SHERBROOKE — Un important projet immobilier comprenant trois immeubles de huit étages et une tour de quinze étages pourrait voir le jour à Sherbrooke. Sa particularité : les promoteurs évaluent sérieusement la possibilité de construire les bâtiments en bois massif plutôt qu’en béton ou en acier.
Le projet a été présenté publiquement par Nikolai Ray, président d’Ikigai Impact et fondateur du Collège MREX, dans une publication diffusée sur les réseaux sociaux. Il précise toutefois qu’aucune décision finale n’a encore été prise quant au choix des matériaux.
« Je ne suis pas en train d’annoncer qu’on construit en bois massif à Sherbrooke. On l’évalue sérieusement », écrit-il.
La possibilité est actuellement examinée avec des ingénieurs, notamment en fonction des coûts, de l’échéancier de construction et des contraintes liées à l’approvisionnement.
« On va peut-être arriver à la conclusion que ça ne fonctionne pas pour ce projet-là », reconnaît le promoteur.
Il soutient néanmoins que le bois massif mérite d’être considéré comme un véritable matériau de construction, et non uniquement comme une option permettant de donner une image plus écologique à un projet immobilier.

Une technologie encore méconnue
Lorsqu’il a évoqué pour la première fois la possibilité d’utiliser du bois massif pour le projet sherbrookois, Nikolai Ray affirme que la proposition a suscité une certaine incrédulité.
« La première fois que j’ai mis le mot bois massif sur la table pour notre projet à Sherbrooke, il y a eu un silence dans la salle. Puis quelqu’un a demandé : “Du bois. Pour un immeuble de cette taille-là?” »
Cette réaction ne le surprend pas. Dans l’imaginaire collectif, le bois demeure souvent associé aux maisons unifamiliales ou aux petits bâtiments. Les structures en bois massif utilisent pourtant des produits d’ingénierie très différents du bois de charpente traditionnel.
Les panneaux de bois lamellé-croisé, notamment, sont formés de plusieurs couches de bois collées dans des directions opposées. Ils peuvent servir à construire les murs, les planchers et certaines parties de la structure d’un immeuble de plusieurs étages.
Selon Nikolai Ray, la résistance de l’épinette noire québécoise représente également un avantage important. En raison du climat nordique et de sa croissance lente, l’arbre développe des cernes plus serrés et une fibre particulièrement dense.
« L’arbre est fort parce qu’il a poussé lentement », résume-t-il.
Des précédents au Québec
La construction de bâtiments de grande hauteur en bois massif n’est plus entièrement nouvelle au Québec.
À Québec, l’immeuble Origine compte treize étages, dont douze sont construits en bois massif encapsulé. À Montréal, le projet Arbora, dans Griffintown, comprend trois bâtiments de huit étages totalisant près de 600 000 pieds carrés.
La réglementation québécoise permet également d’envisager des projets de plus grande envergure. Depuis juillet 2025, la Régie du bâtiment du Québec autorise, sous certaines conditions, la construction de bâtiments en bois massif encapsulé pouvant atteindre dix-huit étages.
Cette évolution réglementaire ouvre donc la porte à des projets qui auraient été beaucoup plus difficiles à réaliser quelques années auparavant.
Qu’en est-il des incendies?
La résistance au feu demeure l’une des premières préoccupations évoquées lorsqu’il est question d’immeubles en bois.
Une poutre en bois massif ne réagit toutefois pas de la même manière qu’une planche de bois ordinaire. Lorsqu’elle est exposée aux flammes, sa surface se carbonise progressivement. Cette couche carbonisée contribue à isoler le cœur de la poutre, qui peut continuer à supporter une charge pendant un certain temps.
Les bâtiments de grande hauteur doivent malgré tout respecter des normes strictes en matière de sécurité incendie. Dans les constructions en bois massif encapsulé, les éléments structuraux peuvent notamment être recouverts de matériaux résistants au feu.
Pour Nikolai Ray, ces structures ne reposent donc pas sur un simple pari écologique.
« Ce n’est pas de la foi, c’est de l’essai en laboratoire », affirme-t-il.
Une industrie déjà bien implantée au Québec
Le promoteur rappelle également que le Québec possède déjà une expertise considérable dans la transformation du bois d’ingénierie.
Il cite notamment l’entreprise Chantiers Chibougamau, fondée en 1961 avec quelques employés et un moulin portatif. L’entreprise a depuis connu une croissance importante et a ouvert, en 2010, ce qu’elle présente comme la première usine de bois lamellé-croisé en Amérique du Nord.
Pour les défenseurs du bois massif, la proximité de la ressource et des installations de transformation constitue un argument économique aussi important que les considérations environnementales.
« La ressource est ici. L’usine est ici. Le code le permet maintenant », souligne Nikolai Ray.
Il déplore qu’une part importante du bois québécois soit encore exportée vers les États-Unis avant d’être transformée et utilisée dans des constructions réalisées à l’extérieur de la province.
Des avantages, mais aussi des contraintes
Le bois massif peut permettre de réduire la quantité de béton et d’acier utilisée dans un bâtiment. Il peut également contribuer à diminuer l’empreinte carbone d’un projet, puisque le bois conserve une partie du carbone absorbé par l’arbre durant sa croissance.
Le promoteur ne cache toutefois pas les limites de cette méthode de construction.
Le bois massif n’est pas nécessairement moins cher au pied carré. La préfabrication exige également que plusieurs décisions soient prises très tôt dans le processus. Une modification tardive peut donc devenir coûteuse et compliquée.
La disponibilité des matériaux, la capacité des fournisseurs et la coordination entre les architectes, les ingénieurs et les entrepreneurs peuvent également influencer la viabilité du projet.
Ces contraintes expliquent pourquoi Ikigai Impact n’a pas encore confirmé l’utilisation du bois massif à Sherbrooke.
Le projet pourrait néanmoins devenir l’un des exemples les plus ambitieux de construction en bois dans la région s’il devait se concrétiser sous cette forme. Une tour de quinze étages représenterait un changement majeur dans la manière de concevoir les grands projets immobiliers à Sherbrooke.
Pour le moment, le bois massif demeure donc une option à l’étude. Mais le simple fait qu’il soit sérieusement envisagé pour quatre immeubles de cette taille montre à quel point cette technologie commence à s’imposer dans le paysage immobilier québécois.
Source : publication publique de Nikolai Ray, président d’Ikigai Impact et fondateur du Collège MREX.

