Charles Milliard progresse, mais pour quelles raisons ?

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SHERBROOKE – Le nouveau chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, rattrape lentement mais sûrement son retard face à Paul St-Pierre Plamondon, jusqu’à présent considéré comme futur premier ministre en attente. Or, on dit que quelques mois en politique sont une éternité. Comment expliquer que Milliard, jadis peu connu, ait réussi à talonner le favori des deux dernières années ?

Un poisson nommé Pablo

Il faut dire que c’était mal parti pour les libéraux : ils tiraient de la patte dans les sondages, et Pablo Rodriguez, élu chef, était vu comme un arriviste d’Ottawa souhaitant imposer l’agenda des libéraux fédéraux dans les affaires du Québec.

Il était considéré par plusieurs comme quelqu’un d’arrogant, qui traînait les casseroles du gouvernement de Justin Trudeau.

Un héritage avec lequel les libéraux du Québec ont une ambivalence. Bien sûr, les deux partis sont fédéralistes, mais il faut dire que le Parti libéral du Québec n’a jamais vraiment aimé se faire dicter la marche à suivre par son vis-à-vis fédéral. On le voit, par exemple, avec d’anciennes figures du PLQ, entre autres Jean Charest, qui s’est présenté à la chefferie du Parti conservateur du Canada. Ou encore Thomas Mulcair, devenu chef du NPD après la mort de Jack Layton.

Rodriguez avait plusieurs ennemis : déjà en partant, l’aile plus « nationaliste » des libéraux du Québec, et celle des régions, qui associe Pablo Rodriguez à un milieu plutôt montréalo-centré. Les médias n’ont pas non plus été tendres à l’égard du chef déchu.

Charles Milliard : candidat providentiel pour les libéraux ?

Les allégations se sont multipliées quant à des malversations dans son élection, notamment l’emploi de prête-noms pour soutenir financièrement sa candidature. Ce qui a fait dire à plusieurs que la culture de la corruption des libéraux sous Jean Charest n’était pas totalement disparue.

Mais voilà qu’arrive Charles Milliard. Déjà, en partant, il ne traîne pas le boulet de la mauvaise gestion de Justin Trudeau à Ottawa. Il arrive avec un dossier sans tache dans un monde où l’on exige une intégrité absolue, tout particulièrement à l’égard des libéraux. De plus, comment détester un pharmacien ?

Il parle bien, même si son discours est vide. Est-ce possible que ça ait été « arrangé avec le gars des vues » ? On ne peut pas le dire avec certitude. Ce qui est certain, par contre, c’est que les libéraux ont tenté de tuer dans l’œuf toute tentative d’avoir une course à l’investiture, notamment avec le rejet de la candidature fantaisiste de Mario Roy, originaire de la Beauce.

Un soldat sacrifié pour la cause ?

Le soldat Pablo Rodriguez a été sacrifié. Pour que Milliard puisse tomber à point comme un sauveur. Car face à lui, celui que l’on surnomme « PSPP » est attaqué de partout dans les médias. Il est accusé, sans preuve, de racisme, de xénophobie, ou même de s’allier avec l’extrême droite française, comme l’affirment des rumeurs infondées d’une rencontre en tête à tête avec le polémiste Éric Zemmour à Paris cet hiver.

Les gens qui prennent acte de la montée inexorable d’un troisième référendum se disent peut-être que la récréation est terminée. Ils quittent les partis fédéralistes alternatifs pour retourner au bercail. Comme l’a affirmé récemment Balarama Holness, qui a dissous son ancien parti, le Bloc Montréal, pour inciter ses membres et sympathisants à aller chez les libéraux.

D’où pourquoi nous sentons la montée de la popularité de Charles Milliard. Non pas pour ses idées, ni son discours, mais davantage pour des raisons conjoncturelles. De toute façon, les élections ne sont qu’en octobre, et on aura l’occasion de voir défiler une éternité entre le début du printemps et la date fatidique.

Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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