QUÉBEC — Le Cégep Limoilou a conclu un contrat de 37 905,11 $, avant taxes, avec OpenAI pour un « abonnement ChatGPT ». L’avis publié au Système électronique d’appel d’offres du gouvernement du Québec (SEAO) indique que le contrat a été conclu le 1er juillet 2026 et publié le 24 septembre. Il n’en fallait pas davantage pour lancer un débat sur Reddit : pourquoi un établissement d’enseignement paie-t-il pour un outil dont on se demande encore quelle place il devrait occuper dans les travaux scolaires ?

Une somme qui ne dit pas tout
À première vue, près de 38 000 $ pour ChatGPT, ça frappe. Sur le forum r/Quebec, l’auteur de la publication qui a fait circuler l’avis s’indigne du montant. Plusieurs lui répondent toutefois qu’à l’échelle d’un cégep, les licences informatiques peuvent coûter bien davantage. Un internaute résume sa position ainsi : « Ce n’est pas un montant si choquant que ça. »
Le problème est qu’on ignore ce que cette somme achète exactement. La capture de l’avis montre le fournisseur, le montant et le type de contrat, conclu de gré à gré, mais ne précise ni le nombre de comptes, ni leur durée, ni les personnes qui y auront accès. Les calculs proposés dans les commentaires sur un coût par utilisateur restent donc des hypothèses. Sans ces renseignements, impossible de juger si le cégep a obtenu un bon prix ou même de dire à quoi l’abonnement servira.
Former à l’IA, ou lui confier le travail ?
Des participants au débat rappellent que le Cégep Limoilou offre des formations liées à l’intelligence artificielle. Son site présente notamment un cours sur l’usage de Copilot et de ChatGPT avec Excel, ainsi qu’une formation consacrée à la rédaction de requêtes efficaces. Il serait donc plausible que l’établissement ait besoin de comptes pour enseigner ces outils. Rien dans l’avis fourni ne permet cependant de relier le contrat à ces formations en particulier.
Pour les partisans de l’achat, apprendre à utiliser l’IA fait désormais partie de la formation à offrir. Mieux vaut, selon eux, que les enseignants et les étudiants puissent expérimenter avec un outil connu, en comprendre les possibilités et en repérer les erreurs. Un commentateur écrit que, pour encadrer l’IA en éducation, « il faut bien maîtriser la bête ». Cet argument a du poids : il est difficile d’enseigner le fonctionnement d’une technologie qu’on refuse d’approcher. reddit.com
Mais la réserve exprimée par d’autres internautes porte moins sur la facture que sur ce qu’elle pourrait encourager. L’un d’eux dit ne pas vouloir que le cégep favorise l’utilisation de ChatGPT dans toutes les matières. Un autre, revenu à l’université après plusieurs années, raconte voir des présentations entières produites avec l’IA et s’inquiète de la place laissée à la recherche personnelle. Ce sont des témoignages et des opinions, pas une description des pratiques du Cégep Limoilou. Ils posent néanmoins une question difficile : si un étudiant remet un texte correct sans avoir eu à construire lui-même son raisonnement, qu’a-t-il appris ? reddit.com
La vieille facture et la nouvelle
La discussion a rapidement quitté ChatGPT pour s’étendre aux licences Microsoft, aux logiciels libres et à la dépendance des institutions envers quelques fournisseurs. Certains internautes proposent d’utiliser davantage d’outils ouverts pour réduire les abonnements. D’autres soulignent qu’un changement de logiciel exige aussi de former le personnel, d’adapter les documents et de maintenir les systèmes. L’idée de remplacer un abonnement coûteux semble simple, jusqu’au moment où il faut ouvrir les fichiers de tout le monde le lundi matin. reddit.com
L’IA ajoute une autre dimension à cette dépendance. Il faudrait savoir quelles données les utilisateurs pourront soumettre à l’outil, quelles protections s’appliquent et qui fixe les règles d’utilisation. Un exercice de classe, un document administratif et des renseignements concernant un étudiant ne soulèvent pas les mêmes enjeux. Le contrat publié ne répond pas, à lui seul, à ces questions.
Ce que le cégep devrait expliquer
On peut être favorable à l’enseignement de l’IA sans souhaiter qu’elle rédige les travaux à la place des étudiants. On peut aussi s’inquiéter de ses effets sur l’apprentissage sans prétendre que chaque abonnement est un gaspillage. Les réactions sur Reddit montrent surtout que les citoyens remplissent les blancs laissés par un avis de contrat très bref : les uns imaginent une formation nécessaire, les autres, une école qui paie pour automatiser la pensée.
Le Cégep Limoilou pourrait éclaircir le débat en précisant à qui s’adresse l’abonnement, combien de temps il dure et quelles règles encadrent son utilisation. Alors seulement, la discussion pourrait dépasser le réflexe de s’étonner devant 37 905 $. La véritable question serait de savoir ce que cette dépense apporte à l’enseignement et ce qu’elle risque de lui enlever.
Sources :
- Avis de conclusion de contrat du SEAO, « DRI – ABONNEMENT CHATGPT », no BON262700932, dans la capture fournie.
- Discussion « Achat d’un abonnement ChatGPT par un cégep de Québec », r/Quebec.
- Cégep Limoilou : Intelligence artificielle pour Excel et Rédiger des requêtes efficaces avec l’intelligence artificielle.

