MONTRÉAL — Plus d’un Québécois de 15 ans et plus sur quatre soutient un proche dont l’état de santé nécessite de l’aide. Derrière les déplacements, les repas préparés et les démarches auprès du réseau de la santé, cette responsabilité entraîne aussi du stress, des difficultés financières et des changements dans la vie professionnelle. Les résultats complets d’une enquête de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), diffusés le 3 novembre, permettent de mesurer l’ampleur de cette contribution et ses répercussions sur la vie quotidienne.
Au Québec, environ 2 076 300 personnes ont agi comme proches aidantes en 2024-2025, soit 27 % de la population âgée de 15 ans et plus. L’Enquête québécoise sur la santé et le bien-être des personnes proches aidantes a été réalisée auprès de 18 608 personnes, entre octobre 2024 et juillet 2025. Elle révèle notamment que plus des deux tiers des proches aidants ont vécu du stress lié à leur rôle et que près du quart rapportent des conséquences sur leurs finances.
Un rôle qui dépasse les soins à un parent vieillissant
La proche aidance peut prendre plusieurs formes et ne se limite pas aux soins donnés à une personne âgée. Dans cette enquête, elle désigne un soutien offert sans rémunération, en dehors du bénévolat, à une personne ayant une maladie, un handicap, une perte d’autonomie ou une incapacité temporaire ou permanente. Pour être comptabilisée, la personne devait avoir fourni du soutien au cours des 30 jours précédents et y avoir consacré, en moyenne, au moins une heure par semaine.
Les parents occupent une place importante parmi les personnes soutenues : 40 % des proches aidants viennent en aide à leur père ou à leur mère. Toutefois, 15 % soutiennent leur conjoint ou leur conjointe, 13 % leur enfant et 10 % un frère ou une sœur. L’aide dépasse également le cercle familial, puisque 15 % accompagnent un ami ou une amie.
Environ 71 % des proches aidants soutiennent au moins une personne de 65 ans et plus, tandis que 8 % aident une personne de moins de 18 ans. Ces situations peuvent se chevaucher lorsqu’une même personne accompagne plusieurs proches. Les pourcentages associés aux différents liens familiaux ne doivent donc pas être additionnés comme s’il s’agissait de groupes distincts.
Des responsabilités qui peuvent durer des décennies
La majorité des proches aidants, soit 64 %, s’occupent d’une seule personne. Plus du quart, soit 28 %, en soutiennent deux, tandis que 9 % accompagnent trois personnes ou plus. Pour une partie de la population, les responsabilités se multiplient donc entre plusieurs proches ayant chacun leurs besoins.
Cet engagement peut aussi s’inscrire dans la durée. Environ 9 % des personnes proches aidantes soutiennent au moins une personne depuis plus de 20 ans. La proche aidance représente alors une responsabilité de longue durée, qui traverse différentes étapes de la vie familiale et professionnelle.
L’intensité de l’aide varie également beaucoup d’une situation à l’autre. Selon les faits saillants de l’ISQ publiés en juin, 61 % des proches aidants consacrent entre une et quatre heures par semaine au soutien de leur entourage. À l’autre extrémité, une personne sur dix y consacre au moins 20 heures hebdomadairement, un engagement considérable à intégrer aux autres obligations.
Le stress touche plus des deux tiers des proches aidants
Environ 69 % des personnes proches aidantes disent avoir vécu du stress en lien avec leur rôle au cours de l’année précédant l’enquête. Il s’agit de l’un des constats les plus marquants du portrait présenté par l’Institut. Les responsabilités ne se mesurent donc pas seulement en heures consacrées à un proche, mais aussi en répercussions sur le bien-être de la personne qui l’accompagne.
Près de la moitié des proches aidants, soit 49 %, estiment avoir assumé des responsabilités physiquement difficiles. Par ailleurs, 17 % rapportent des problèmes de santé physique associés à leur rôle, comme une fatigue accrue, le fait d’être plus souvent malades ou de ressentir un stress physique. Ces deux indicateurs décrivent des réalités différentes : une tâche peut être exigeante physiquement sans que la personne déclare pour autant un problème de santé.
