Sommet Canada-UE : Gentilcore réplique à Milliard

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QUÉBEC — Catherine Gentilcore ne mâche pas ses mots à l’endroit de Charles Milliard. Dans une publication sur Facebook, la vice-première ministre accuse le chef de l’opposition officielle d’avoir affaibli la position du Québec en participant au Sommet Canada–Union européenne, malgré les objections du gouvernement québécois sur la place qui lui était réservée. Elle reproche au chef libéral de présenter l’absence de Paul St-Pierre Plamondon comme un caprice partisan, alors qu’il s’agit, selon elle, du respect dû à la fonction de premier ministre.

Sommet Canada-UE : Gentilcore réplique à Milliard
IMAGE TIRÉE DE LA PAGE X / CHARLES MILLIARD

Une présence qui fait réagir

Le sommet, tenu à Montréal les 29 et 30 octobre, devait notamment approfondir les relations économiques et stratégiques entre le Canada et l’Union européenne. Charles Milliard défend sa participation en affirmant avoir voulu représenter les Québécois et saisir les occasions de discuter avec des décideurs internationaux. Dans le message auquel réagit Catherine Gentilcore, il oppose sa présence à la décision du premier ministre de laisser sa chaise vide.

Le chef libéral dit notamment avoir échangé avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi qu’avec les ambassadeurs d’Espagne et d’Allemagne. Il mentionne également des entrepreneurs québécois, dont Alain Bouchard et Serge Godin, et plusieurs anciens premiers ministres, parmi lesquels Lucien Bouchard, Jean Charest, Philippe Couillard et Daniel Johnson. Pour lui, ces rencontres permettent de renforcer des relations susceptibles d’ouvrir de nouveaux marchés en Europe.

Charles Milliard estime ainsi que Paul St-Pierre Plamondon a raté une occasion de défendre les intérêts économiques du Québec. « Être absent, c’est être perdant », écrit-il dans la déclaration reproduite en capture d’écran. Dans une autre publication, il présente la position libérale comme nationaliste, fédéraliste et ouverte sur le monde, dans la continuité de la doctrine Gérin-Lajoie.

Gentilcore dénonce une instrumentalisation

Catherine Gentilcore rejette cette lecture des événements. Selon elle, la présence du chef libéral pouvait être utilisée politiquement pour affaiblir ce qu’elle présente comme un consensus : le Québec ne devait pas être réduit à un rôle de figurant au sommet et dans les négociations avec les partenaires européens. Elle juge donc que sa participation dépassait la simple occasion de nouer des contacts.

La vice-première ministre reproche aussi à Charles Milliard de personnaliser le différend en parlant du « chef du Parti Québécois » qui aurait « boudé » l’événement. À ses yeux, cette formulation détourne l’attention de l’enjeu institutionnel. « Dans les faits, c’est de la fonction de premier ministre du Québec et du respect du gouvernement du Québec dont il est question », écrit-elle.

Elle défend plutôt une décision cohérente avec les engagements de Paul St-Pierre Plamondon. Selon son explication, le gouvernement entend collaborer lorsque les intérêts du Québec le justifient, tout en contestant les conditions qu’il estime défavorables aux Québécois. Son refus de participer devait donc servir à défendre la place du Québec.

La doctrine Gérin-Lajoie au cœur du différend

Catherine Gentilcore reproche par ailleurs au chef libéral d’invoquer la doctrine Gérin-Lajoie sans répondre aux objections québécoises envers Ottawa. Elle soutient que Mark Carney refuse de la reconnaître et que des fonctionnaires fédéraux en ignorent jusqu’à l’existence. Ces affirmations font partie des reproches qu’elle formule pour expliquer pourquoi elle juge la sortie de Charles Milliard décevante.

Formulée le 12 avril 1965 par Paul Gérin-Lajoie, alors ministre de l’Éducation dans le gouvernement libéral de Jean Lesage, cette doctrine repose sur le prolongement international des compétences du Québec. Autrement dit, Québec revendique la capacité d’agir à l’étranger dans les domaines qui relèvent de ses responsabilités, comme l’éducation et la culture. Le débat porte donc aussi sur sa capacité à faire entendre directement sa voix auprès de partenaires étrangers.

Une attaque contre l’héritage nationaliste du PLQ

La réplique devient particulièrement mordante lorsque Catherine Gentilcore accuse le Parti libéral d’être devenu « la simple succursale des intérêts canadiens au Québec et non l’inverse ». Elle lui reproche de se ranger du côté de ceux qui veulent, selon elle, marginaliser le Québec à Ottawa. Elle termine en invoquant Robert Bourassa : « Pour quelqu’un qui se revendique de Robert Bourassa, c’est absolument sidérant. »

Cette référence vise directement l’héritage nationaliste dont se réclame le chef libéral. Charles Milliard défend une présence aux rencontres internationales pour y faire avancer les intérêts québécois, tandis que Catherine Gentilcore estime que les conditions de cette participation doivent elles-mêmes être défendues. Leur échange expose ainsi un désaccord sur la manière de représenter le Québec face au gouvernement fédéral.

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