PSPP : le Québec s’offre une Ferrari mais prend l’autobus

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SHERBROOKE — Les Québécois sont parfois difficiles à suivre. Pour un observateur étranger, ils ont beau parler français, ils calculent avec des mesures anglaises. Ils veulent aussi une chose et son contraire. Regardez, par exemple, l’élection de Paul St-Pierre Plamondon à la tête du gouvernement.

D’un côté, les gens réclamaient du changement après deux mandats de la CAQ. De l’autre, ce même changement semble déjà en déranger plusieurs. Pourquoi?

Vouloir une voiture de course pour la remiser

Imaginez un peu la scène. Votre beau-frère est tanné de sa vieille minoune et rêve depuis des années d’une voiture neuve, rutilante, sans problèmes mécaniques et capable d’atteindre des vitesses très élevées. Il finit par l’acheter, mais se plaint aussitôt que les sièges sont en cuir et qu’elle va trop vite. Il décide donc de la remiser dans son garage et de prendre l’autobus.

Le beau-frère, c’est un peu le Québécois moyen devant la politique de son pays. Il envie les peuples qui ont des gouvernements efficaces, capables de se tenir debout et de défendre leurs intérêts. Mais lorsque son propre gouvernement commence à agir, il craint soudainement qu’il aille trop loin. Qu’il soit même un peu trop efficace, parce que cela risque de déranger sa petite vie.

Le Québec est cet endroit paradoxal où l’on réclame constamment du changement. Mais lorsqu’on l’obtient enfin, on commence immédiatement à le critiquer. Au fond, que veulent réellement les gens?

Un Québec libre dans un Canada uni

« Un Québec libre dans un Canada uni » : voilà une boutade qui aurait pu être digne d’Yvon Deschamps. Pourtant, c’est précisément ce que plusieurs Québécois semblent vouloir, du moins inconsciemment. Ils se disent contre la monarchie, mais considèrent que l’abolition de la fonction de lieutenant-gouverneur n’est jamais une priorité. Ce sera toujours important, mais jamais assez pour agir maintenant.

Ils affirment également que le Québec devrait pouvoir négocier en son propre nom sur la scène internationale, notamment avec l’Union européenne. Mais lorsque Paul St-Pierre Plamondon souhaite discuter directement avec les Européens, on le traite d’enfant roi ou de bébé gâté. On veut que le Québec parle, à condition qu’il ne parle pas trop fort.

Les Québécois sont difficiles à comprendre pour un observateur extérieur, mais ils le sont parfois tout autant pour eux-mêmes. Nous vivons dans un régime parlementaire d’inspiration britannique, tout en rejetant une bonne partie de ses symboles monarchiques. Il faudrait toutefois les abolir sans faire de vagues, sans déranger personne et, idéalement, sans même en parler.

Il faudrait également que le Québec puisse négocier avec le monde entier, mais en catimini. Personne ne devrait le savoir, pas même nos interlocuteurs. Nous voulons agir comme un pays, mais sans jamais donner l’impression que nous voulons en devenir un.

Un peuple profondément paradoxal

Les Québécois n’aiment pas se faire dire quoi faire, mais acceptent assez facilement de se faire remettre à leur place par le gouvernement fédéral. Ils aiment leur culture, mais pas trop. Ils veulent la protéger, pourvu que cela n’exige aucun effort ou sacrifice. Décidément, nous formons un peuple profondément paradoxal.

Les Québécois élisent un gouvernement péquiste qui promet du changement et qui commence à faire ce qu’il avait annoncé. Pourtant, ils se plaignent déjà du changement en question. Lorsque la CAQ était au pouvoir, malgré un règne bancal et parfois autoritaire, elle a longtemps bénéficié d’une cote de popularité très élevée. Il aura fallu l’accumulation des fiascos, de Northvolt à SAAQclic, pour que les électeurs veuillent finalement essayer autre chose.

À Ottawa, les Québécois ont massivement appuyé Mark Carney, qui profite encore d’une aura qu’il ne mérite peut-être pas entièrement. À Québec, ils ont porté le Parti québécois au pouvoir. Allez comprendre. Ce paradoxe, cependant, ne date pas d’hier.

Dans les années 1970 et 1980, le Québec envoyait d’importantes délégations libérales à Ottawa, contribuant aux victoires de Pierre Elliott Trudeau. Pendant ce temps, René Lévesque jouissait d’une immense popularité sur la scène québécoise. Deux visions presque opposées du Québec pouvaient ainsi recevoir, au même moment, l’appui d’une large partie de la population.

Le référendum de 1980 a été perdu avec 59,56 % des voix en faveur du non. Cela n’a pas empêché les Québécois de réélire René Lévesque dès l’année suivante, avec 49,3 % des voix et 80 sièges. Le message était pour le moins particulier : non au projet souverainiste proposé, mais oui au gouvernement qui l’avait porté.

La suite est tout aussi révélatrice. En 1982, la Constitution canadienne a été rapatriée et la Charte canadienne des droits et libertés y a été enchâssée sans l’accord du gouvernement du Québec. Deux ans plus tard, René Lévesque a tenté le « beau risque » en acceptant de collaborer avec le nouveau gouvernement de Brian Mulroney. Cette ouverture a profondément divisé le Parti québécois, sans permettre au Québec de régler durablement son statut constitutionnel.

Nous avons peut-être du souci à nous faire. Voulons-nous réellement du changement ou voulons-nous seulement chialer pour chialer, parce que cela fait du bien? Chialer n’engage aucune responsabilité et n’impose aucun devoir. Mais il ne faut pas ensuite se surprendre que la politique rende les gens cyniques.

Rendu là, à quoi bon se présenter aux élections et promettre du changement à une population qui affirme en vouloir, mais qui s’en méfie dès qu’il commence à prendre forme?

Note éditoriale : ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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