La poutine, grande gagnante de la campagne électorale

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SHERBROOKE — Ils ne s’entendent pas toujours sur la Constitution, l’immigration, les taxes ou la taille de l’État. Mais lorsqu’arrive le temps de commander dans une cantine de région, les chefs politiques québécois semblent soudainement trouver un rare terrain d’entente : une poutine, avec du fromage en grains qui fait « squick-squick », si possible. En cette campagne électorale, notre plat national non officiel paraît presque aussi incontournable que les poignées de main, les visites d’usines et les photos avec des bébés.

IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK / ÉRIC DUHAIME

Un passage obligé sur la route électorale

Paul St-Pierre Plamondon s’est récemment arrêté au Roy Jucep, à Drummondville, en compagnie des candidats péquistes Charles Page et Natalie Bisaillon. Le chef du Parti québécois a prudemment évité de trancher le débat entourant le lieu de naissance de la poutine, tout en soulignant que le restaurant détient depuis 1998 la marque de commerce « L’inventeur de la poutine ». Une bonne façon de goûter la sauce sans se mettre à dos la moitié du Centre-du-Québec.

Christine Fréchette a elle aussi multiplié les arrêts gourmands. À Granby, elle a visité la Cantine chez Ben on s’bour la bédaine, une entreprise familiale dont l’histoire remonte à 1950, avant de publier une autre photo aux côtés de l’entrepreneur Olivier Primeau et d’une poutine servie à Saint-Tite. Dans les deux cas, la cheffe caquiste a surtout insisté sur le travail des entrepreneurs locaux et sur l’importance des commerces qui font vivre les régions.

Charles Milliard avait déjà mis la main à la pâte — ou plutôt dans le fromage en grains — lors d’un passage à la Cantine Chez Paul, à Magog. Le chef libéral avait été invité à assembler lui-même une poutine avant de poursuivre sa tournée sur la rue Principale. De son côté, Éric Duhaime a reconnu avoir abandonné, le temps d’un repas à Montmagny, sa promesse de manger santé pendant toute la campagne.

Même Ruba Ghazal avait célébré la poutine au début de l’été. La co-porte-parole de Québec solidaire avait appuyé une pétition réclamant la création d’un émoji consacré au mets québécois, expliquant devoir se rabattre sur un Bitmoji lorsqu’elle voulait en parler. Sur ce dossier hautement stratégique, les différences idéologiques paraissent donc beaucoup moins difficiles à digérer.

IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK / PAUL ST-PIERRE PLAMONDON

Pourquoi la poutine fonctionne-t-elle si bien?

Pour un politicien, une visite dans une cantine offre pratiquement tout ce qu’une équipe de campagne peut souhaiter. Il y a un commerce local à mettre en valeur, des employés et des clients à rencontrer, une spécialité régionale à goûter et, surtout, une image simple à partager sur les réseaux sociaux. Pas besoin d’un long communiqué : une fourchette, du fromage en grains et un sourire font généralement le travail.

La poutine possède aussi un avantage que peu d’aliments peuvent revendiquer : elle est immédiatement associée au Québec. Longtemps moquée ou considérée comme un simple repas de casse-croûte, elle est devenue un symbole culturel connu bien au-delà de nos frontières. Elle demeure pourtant accessible, populaire et profondément liée aux routes, aux villages et aux cantines où la campagne électorale se déroule réellement.

Encenser un restaurant emblématique permet également aux chefs de montrer qu’ils connaissent le territoire. Nommer le Roy Jucep, Chez Ben, Chez Paul ou À la Rive, ce n’est pas seulement parler d’un repas : c’est adresser un clin d’œil aux gens du coin et à leurs habitudes. Dans une campagne où chaque formation cherche à paraître proche des régions, la cantine devient presque une petite institution politique.

IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK / CHRISTINE FRÉCHETTE

Une opération de proximité… avec extra sauce

Évidemment, personne ne choisira nécessairement son prochain gouvernement en fonction de la quantité de fromage servie dans l’assiette du chef. Ces visites permettent néanmoins d’humaniser les politiciens, souvent coincés entre des annonces soigneusement préparées, des débats tendus et des réponses répétées des dizaines de fois. Devant une poutine, ils redeviennent pour quelques minutes des clients ordinaires qui se demandent si la sauce est assez chaude.

Le geste demeure très calculé, mais il fonctionne parce qu’il s’appuie sur quelque chose de vrai. Les Québécois entretiennent une relation affective avec leurs casse-croûtes, leurs recettes préférées et les interminables débats entourant l’origine de la poutine ou la meilleure sauce. Chaque région possède ses adresses incontournables, et chaque amateur est convaincu de connaître celle qui mérite réellement le détour.

Au terme de la campagne, il y aura un gouvernement, une opposition officielle et plusieurs candidats déçus. Mais une gagnante semble déjà se dégager : la poutine, encensée par des chefs de toutes les couleurs politiques et photographiée aux quatre coins du Québec. Reste seulement à savoir lequel d’entre eux osera enfin aborder la véritable question nationale : sauce brune, sauce barbecue ou mélange des deux?

IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK / RUBA GHAZAL

Sources :

  • Publication Facebook de Paul St-Pierre Plamondon, passage au Roy Jucep de Drummondville, 17 septembre 2026.
  • Publications Facebook de Christine Fréchette, visites à la Cantine chez Ben on s’bour la bédaine de Granby et à un camion de cuisine de Saint-Tite, 21 septembre 2026.
  • Publication Facebook de Charles Milliard, visite à la Cantine Chez Paul de Magog, 8 septembre 2026.
  • Publication Facebook d’Éric Duhaime, arrêt à la cantine À la Rive de Montmagny, 30 août 2026.
  • Publication Facebook de Ruba Ghazal, appui à la pétition « La poutine mérite son émoji », 19 juillet 2026.

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