À Sherbrooke, une recherche mise sur l’école pour renforcer la culture du don

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SHERBROOKE – Et si la générosité pouvait s’apprendre sur les bancs d’école, au même titre que les mathématiques, l’histoire ou le français? C’est la question au cœur d’une étude réalisée par l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, avec l’appui de la Fondation Famille Léger, qui souhaite mieux comprendre comment se développe la culture du don au Québec.

Grâce à un don de 200 000 $ de la Fondation Famille Léger, l’Université de Sherbrooke a pu mener une recherche portant sur l’effet des programmes éducatifs sur les comportements de dons. L’étude, initiée par la Fondation Famille Léger et réalisée dans le cadre de la Grande Campagne Choisir de changer l’avenir, compare notamment les habitudes philanthropiques au Québec et dans le reste du Canada.

Le constat de départ est connu, mais demeure préoccupant : les Québécoises et les Québécois donnent moins en argent que les autres Canadiens. Or, l’étude invite à dépasser les explications faciles. Il ne s’agirait pas seulement d’une question de revenu, de fiscalité ou de capacité financière, mais aussi de culture, d’habitudes sociales et d’expériences vécues dès l’enfance.

Un Québec empathique, mais où le don monétaire reste à renforcer

L’un des constats les plus intéressants de l’étude est que le Québec ne manque pas d’empathie. Au contraire, les répondants québécois se distinguent par une grande sensibilité envers les autres et par une préoccupation réelle pour les personnes vulnérables. Le problème, selon les chercheurs, est que cette empathie ne se traduit pas toujours en gestes philanthropiques concrets, particulièrement en dons monétaires.

Le rapport souligne ainsi une forme de paradoxe québécois : une société solidaire, attachée à l’entraide, mais où la culture du don privé demeure moins développée que dans le reste du Canada. L’étude rappelle notamment que le don peut prendre plusieurs formes : argent, temps, biens, bénévolat, compétences ou implication communautaire.

C’est précisément là que l’école pourrait jouer un rôle essentiel. Les chercheurs estiment que les expériences éducatives vécues tôt dans la vie peuvent favoriser le passage de la simple sensibilité à l’action concrète. Autrement dit, on ne naît pas seulement généreux : on peut aussi le devenir, à travers des activités bien encadrées, significatives et enracinées dans la réalité.

L’école comme lieu d’apprentissage de la solidarité

L’étude met en lumière l’importance des programmes éducatifs à vocation prosociale. Ces programmes ne se limitent pas à organiser une collecte de denrées ou une campagne de financement ponctuelle. Les plus efficaces sont ceux qui amènent les jeunes à comprendre un besoin réel, à réfléchir au sens de leur geste, puis à participer activement à une solution.

Les approches les plus prometteuses sont donc celles qui combinent action et réflexion. Par exemple, des projets communautaires, des discussions sur les besoins locaux, des activités créatives pour soutenir une cause, du bénévolat encadré ou encore des jeux de rôle permettant de mieux comprendre la réalité de personnes vulnérables.

Selon les résultats de l’étude, les adultes qui se souviennent clairement d’avoir participé à une activité éducative prosociale déclarent en moyenne 90 % plus de gestes de dons au cours des douze derniers mois que ceux qui n’en gardent aucun souvenir. Ce chiffre illustre l’impact durable que peut avoir une expérience scolaire marquante.

La conclusion est porteuse d’espoir : une activité bien pensée à l’école peut laisser une empreinte qui accompagne les jeunes jusque dans leur vie adulte. La générosité devient alors moins un geste isolé qu’un réflexe social.

Une recherche portée par l’École de gestion de l’UdeS

L’étude a été menée par le professeur Abdelouahab Mekki Berrada, doyen de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, et Stéphane Goyette, coordonnateur à la recherche. Ils ont travaillé en collaboration avec Ibrahima II Diallo, candidat au doctorat, ainsi que Sara-Emmanuelle Paquet et Isaïe Ouellette, diplômés de la maîtrise en administration.

La recherche s’appuie sur une démarche mixte, combinant des entrevues qualitatives et un sondage à grande échelle. Le sondage a été réalisé auprès de 5 461 répondants provenant principalement du Québec, des autres provinces canadiennes et de la France. Cette approche permet de mieux comprendre les pratiques existantes, mais aussi de mesurer les liens entre l’éducation, l’empathie, l’altruisme et les comportements de don.

Les chercheurs insistent également sur la nécessité d’aller au-delà des campagnes symboliques. Une collecte de fonds peut être utile, mais son effet éducatif demeure limité si elle n’est pas accompagnée d’un moment de réflexion. Les jeunes doivent pouvoir comprendre qui ils aident, pourquoi ils le font et comment leur geste peut avoir un impact.

Une occasion pour le Québec

Pour la Fondation Famille Léger, cette étude ouvre une porte importante. Elle permet d’imaginer des programmes éducatifs structurés qui pourraient contribuer, à moyen et long terme, à renforcer la culture philanthropique au Québec.

L’objectif n’est pas de culpabiliser les Québécois parce qu’ils donnent moins que les autres Canadiens. Il s’agit plutôt de comprendre comment une société peut mieux transmettre le goût de l’engagement, du bénévolat et du don. Dans un Québec où plusieurs organismes communautaires jouent un rôle essentiel auprès des personnes vulnérables, une culture philanthropique plus forte pourrait devenir un appui précieux.

L’Université de Sherbrooke, fidèle à sa tradition d’innovation, se positionne ainsi au cœur d’une réflexion sociale importante. La Grande Campagne Choisir de changer l’avenir, la plus ambitieuse de son histoire avec un objectif de 250 M$, vise justement à soutenir des projets capables de répondre aux défis actuels et futurs.

Cette étude rappelle une chose simple, mais essentielle : la générosité n’est pas seulement une affaire de portefeuille. Elle est aussi une question de regard sur les autres, d’éducation, d’expérience et de responsabilité collective.

Dans un monde où les besoins sociaux sont nombreux, apprendre aux jeunes à reconnaître la vulnérabilité, à poser des gestes concrets et à croire en leur capacité d’aider pourrait être l’un des plus beaux investissements pour l’avenir.

Source : Université de Sherbrooke et rapport exécutif de l’étude L’effet des programmes éducatifs sur les comportements de dons, produit pour la Fondation Famille Léger.

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