SHERBROOKE — Une expérience universitaire réalisée avec des mères de kombucha transportées dans des pots de sauce tomate est devenue, quelques années plus tard, une entreprise sherbrookoise ayant obtenu 1,4 million de dollars en financement. AxCell Labs développe aujourd’hui des biomatériaux à base de cellulose bactérienne destinés à la reconstruction des tissus humains.
L’histoire d’AxCell Labs commence en 2019, dans un cours de génie biotechnologique de l’Université de Sherbrooke. Jérémie Chaussé et Vincent-Daniel Girard sont alors étudiants au baccalauréat et doivent réaliser un travail pratique portant sur la production d’une bactérie.
Ayant tardé à se procurer une souche bactérienne, les deux étudiants lancent un appel sur Facebook et mettent finalement la main sur quatre mères de kombucha, communément appelées SCOBY. Transportées dans des pots de sauce tomate, celles-ci sont incubées pendant la nuit avant que les étudiants isolent une bactérie et poursuivent leur expérimentation dans les installations de la Faculté de génie.
Cette expérience improvisée allait devenir le point de départ d’un projet beaucoup plus ambitieux.
De l’expérience étudiante à l’entreprise biomédicale
Le professeur Patrick Vermette, du Département de génie chimique et de génie biotechnologique, remarque rapidement le potentiel de ses deux étudiants. Il devient leur mentor et les accompagne notamment dans le développement de leur projet, les questions de propriété intellectuelle et la préparation d’un éventuel modèle d’affaires.
Les deux étudiants commencent alors à travailler sur les propriétés de la cellulose bactérienne.
Aujourd’hui, AxCell Labs décrit sa technologie comme un biomatériau implantable dérivé de cette cellulose. L’entreprise cherche notamment à concevoir des implants capables de soutenir la reconstruction des tissus mous plutôt que de simplement remplir temporairement un espace dans les tissus.
La jeune entreprise est toujours installée à Sherbrooke, au 2355, rue King Ouest. Elle a été officiellement fondée en 2021.
Des chirurgiens du CHUS associés au développement
Très tôt dans le développement du projet, les chercheurs entrent en contact avec des médecins du CHUS.
Une première avenue étudiée concerne notamment la neurochirurgie. La cellulose bactérienne pourrait servir d’interface entre certains implants et les tissus du patient afin de limiter notamment les problèmes liés au frottement après certaines interventions crâniennes. Le neurochirurgien Christian Iorio-Morin fait partie des cliniciens ayant collaboré avec l’entreprise.
D’autres applications sont depuis étudiées.
Le Dr Julien Dallaire, oto-rhino-laryngologiste et professeur à l’Université de Sherbrooke, agit notamment comme médecin-conseil auprès d’AxCell Labs. Des travaux portent entre autres sur la réparation de tissus en ORL. L’entreprise présente actuellement sur son propre site un implant pour tissus mous destiné à la reconstruction en ORL comme étant toujours en développement.
AxCell travaille également sur ce qu’elle souhaite faire devenir son principal produit : un injectable dermique régénératif destiné à restaurer du volume et à favoriser la reconstruction des tissus mous.
De 21 000 $ à une ronde de 1,4 million
Le développement d’une technologie médicale nécessite toutefois des ressources considérables.
Selon l’Université de Sherbrooke, Jérémie Chaussé et Vincent-Daniel Girard ont obtenu 21 000 $ au concours entrepreneurial Créatek, avant d’accéder à une subvention Mitacs de 120 000 $. Les deux entrepreneurs ont ensuite poursuivi leurs travaux à la maîtrise sous la direction du professeur Vermette.
Les premiers travaux précliniques sont réalisés en collaboration avec le CIUSSS de l’Estrie–CHUS afin notamment d’étudier la biocompatibilité du matériau.
Le duo bénéficie également, au fil des années, de l’accompagnement de plusieurs organisations de l’écosystème entrepreneurial sherbrookois, notamment l’Accélérateur de création d’entreprises technologiques, mieux connu sous l’acronyme ACET.
Le projet prend suffisamment d’ampleur pour que l’entreprise aménage son propre laboratoire en 2024.
Puis vient une étape financière majeure.
Sherbrooke Innovante faisait état, en janvier 2026, de la clôture d’une ronde de financement de 1,4 million de dollars pour AxCell Labs. L’entreprise confirme elle-même avoir levé cette somme afin de poursuivre le développement de ses technologies.
L’Université de Sherbrooke rapporte que des acteurs comme AQC Capital ainsi que des investisseurs privés, dont des médecins et des proches des fondateurs, ont participé au financement du projet.
Un appui également documenté par Ottawa
Les bases de données publiques du gouvernement fédéral permettent par ailleurs de retracer d’autres formes de soutien obtenues par AxCell.
Le gouvernement du Canada fait notamment état d’une contribution de 30 000 $ accordée à AxCell Laboratories par l’intermédiaire du Programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches du Canada (CNRC-PARI).
L’entente, couvrant la période du 1er juillet 2024 au 31 mars 2025, devait permettre de soutenir le développement du produit et de préparer le laboratoire en vue d’exigences liées notamment aux normes ISO 13485 et ISO 14971, particulièrement importantes dans le secteur des dispositifs médicaux.
Le registre fédéral identifie l’entreprise sous sa raison sociale 9435-7530 Québec inc., exploitée sous le nom d’AxCell Laboratories, à Sherbrooke.
Toujours au stade du développement préclinique
Malgré les résultats encourageants rapportés par l’entreprise et ses fondateurs, la technologie d’AxCell n’est pas encore un traitement médical offert couramment aux patients.
L’entreprise indique avoir réalisé des études précliniques de biocompatibilité et déposé une demande internationale de brevet PCT. Son produit phare, l’injectable dermique régénératif, doit encore franchir des études précliniques réglementaires avant qu’AxCell puisse éventuellement entreprendre des essais cliniques chez l’humain.
Il faudra donc attendre les différentes étapes de validation scientifique et réglementaire avant de déterminer jusqu’où pourront aller les applications médicales de cette technologie.
La jeune entreprise compte actuellement quatre membres dans son équipe selon les informations rendues publiques par l’Université de Sherbrooke et AxCell Labs. Outre les deux cofondateurs Jérémie Chaussé et Vincent-Daniel Girard, l’équipe comprend notamment des spécialistes en recherche et développement.
Pour l’Université de Sherbrooke, l’aventure d’AxCell Labs constitue également un exemple de ce que peut produire l’accompagnement de projets entrepreneuriaux directement issus des salles de classe et des laboratoires universitaires.
Dans le cas de Jérémie Chaussé et Vincent-Daniel Girard, tout aura commencé par une expérience de laboratoire, quatre mères de kombucha et quelques pots de sauce tomate.
Six ans plus tard, l’expérience étudiante est devenue une entreprise biomédicale sherbrookoise disposant de son propre laboratoire, de collaborations avec des chirurgiens et de plus d’un million de dollars pour tenter de mener sa technologie jusqu’aux patients.
Sources
- Université de Sherbrooke, « L’université qui fait pousser des entreprises », 11 août 2026.
- AxCell Labs, site officiel de l’entreprise : technologie, produits, état du développement préclinique et financement.
- Sherbrooke Innovante, informations sur AxCell Labs et sa ronde de financement de 1,4 M$.
- Gouvernement du Canada — Portail du gouvernement ouvert, données du CNRC-PARI concernant une contribution de 30 000 $ à AxCell Laboratories.

