Une publicité de la Fédération canadienne des contribuables circule actuellement sur les réseaux sociaux : « Le gouvernement Legault veut que Revenu Québec calcule et produise vos impôts à votre place. »
Derrière cette promesse de simplification se cache un débat brûlant, qui dépasse largement le cadre provincial. Deux pétitions, l’une ciblant Revenu Québec et l’autre l’Agence du revenu du Canada, témoignent d’une inquiétude nationale face à une mesure qui pourrait transformer profondément la relation entre l’État et les contribuables.
Une idée séduisante… en apparence
Sur papier, l’initiative semble répondre à un besoin bien réel : réduire la complexité des formulaires fiscaux et le stress annuel des contribuables. Mais confier à l’organisme chargé de percevoir, contrôler et sanctionner vos impôts le soin de les calculer lui-même soulève une question centrale : jusqu’où doit aller la simplification?
Un modèle inspiré des pays nordiques, mais un contexte très différent
Le Québec s’inspire de pays comme le Danemark ou l’Estonie, où la confiance envers l’État est élevée et les erreurs administratives quasi inexistantes.
Ici, la situation est tout autre :
- Revenu Québec cumule les rôles de percepteur, vérificateur et sanctionneur.
- Les litiges et erreurs fiscales figurent parmi les plus fréquents au pays.
- La relation citoyen-État reste marquée par une méfiance profonde.
Importer un modèle scandinave sans le climat de confiance qui le rend possible n’est donc pas anodin.
Un conflit d’intérêts préoccupant
La question est simple mais lourde de conséquences : peut-on laisser l’organisme chargé de percevoir vos impôts décider seul de ce que vous devez payer?
Un comptable ou un fiscaliste a pour mission de :
- repérer toutes vos déductions,
- maximiser vos crédits,
- poser des questions pertinentes,
- vérifier vos revenus,
- optimiser vos remboursements.
Revenu Québec, lui, n’a aucune obligation de défendre le contribuable. Son rôle : collecter chaque centime autorisé par la loi. Avec une déclaration préremplie, l’État devient arbitre, joueur et juge. Une concentration de pouvoir inquiétante pour de nombreux experts.
Quand l’erreur peut coûter cher
Chaque année, des milliers de contribuables contestent :
- revenus mal attribués,
- crédits oubliés,
- allocations réclamées en trop,
- montants inscrits à tort.
Si Revenu Québec produit votre déclaration, qui pourra prouver qu’une erreur vient de l’État? Le fardeau de la preuve reposera entièrement sur vous, avec un risque réel de pertes financières importantes.
Une dépendance critique aux systèmes informatiques
La centralisation technologique ajoute un risque supplémentaire. Imaginez une panne majeure le 29 avril, à deux jours de la date limite : des millions de Québécois incapables de consulter, corriger ou valider leur déclaration. Retards, pénalités automatiques et remboursements bloqués pourraient alors transformer une idée de simplification en chaos fiscal.
Une porte ouverte au contrôle étatique
Certains spécialistes mettent en garde contre un glissement vers un système de recouvrement automatisé : prélèvements plus fréquents, moins de déductions accordées, contrôles renforcés, centralisation accrue des données personnelles.
Ce qui commence comme un service pratique pourrait se transformer en outil de surveillance et de gestion automatisée des citoyens.
Pour qui la simplification est-elle adaptée?
Une déclaration préremplie peut convenir aux contribuables ayant des finances simples : étudiants, travailleurs au salaire minimum, revenus stables et uniques.
Mais pour les familles, travailleurs autonomes, propriétaires de PME, investisseurs, retraités ou nouveaux arrivants, ce service pourrait être un piège coûteux. Or, la confiance ne s’impose pas, elle se mérite. Et pour beaucoup, Revenu Québec reste un organisme répressif, non un partenaire.
Simplification ou dérive?
L’idée d’une déclaration préremplie semble séduisante. Mais elle pose une question fondamentale : Sommes-nous prêts à confier le calcul de nos impôts à l’organisme chargé de les percevoir et à faire face seuls à ses erreurs, ses pannes et ses décisions?

