SHERBROOKE – On se souvient des nombreux incendies qui ont éclaté au centre-ville au cours des dernières années. Celui ayant détruit plusieurs commerces, dont un restaurant qui venait à peine d’ouvrir, rendu inopérants Le Liverpool — qui ne rouvrira pas — et le Blabla, qui lui rouvrira après déjà quelques années de travaux. Mais celui qui a détruit complètement la Taverne Ô Chevreuil, en plus des locaux connexes, ainsi que rendu hors service le Boq, fut définitivement la goutte de trop.
Que faire avec le « centro », comme le surnomment affectueusement les Sherbrookois ? Depuis des années, voire des décennies, de nombreux locaux sont vides sur la Wellington. Certains le sont depuis plus d’une dizaine d’années. C’est dire. La tentative de revitalisation, qui consistait en gros à subventionner le privé pour construire, ne remplit pas ses promesses. Le projet Well Sud ne correspond pas vraiment aux normes architecturales du quartier, en plus d’être particulièrement déprimant.
Ce n’est pas le potentiel qui manque
Pourtant, Sherbrooke en a vu d’autres. Avant la promenade du lac des Nations et la Cité des rivières, les berges étaient peu valorisées à Sherbrooke. C’est sous l’administration du maire Jean Perrault qu’ont été entrepris ces chantiers qui ont marqué positivement notre ville. Mais depuis ? Si peu de choses. On a construit des édifices commerciaux, comme au coin King Ouest-Jacques-Cartier. On a aussi développé les périphéries de Sherbrooke, dans le secteur du CHUS Fleurimont ou à Rock Forest. Mais le centre-ville ?
Oui, il y a eu le projet Well Sud. Mais on a l’impression qu’il n’a pas tenu ses promesses. Des logements trop chers pour les résidents du secteur. Ou pour ceux qui sont prêts à affronter les désagréments de la Wellington Sud. Pourtant, ce n’est pas le potentiel qui manque. La ville regorge d’artistes, d’étudiants, de professionnels compétents. Il faudrait peut-être les écouter, au lieu de toujours prioriser les gros investisseurs.
Pourquoi ne pas abolir les tarifs de stationnement au « centro », déjà en partant ? Il s’agit d’un irritant majeur pour ceux qui aimeraient y aller en voiture, mais qui ne sont pas prêts à payer pour un stationnement alors que celui des centres commerciaux est gratuit. Ou bien, pourquoi ne pas essayer de reproduire ce qui fonctionne déjà au centre-ville ? Comme le beau succès du Café 440 et du Kaapeh.

Une image « bohème » à mettre en valeur
Sherbrooke devrait davantage miser sur une image « bohème », un peu comme celle qui fait le succès de Burlington, au Vermont. Nous avons la chance d’avoir un beau patrimoine bâti de style Nouvelle-Angleterre. Et d’être une ville fièrement québécoise. Au lieu de vouloir reproduire ce que d’autres grosses villes sont capables de faire, pourquoi ne pas miser sur cette image de proximité avec la nature, le respect de l’environnement et la culture ?
Si seulement on pouvait démolir les cicatrices dans la côte King, comme l’ancienne maison de chambres à côté de la Mare au Diable, et l’horrible édifice en ruine avec son contreplaqué à côté de l’église St. Patrick, ce serait déjà énorme. Car, à voir l’état de ces bâtiments, malgré un possible intérêt historique, ils sont très dégradés.
Le centre-ville ne manque pas d’atouts. Prenez seulement le parc Antoine-Racine, sur la rue Ball. Il s’agit de l’un des plus beaux parcs de Sherbrooke. Mais il est très peu fréquenté. Ou bien la promenade de la Cité des rivières, où il est possible de voir un jeu de lumières le soir sur le barrage de la rivière Magog. Mais à force d’essayer diverses stratégies comme celles des spectacles à grand déploiement — la place Nikitotek pourrit désormais dans un champ — ou de construire de gros immeubles laids, nous devrions peut-être miser sur ce qui fait l’image de Sherbrooke au Québec et dans le monde : la nature, l’environnement, le côté « bohème », l’architecture victorienne et, pourquoi pas, la culture.
Qu’attendons-nous ?
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

