QUÉBEC — Hydro-Québec pourrait revoir complètement sa manière de récupérer les factures impayées dans certaines communautés autochtones. Une recommandation qui suscite déjà un débat animé au Québec, notamment sur les réseaux sociaux.
Le 24 juillet dernier, la société d’État a rendu public un rapport de l’ancien juge en chef de la Cour supérieure François Rolland. Celui-ci avait été mandaté en novembre 2024 pour examiner les pratiques de recouvrement d’Hydro-Québec dans certaines communautés des Premières Nations et inuit.
Le rapport contient huit recommandations.
Il propose notamment d’améliorer les communications avec les communautés, de nommer davantage d’agents de liaison et de créer un comité chargé de prévenir et de régler les différends. Ce comité réunirait des représentants d’Hydro-Québec et des communautés autochtones, avec la participation d’un médiateur indépendant.
François Rolland recommande aussi de permettre une facturation unique par l’entremise des conseils de bande. Au lieu d’envoyer une facture à chaque client, Hydro-Québec pourrait ainsi transmettre une seule facture à la communauté, qui serait ensuite responsable de sa gestion.
Le rapport propose également de bonifier les programmes d’efficacité énergétique, de terminer l’installation des compteurs et de mieux former les employés d’Hydro-Québec aux réalités autochtones.
Mais une mesure en particulier retient l’attention.
François Rolland recommande qu’Hydro-Québec cède aux Premières Nations et aux Inuit les arriérés non prescrits des factures d’électricité. Les communautés pourraient ensuite décider elles-mêmes si elles souhaitent récupérer ces sommes auprès de leurs membres.
Cette proposition est présentée comme une mesure de réconciliation économique. Elle vise à rebâtir une relation basée sur la confiance, tout en tenant compte des réalités historiques et économiques vécues par les Premières Nations et les Inuit.
Un débat rapidement enflammé
La recommandation a rapidement provoqué une controverse, notamment sur le forum r/Quebec du site Reddit.
Pour plusieurs participants, le principe devrait être simple : une personne qui consomme de l’électricité doit payer sa facture, peu importe son origine ou son lieu de résidence.
Certains craignent que la cession des dettes soit finalement l’équivalent d’un effacement. Ils y voient un traitement différent de celui réservé aux autres clients d’Hydro-Québec qui éprouvent des difficultés financières.
Plusieurs internautes soulignent également que de nombreux Autochtones paient déjà normalement leurs factures. Selon eux, une mesure trop générale pourrait créer un sentiment d’injustice, autant chez les autres Québécois que chez les membres des Premières Nations qui ont toujours respecté leurs obligations.
L’idée de transférer la responsabilité aux conseils de bande reçoit toutefois un accueil un peu plus favorable. Certains estiment qu’il serait plus réaliste de laisser les communautés gérer elles-mêmes les factures et les dettes de leurs membres, plutôt que de laisser la situation s’aggraver pendant encore plusieurs années.
D’autres proposent plutôt d’envoyer la facture au gouvernement fédéral, puisque les relations avec les Premières Nations relèvent en bonne partie d’Ottawa. Cette idée est cependant rejetée par ceux qui craignent de voir le gouvernement fédéral intervenir davantage dans les activités d’Hydro-Québec.
Les territoires ancestraux au cœur du débat
De l’autre côté du débat, plusieurs rappellent que de nombreux barrages et équipements hydroélectriques ont été construits sur des territoires ancestraux autochtones.
Des communautés ont vu leurs terres transformées ou inondées par le développement hydroélectrique. Pour certains internautes, il est donc impossible de parler uniquement de factures sans tenir compte de cette histoire.
Selon eux, une forme de compensation ou de partage des bénéfices provenant de l’exploitation des ressources naturelles peut être justifiée. Ils considèrent que la cession des dettes pourrait faire partie d’une démarche plus large de réparation et de réconciliation.
D’autres répondent que les compensations devraient être négociées clairement entre les gouvernements, Hydro-Québec et les communautés. Elles ne devraient pas, selon eux, prendre la forme de factures qui demeurent impayées pendant des années.
Le débat est parfois devenu particulièrement virulent. Plusieurs commentaires généralisent la situation à l’ensemble des Autochtones, alors que le rapport porte sur les pratiques de recouvrement dans certaines communautés. Des insultes et des stéréotypes ont également été publiés.
Une recommandation, pas encore une décision
Il faut rappeler qu’Hydro-Québec n’a pas encore annoncé l’effacement des dettes ni la gratuité de l’électricité dans les communautés autochtones.
La société d’État doit maintenant étudier les recommandations de François Rolland. Elle affirme vouloir en évaluer les conséquences, la faisabilité et la compatibilité avec son obligation de traiter équitablement l’ensemble de sa clientèle.
C’est probablement sur cette question que se trouve le véritable cœur du débat.
Comment tenir compte des injustices historiques vécues par les peuples autochtones sans donner l’impression qu’il existe deux systèmes différents pour les clients d’une même société d’État?
La réconciliation économique ne peut pas être uniquement symbolique. Mais elle doit aussi être accompagnée de règles claires, d’ententes précises et d’une solution pour éviter que de nouvelles dettes s’accumulent.
Hydro-Québec devra donc expliquer ce qui arrivera aux anciennes factures, mais surtout qui sera responsable de payer l’électricité consommée dans les prochaines années.
Sources : Hydro-Québec, recommandations de l’honorable François Rolland et discussion publique sur r/Quebec.

