise de plus en plus ouvertement les hommes blancs hétéros cisgenres — Elizabeth Lemay fait partie d’un écosystème médiatique des plus complaisants à l’égard du pendant féminin de la misogynie : la misandrie.
Car oui, il existe aussi une haine des hommes, que l’on essentialise comme des violeurs potentiels, des êtres aveuglés par la haine, la violence, la « masculinité toxique ». Certaines ont même parlé de « pétro-masculinisme » pour désigner des hommes passionnés par les moteurs et opposés au militantisme climatique.
Pourtant, au Québec comme dans le reste de l’Occident, les hommes souffrent, et bien souvent en silence. S’il y a bien sûr des hommes qui agissent mal, ils demeurent généralement incompris et oubliés par les politiques publiques.
| Indicateur | Hommes | Femmes | Source |
|---|---|---|---|
| Suicide (taux pour 100 000) | ≈ 20 | ≈ 6,5 | INSPQ, 2022 |
| Part des suicides | ≈ 75 % | ≈ 25 % | INSPQ |
| Consommation excessive d’alcool | 22,9 % | 16,6 % | Statistique Canada, 2023 |
| Décès accidentels | 3e cause de décès | 5e cause | Statistique Canada |
| Population carcérale | ≈ 90 % | ≈ 10 % | Statistique Canada |
| Diplôme universitaire | ≈ 34 % | ≈ 43 % | Statistique Québec |
| Part des étudiants universitaires | ≈ 40 % | ≈ 60 % | Statistique Québec |
| Décrochage scolaire | ≈ 10 % | ≈ 7 % | Sécurité publique Canada |
| Familles monoparentales (garde) | ≈ 20-25 % | ≈ 75-80 % | Conseil du statut de la femme |
| Victimes d’homicide | Majoritaires | Minoritaires | Statistique Canada |
Loin de vouloir opposer la souffrance des hommes et celle des femmes, chacun ayant ses défis dans notre société actuelle, il faut reconnaître que lorsque les hommes souffrent, c’est une mauvaise chose pour tout le monde — y compris pour les féministes militantes comme Elizabeth Lemay.
Comment réagissez-vous lorsque vous entendez certaines femmes affirmer que leurs principaux ennemis sont les « hommes blancs hétéros », qu’elles préfèreraient être dans une forêt avec un ours plutôt qu’avec un homme, ou encore qu’elles sont nostalgiques d’une époque où les hommes partaient à la guerre sans revenir ?
Ces propos ont réellement été tenus et reflètent une vision du monde qui s’impose depuis déjà plusieurs années dans certaines institutions publiques : universités, médias d’État, milieux artistiques et muséaux.
Aux États-Unis, ce militantisme acharné contre une partie de la population a contribué à l’émergence de Donald Trump. On parle aujourd’hui de ressac, de retour de bâton, notamment avec les mesures anti-EDI adoptées par le président américain depuis son retour au pouvoir en janvier 2025.
Mais visiblement, cela ne semble pas trop inquiéter Radio-Canada. Rebecca Makkonen a offert ses excuses non pas aux hommes qui souffrent en silence et qui ont pu se sentir davantage ostracisés par ce discours, mais à Elizabeth Lemay, présentée comme victime d’un « déferlement de haine ».
C’est quand même le monde à l’envers.
Les militants dits inclusifs affirment que la liberté d’expression n’est pas un droit absolu et qu’avoir une tribune pour exprimer certaines idées n’est pas une obligation morale. Or, dans ce cas-ci, on est face à une opinion impopulaire, certes, mais féministe. Alors pourquoi, dans ce contexte, censurer la voix d’un militant antiavortement (ou pro-vie, selon le point de vue), tout en encourageant la parole libre d’une femme qui se réjouit de l’isolement des hommes ?
C’est à vous de répondre à la question : la liberté d’expression est-elle à plusieurs vitesses, selon que l’on soit de gauche ou de droite, inclusif ou identitaire, homme ou femme ? Car certains — ou certaines — semblent être plus égaux que les autres en la matière.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

