SHERBROOKE — Parler de « la » crise du logement comme s’il s’agissait d’un problème identique partout au pays serait une erreur, estime le parti Démocratie Directe. Dans une publication diffusée sur les réseaux sociaux, la formation politique québécoise défend plutôt une approche beaucoup plus locale, où les municipalités et leurs citoyens disposeraient de davantage d’informations et de moyens pour déterminer eux-mêmes leurs priorités.
L’idée de départ est assez simple : le marché immobilier de Vancouver n’a pas grand-chose à voir avec celui de Sherbrooke, pas plus que les besoins d’une petite municipalité rurale ne peuvent être comparés directement à ceux de Montréal.
Démocratie Directe est une formation politique officiellement autorisée au Québec. Le parti, dirigé par Jean Charles Cléroux selon le registre d’Élections Québec, avait présenté 28 candidats lors des élections générales de 2022.
Plusieurs crises plutôt qu’une seule
Dans sa publication, le parti insiste notamment sur les différences importantes entre les régions canadiennes. Il cite les données immobilières de juin 2026 et avance qu’au Québec, le prix de référence des propriétés atteignait environ 550 400 $, en hausse de 4,3 % sur un an, alors que certains marchés de la Colombie-Britannique et de l’Ontario connaissaient plutôt un recul.
Les données nationales de l’Association canadienne de l’immeuble montrent effectivement un marché très contrasté. En juin 2026, le prix moyen d’une propriété vendue au Canada atteignait 696 078 $, une légère hausse de 0,5 % comparativement à juin 2025. L’ACI prévoit également pour l’ensemble de 2026 de petites diminutions en Colombie-Britannique et en Ontario, compensées par une croissance dans plusieurs autres provinces.
Mais le raisonnement de Démocratie Directe va plus loin : même à l’intérieur du Québec, appliquer exactement la même recette partout aurait ses limites.
Sherbrooke en fournit justement un exemple intéressant.
À Sherbrooke, les loyers continuent de grimper
Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le taux d’inoccupation des appartements locatifs dans la région métropolitaine de Sherbrooke atteignait 2,7 % en 2025. Il était de 3 % pour les logements d’une chambre et de deux chambres, mais seulement de 1,8 % pour les studios et de 2 % pour les logements de trois chambres et plus.
Cela pourrait laisser croire que le marché commence tranquillement à respirer. Pourtant, les prix racontent une autre histoire.
Toujours selon la SCHL, le loyer moyen atteignait 906 $ pour un appartement d’une chambre et 1 062 $ pour un deux chambres dans la région de Sherbrooke en 2025. Pour les immeubles présents dans l’enquête deux années consécutives, les loyers avaient augmenté de 10,8 % pour les logements d’une chambre et de 9,8 % pour ceux de deux chambres.
Dans les limites de la ville de Sherbrooke, toutes catégories confondues, la SCHL calculait un loyer moyen de 1 095 $ et un loyer médian de 1 000 $, avec une progression de 9,6 % dans son échantillon comparable.
Autrement dit, même lorsque quelques logements supplémentaires deviennent disponibles, cela ne signifie pas nécessairement que ceux-ci deviennent plus abordables.
Beaucoup plus de logements sont pourtant en construction
Un autre élément vient compliquer le portrait.
La construction résidentielle s’est fortement accélérée à Sherbrooke depuis le début de l’année. Entre janvier et juin 2026, la SCHL recensait 1 154 mises en chantier dans la région, une hausse de 42,1 % par rapport à la même période de 2025. Parmi celles-ci, 958 étaient des appartements, une augmentation de 62,1 %. Au mois de juin seulement, 2 025 logements étaient en construction dans la région.
Sherbrooke se retrouve donc dans une situation où l’offre augmente considérablement, alors que les loyers payés par les locataires ont eux aussi fortement progressé.
C’est précisément le genre de contradiction que Démocratie Directe souhaite voir analysée localement plutôt qu’à travers une simple statistique provinciale.
Des comités citoyens pour déterminer les priorités
Le parti propose que chaque communauté puisse disposer d’un portrait public facilement accessible de son marché de l’habitation : évolution des loyers, prix des propriétés, permis délivrés, délais d’approbation, terrains publics disponibles, capacité des infrastructures, logements vacants et besoins en logements sociaux, familiaux, étudiants ou destinés aux personnes âgées.
Des comités citoyens locaux pourraient ensuite étudier ces informations et entendre les différents acteurs concernés : locataires, propriétaires, organismes communautaires, municipalités et constructeurs.
Les solutions pourraient ainsi varier d’un endroit à l’autre. Une municipalité pourrait décider de densifier certains quartiers, une autre d’accélérer ses processus d’autorisation, tandis qu’ailleurs la priorité pourrait être donnée au logement coopératif ou social.
Le parti résume cette philosophie par le principe de subsidiarité : une décision devrait être prise aussi près que possible des citoyens, tant que cette échelle possède réellement la capacité de l’appliquer.
Sherbrooke possède déjà sa propre politique
La proposition arrive également alors que Sherbrooke a commencé à renforcer ses propres interventions en habitation.
La Ville a adopté en 2025 sa première Politique de l’habitation, avec notamment l’objectif que 20 % du parc locatif sherbrookois soit éventuellement constitué de logements hors marché.
Dans son budget 2026, l’administration municipale a également prévu 10 millions de dollars pour soutenir le développement de logements sociaux et abordables.
Il existe donc déjà une certaine volonté d’adapter les interventions à la réalité locale.
La proposition de Démocratie Directe cherche toutefois à aller plus loin en faisant participer directement la population à l’établissement des priorités et au suivi des résultats.
Reste évidemment une limite importante : identifier localement les besoins ne fait pas apparaître automatiquement des logements. Le financement, les coûts de construction, la disponibilité des terrains, la main-d’œuvre et les règles provenant des autres ordres de gouvernement demeurent des facteurs importants.
Mais sur un point, les données donnent certainement matière à réflexion : Sherbrooke, Montréal, Toronto et Vancouver peuvent toutes connaître des difficultés d’accès au logement sans pour autant connaître exactement la même crise.
Et lorsqu’on parle d’un toit où une personne devra réellement vivre, cette distinction est loin d’être simplement théorique.
Sources :
- Publication Facebook de Démocratie Directe sur la crise du logement et la subsidiarité, août 2026, texte transmis au Journal de Sherbrooke.
- Élections Québec — Registre des partis politiques autorisés et statistiques des candidatures aux élections générales de 2022.
- Société canadienne d’hypothèques et de logement — Portrait du marché de l’habitation de Sherbrooke, données 2025 et juin 2026.
- Association canadienne de l’immeuble — Statistiques du marché résidentiel de juin 2026 et prévisions pour 2026.
- Ville de Sherbrooke — Politique de l’habitation et budget municipal 2026.

