SHERBROOKE – « Transfuge » : un terme qui revient beaucoup dans l’actualité ces temps-ci. Et pas pour les bonnes raisons. Cela fait plus de cinq transfuges qui quittent les rangs des conservateurs pour se joindre aux libéraux de Mark Carney. Sans compter la défection de la députée caquiste Maïté Blanchette Vézina, qui a décidé de joindre le Parti conservateur d’Éric Duhaime. Faut-il interdire cette pratique ? Ou sinon, comment réagir face à ce qui est considéré comme une violation claire du choix des citoyens ?
Un gouvernement fédéral bientôt majoritaire
Les libéraux sont en voie de devenir majoritaires. Et tout indique qu’il s’agit seulement d’une question de temps avant qu’ils aient les coudées franches pour voter les lois qu’ils veulent, sans tenir compte de l’opposition. Un gouvernement minoritaire, comme ils ont actuellement, force les libéraux fédéraux à négocier l’appui de certains partis d’opposition.
Mais les libéraux sont un parti profondément idéologique, qui n’a cure des doléances de l’opposition face à ce qui s’apparente à une expérience sociale aux effets négatifs sur le long terme. Ainsi, ils souhaitent remporter l’élection partielle dans Terrebonne, où ils mettent tous les moyens à leur disposition pour faire réélire Tatiana Auguste, quitte à faire du communautarisme et une campagne « sale ».
Mais c’est en coulisses que se joue l’essentiel de leur stratégie. Des conservateurs, probablement frustrés de passer plusieurs années à la Chambre dans l’opposition, se voient davantage comme ministres ou, à tout le moins, délégués à un ministère quelconque. D’où la tentation, pour certains, de passer de l’autre côté, pour des raisons pécuniaires ou d’ego.
Les conservateurs dans l’eau chaude
Le leadership de Pierre Poilievre est remis en question une fois de plus, en raison du départ de sa députée Marilyn Gladu au profit des libéraux. Cela fait cinq députés de l’opposition qui décident de changer de camp. Et ce, au plus grand mépris des électeurs.
Comment Pierre Poilievre peut-il maintenir son autorité, si tant de députés ont quitté pour aller chez les libéraux ? Est-il toujours l’homme de la situation ? Tant de questions en suspens pour un chef de parti à qui l’on avait promis un gouvernement majoritaire, mais qui a vu l’herbe se faire couper sous le pied en raison de la réélection de Donald Trump aux États-Unis.
Maintenant, il doit convaincre qu’il peut demeurer en poste, malgré ses revers électoraux et une crise de légitimité grandissante. Mais bien au-delà de son leadership, c’est une autre crise qui se dessine : celle de la légitimité, de l’intégrité du processus démocratique.
Une violation du droit à la représentation
Winston Churchill disait de la démocratie qu’il s’agissait du moins mauvais système. Or, le choix des électeurs est de plus en plus nié par des gens qui estiment pouvoir passer d’un parti à l’autre en fonction des sondages ou de possibles gains personnels.
Les électeurs choisissent un parti au détriment des autres, pour diverses raisons. Et quand un député, conservateur par exemple, choisit de passer chez les libéraux, c’est le choix de ses électeurs qui est bafoué.
Les gens qui votent conservateur l’ont fait pour plusieurs raisons : opposition aux taxes sur l’essence, hostilité grandissante à l’agenda idéologique des libéraux, méfiance envers le « wokisme » et la justice sociale. Or, les libéraux sont perçus comme étant exactement à l’opposé des conservateurs sur les questions économiques et sociales.
Blanc bonnet, bonnet blanc
Au final, on se demande ce qui sépare réellement les conservateurs des libéraux sur le fond. Sur la forme, Pierre Poilievre est pour une baisse des seuils d’immigration actuels des libéraux, mais à des taux qui demeurent très élevés. Nous sommes loin de l’extrême droite européenne qui parle de « grand remplacement » ou de « remigration ».
Sur les questions économiques, les libéraux ont mis de l’eau dans leur vin quant à leur taxe carbone. Ils ont aussi décidé de privilégier le développement du pétrole dans l’Ouest canadien, à la fois pour moins dépendre des États-Unis, mais aussi pour apaiser le sentiment d’aliénation des Albertains face à Ottawa.
On se pose la question : sur le fond, est-ce que les conservateurs sont si différents des libéraux que ça ? Sur la forme, oui, indubitablement. Sur le « wokisme », auquel sont opposés les conservateurs. Mais sur le multiculturalisme ? Les conservateurs ne sont pas le Rassemblement National.
Quant aux questions économiques et énergétiques, les libéraux ont décidé de s’orienter vers une politique de centre-droit. D’où la crise que subit actuellement le Parti conservateur du Canada.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