Les conséquences touchent aussi l’organisation générale du quotidien. Environ 44 % des proches aidants trouvent difficile de concilier leurs responsabilités avec les tâches domestiques, le travail, les études, la vie familiale ou les loisirs. Cette proportion montre à quel point l’aide apportée à un proche peut demander de réorganiser plusieurs aspects de sa propre vie.
Des conséquences jusque dans le budget
Près d’une personne proche aidante sur quatre estime que son rôle a nui à sa capacité de respecter ses obligations financières ou de répondre à ses besoins essentiels. Cet indicateur concerne donc directement la capacité de faire face aux dépenses courantes. Les résultats ne permettent toutefois pas de déterminer, à partir du seul communiqué, la part attribuable aux dépenses engagées pour aider un proche ou à une diminution des revenus.
Les données sur l’emploi montrent néanmoins que les ajustements professionnels sont fréquents. Parmi les proches aidants ayant travaillé au cours des 12 mois précédant l’enquête, environ 8 % ont quitté leur emploi temporairement ou définitivement en raison de leurs responsabilités. Pour ces personnes, la conciliation a donc entraîné une interruption de leur activité professionnelle.
Quand le travail doit s’adapter à la proche aidance
Au cours de l’année précédant l’enquête, 70 % des personnes proches aidantes ont occupé un emploi. L’ISQ rapporte également que 12 % ont poursuivi des études et que 10 % ont à la fois travaillé et étudié. Ces proportions se chevauchent et ne doivent pas être additionnées.
Chez les proches aidants dont l’emploi principal était salarié, 36 % ont eu recours à un aménagement de leur temps de travail en raison de leurs responsabilités. Environ 24 % ont utilisé des congés payés pour responsabilités familiales et 19 % ont eu recours au télétravail. Ces mesures témoignent des adaptations nécessaires pour maintenir une activité professionnelle tout en accompagnant un proche.
D’autres ajustements ont des effets plus directs sur le temps travaillé. En raison de leur rôle, 26 % ont réduit leurs heures, 44 % ont interrompu une journée de travail et 29 % ont pris des congés non payés. Une même personne peut avoir vécu plusieurs de ces situations au cours de l’année.
Trouver de l’aide demeure difficile pour plusieurs
Aux responsabilités d’accompagnement s’ajoutent parfois des obstacles dans les démarches. Près de 26 % des proches aidants ont rencontré des difficultés à trouver de l’aide et des ressources. Une proportion semblable rapporte avoir eu du mal à s’orienter dans le système de santé et de services sociaux.
Environ 21 % ont également éprouvé des difficultés à communiquer avec le personnel soignant et les services sociaux et de santé au nom de leur proche. Ces résultats montrent que l’accès à l’information et la coordination des services constituent eux aussi des enjeux. Pour les personnes concernées, les démarches administratives s’ajoutent aux autres tâches de proche aidance.
Un soutien présent, mais une reconnaissance inégale
Près de 46 % des personnes proches aidantes ont utilisé au moins un service destiné à les soutenir au cours des 12 mois précédant l’enquête. Cette proportion ne signifie toutefois pas que toutes les autres avaient un besoin non comblé. Le recours à un service et les difficultés à obtenir de l’aide sont deux indicateurs distincts.
L’entourage joue également un rôle important dans le partage des responsabilités. Environ 64 % des proches aidants estiment recevoir de l’aide de leur famille, de leurs amis, du voisinage ou de connaissances lorsqu’ils en ont besoin pour accomplir leurs tâches. Ce soutien peut donc provenir de plusieurs personnes autour de la personne aidée.
La reconnaissance par le réseau de la santé et des services sociaux apparaît plus partagée. Environ 54 % des proches aidants sentent que leur expérience est comprise, reconnue et respectée par les professionnels ou les intervenants. Avec plus de deux millions de personnes concernées au Québec, les résultats de l’enquête donnent une mesure concrète des besoins de celles et ceux qui soutiennent un proche, parfois pendant une grande partie de leur vie.

