Le 15 août, les Acadiens célèbrent bien plus qu’une fête nationale

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SHERBROOKE — Nous sommes aujourd’hui le 15 août, le jour de l’Assomption selon le calendrier liturgique de l’Église catholique. Mais nous sommes aussi à une autre date : la fête nationale des Acadiens. Chaque 15 août depuis 1881, le peuple acadien fête son existence, son combat pour ses droits et sa culture. C’est d’ailleurs l’occasion pour ce peuple minoritaire de dire au monde : nous existons toujours ! Et nous ne nous tairons pas.

C’est lors de la Convention nationale de Memramcook, en 1881, que les délégués acadiens choisissent le 15 août comme date de leur fête nationale, soit le jour de Notre-Dame de l’Assomption, patronne de l’Acadie. La Société Nationale de l’Acadie rappelle que cette décision est prise après de nombreux débats. La fête est aujourd’hui à la fois populaire, artistique et identitaire, et constitue une occasion de célébrer la détermination et le courage du peuple acadien.

Cette célébration englobe notamment une tradition plus récente, le tintamarre. Sur le coup de 17 h 55, heure locale, des milliers d’Acadiens et d’Acadiennes font retentir casseroles, tambours, instruments de musique et tout ce qui peut faire du bruit. La tradition s’observe dans les quatre provinces de l’Atlantique, mais également aux Îles-de-la-Madeleine, en Louisiane et même en France.

Une vaste diaspora

Chaque 15 août, il y a donc le traditionnel tintamarre, où l’on tape sur des objets et des instruments de musique pour célébrer la résistance de la culture acadienne dans un environnement où elle est souvent minoritaire.

Les Acadiens sont présents en Acadie, bien sûr, soit au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, à l’Île-du-Prince-Édouard et à Terre-Neuve-et-Labrador. Mais la diaspora acadienne dépasse largement ces quatre provinces. La Société Nationale de l’Acadie compte d’ailleurs des membres affiliés au Québec, au Maine, en France et en Louisiane.

Au Québec, l’héritage acadien est notamment bien présent en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, mais également dans d’autres régions de la province.

Encore plus remarquable est la présence toujours bien vivante de communautés acadiennes aux États-Unis, notamment dans le nord du Maine et dans la vallée supérieure du fleuve Saint-Jean. L’Université du Maine à Fort Kent souligne d’ailleurs que plusieurs habitants de cette région se définissent toujours comme Acadiens, Français ou Franco-Américains, selon les personnes et les contextes. Cette culture partage des liens étroits avec les communautés francophones et acadiennes situées de l’autre côté de la frontière.

En Louisiane, on connaît surtout les descendants des Acadiens sous le nom de Cadiens, ou Cajuns en anglais. Leur histoire s’est par la suite mélangée à celle d’autres populations de la Louisiane pour donner naissance à l’une des cultures francophones les plus originales des États-Unis. La musique, la cuisine, le français louisianais et les traditions cadiennes demeurent encore aujourd’hui parmi les éléments les plus reconnaissables de cette identité. La Library of Congress rappelle que les Cajuns descendent notamment des Acadiens francophones venus des Maritimes, dont plusieurs à la suite du Grand Dérangement.

La déportation de 1755

Les Britanniques ayant obtenu une grande partie de l’Acadie en 1713, ils auront pendant longtemps maille à partir avec la population acadienne, notamment autour de la question du serment d’allégeance à la Couronne britannique. Puis arrive 1755.

Le 28 juillet de cette année-là, les autorités de la colonie britannique de la Nouvelle-Écosse prennent la décision de déporter les Acadiens. Commence alors ce que l’on appellera le Grand Dérangement. Des familles sont arrachées à leurs terres et séparées. Des maisons sont abandonnées ou détruites. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont embarqués sur des navires à destination des colonies britanniques. La déportation se poursuivra jusqu’en 1763.

Plusieurs milliers d’Acadiens mourront à la suite de maladies, de naufrages, dans leurs lieux de refuge ou encore dans des camps de prisonniers. La proclamation royale de 2003 reconnaît elle-même ces conséquences tragiques.

