MONTRÉAL — Pourquoi les chefs des principaux partis n’étaient-ils pas à la marche contre les féminicides ? C’est la question soulevée par Manon Massé dans un court extrait vidéo qui circule sur Reddit. L’ancienne co-porte-parole de Québec solidaire reproche aux chefs leur absence à un rassemblement consacré à une question aussi grave. Sous la publication, les réactions montrent toutefois qu’il n’y a pas de consensus sur ce qu’on devrait attendre d’eux.
Un geste symbolique qui compte, selon plusieurs
Pour de nombreux internautes, Manon Massé a raison de relever cette absence. Participer à une marche ne met évidemment pas fin aux féminicides, mais la présence d’un chef peut montrer publiquement que le problème mérite son attention. Certains commentateurs estiment qu’en campagne électorale, les partis trouvent du temps pour les festivals, les rencontres et les photos; ils devraient donc pouvoir en trouver pour une mobilisation contre les violences faites aux femmes.
La comparaison avec le Festival western de Saint-Tite revient plusieurs fois dans les commentaires. Des internautes font valoir que le festival se déroule sur plusieurs jours, alors que la marche ne durait que quelques heures. D’autres répondent qu’un samedi de campagne n’équivaut pas à n’importe quel autre moment de la semaine : les chefs cherchent aussi à rencontrer le plus grand nombre possible d’électeurs. En quelques échanges, la discussion passe ainsi de la cause des femmes à la gestion d’un agenda électoral.
Plusieurs personnes saluent aussi Manon Massé elle-même. L’une écrit qu’elle aurait été la figure la plus capable de rejoindre des électeurs au-delà de la base de Québec solidaire; une autre affirme qu’elle semble sincèrement vouloir le bien des gens. Ce sont des appréciations personnelles, bien sûr, mais elles aident à comprendre pourquoi ses propos trouvent un écho. Pour ces internautes, sa présence à une marche féministe paraît cohérente avec son parcours politique.
La ministre présente : une réponse suffisante ?
Dans l’extrait partagé, la présence d’une ministre est évoquée en réponse à la critique de Manon Massé. Plusieurs internautes jugent cet argument insuffisant. Ils ne contestent pas que cette présence ait sa valeur; ils demandent pourquoi les chefs, eux, n’ont pas fait le déplacement. Un commentateur ironise même sur le fait qu’on semble présenter la participation de la ministre comme quelque chose d’extraordinaire.
L’objection inverse mérite aussi d’être entendue. Un parti peut envoyer des représentants à une marche sans que son chef soit personnellement présent, et cette représentation ne devrait pas être effacée du récit. La question devient alors plus précise : la cause exigeait-elle la présence des chefs en personne, ou leur engagement peut-il se mesurer autrement ? C’est sur ce point que les avis divergent réellement.
Les marches changent-elles quelque chose ?
Un commentaire, publié par une personne qui dit voter pour Québec solidaire, déplace le débat vers le fond du problème. Elle demande si une marche a déjà réduit le nombre de féminicides et réclame des solutions plus concrètes : du financement pour les organismes et les maisons d’hébergement, davantage d’intervenants, des lignes d’aide et de la sensibilisation. La question peut paraître abrupte, mais elle exprime une attente légitime envers les partis politiques : au-delà de leur présence, quel est leur plan ?
D’autres internautes lui répondent qu’une marche n’a pas la même fonction qu’un programme gouvernemental. Les citoyens qui défilent ne peuvent pas, à eux seuls, ouvrir des places en maison d’hébergement ou adopter un budget. Ils peuvent en revanche rendre le problème visible, soutenir les personnes concernées et rappeler aux élus que la violence faite aux femmes demeure une préoccupation publique. Une manifestation ne remplace pas l’action politique; elle peut aussi contribuer à l’exiger.
Un autre participant résume assez bien le malaise de ceux qui défendent les chefs absents : il préfère voir des engagements chiffrés dans les plateformes électorales qu’une présence à la marche pour « faire des sourires ». Là encore, l’argument a ses limites. On peut avoir un programme solide et prendre deux heures pour écouter les personnes mobilisées. Mais il rappelle qu’une photo prise dans une foule ne dit pas, à elle seule, ce qu’un parti fera une fois élu.
La présence de candidats péquistes soulève une autre controverse
La discussion prend une tournure plus tendue lorsqu’un internaute affirme qu’une quinzaine de candidats et candidates du Parti québécois étaient présents à la marche et que certains auraient reçu des insultes. Cette affirmation provient d’un commentaire Reddit et les éléments fournis ne permettent pas d’en confirmer tous les détails. Elle a néanmoins suscité des réactions opposées : les uns dénoncent le traitement réservé à des personnes venues manifester; les autres reprochent à leurs défenseurs de recentrer une marche contre les féminicides sur le sort de politiciens.
Cet échange montre à quel point le contexte électoral peut compliquer une mobilisation. On reproche aux chefs de ne pas venir, mais la présence de candidats d’un parti peut elle aussi provoquer des tensions. Cela ne rend pas la marche moins importante. Cela rappelle plutôt qu’il faut distinguer les critiques adressées aux partis, l’accueil réservé aux personnes sur place et l’objectif premier du rassemblement.
Un débat qui appelle des réponses plus précises
Au fond, les deux camps posent des questions auxquelles les chefs devraient pouvoir répondre. Pourquoi n’étaient-ils pas présents ? Qui représentait leur parti à la marche ? Et surtout, quelles mesures défendent-ils pour mieux prévenir les violences, soutenir les femmes en danger et donner aux organismes les moyens d’agir ? Ces questions sont plus utiles qu’un simple concours de présences.
Manon Massé a mis en lumière une absence que plusieurs Québécois jugent significative. Les réactions sur Reddit montrent que d’autres refusent d’en faire le principal critère pour évaluer les partis. On peut comprendre les deux réflexes. Mais si cette controverse se termine uniquement par un débat sur les horaires des chefs et les photos de campagne, elle aura laissé de côté la raison même pour laquelle les gens ont marché.