Ce traumatisme autour de l’année 1755 laissera une marque profonde dans la mémoire collective acadienne.

Il donnera également naissance à l’un des ouvrages les plus connus associés à l’histoire de l’Acadie : Évangéline, de l’écrivain américain Henry Wadsworth Longfellow. Publié en 1847, le poème raconte l’histoire fictive d’Évangéline et de Gabriel, deux amoureux séparés lors de la Déportation. L’œuvre contribuera énormément à faire connaître l’histoire acadienne à l’extérieur de l’Acadie.

En 2003, une proclamation royale reconnaîtra officiellement que la Couronne avait pris la décision de déporter les Acadiens en 1755, de même que « les épreuves et souffrances » subies durant le Grand Dérangement. Le 28 juillet sera également désigné Journée de commémoration du Grand Dérangement à compter de 2005. Cette proclamation constitue une reconnaissance officielle des faits historiques, mais ne formule pas d’excuses officielles et précise qu’elle n’entraîne aucune reconnaissance de responsabilité juridique ou financière de la Couronne canadienne.

Mais les Acadiens sont toujours là.

Ils existent toujours.

Et ils sont aujourd’hui célébrés pour leur apport à la culture et à la musique francophones. Nous connaissons 1755, Édith Butler, Cayouche, mais aussi une nouvelle génération d’artistes, dont Salebarbes.

L’Acadie est notre miroir

Cependant, cette vitalité culturelle ne saurait cacher un sujet plus inconfortable : l’assimilation d’une partie de la population au profit de l’anglais.

Dans les régions où ils sont minoritaires, les Acadiens doivent continuellement travailler pour conserver leurs institutions, leurs écoles, leur langue et leurs services en français. L’existence de droits linguistiques ne signifie pas nécessairement que vivre entièrement en français soit toujours facile partout au pays.

Et le problème dépasse l’Acadie. Les données du Recensement de 2021 montrent que le poids démographique du français a diminué dans plusieurs régions canadiennes. Au Québec également, même si le nombre de personnes parlant français à la maison demeure considérable, leur proportion dans la population a diminué. Statistique Canada note notamment des diminutions importantes sur l’île de Montréal.

L’Acadie montre que l’on peut survivre en étant minoritaire, mais que se battre demeure difficile. Un avertissement pour tous les autres francophones du pays, des Franco-Ontariens aux francophones de l’Ouest et aux communautés métisses francophones des Prairies. Mais aussi pour les Québécois.

L’histoire acadienne démontre qu’une langue et une culture ne survivent pas simplement parce qu’elles existent depuis longtemps. Elles survivent parce que des générations décident de les parler, de les transmettre et de les défendre. C’est peut-être aussi pour cette raison que le tintamarre demeure aussi symbolique.

Après la Déportation, l’exil, les divisions et des siècles à vivre en situation minoritaire, faire du bruit le 15 août revient à lancer un message finalement très simple au reste du monde : nous sommes encore ici.

Quoi qu’il en soit, souhaitons une bonne fête nationale aux Acadiens et Acadiennes.

Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

Sources :

  • Société Nationale de l’Acadie — Fêtes de l’Acadie : histoire du 15 août et du tintamarre.
  • Société Nationale de l’Acadie — L’Acadie : histoire, symboles nationaux, Grand Dérangement et Évangéline.
  • Parcs Canada — Lieux historiques nationaux de Grand-Pré et du Fort-Beauséjour–Fort-Cumberland : histoire de la Déportation des Acadiens.
  • Ministère de la Justice du Canada — Proclamation désignant le 28 juillet comme Journée de commémoration du Grand Dérangement, TR/2003-188.
  • University of Maine at Fort Kent — Acadian Culture in Maine : identité et présence acadiennes dans la vallée supérieure du fleuve Saint-Jean.
  • Library of Congress — American Folklife Center : liens historiques entre les Acadiens et la culture cadienne de Louisiane.
  • Statistique Canada — Recensement de 2021 : évolution de l’usage et du poids démographique du français au Québec et au Canada.

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