SHERBROOKE — L’accès public aux lacs du Québec est de plus en plus restreint. On a appris, par le biais d’une étude réalisée par les chercheurs Sébastien Rioux et Rodolphe Gonzalès, respectivement professeurs aux départements de géographie de l’Université de Montréal (UdeM) et de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), et publiée sur le site de la Fondation Rivières, que 98 % des berges donnant accès aux lacs sont privatisées. Or, le Québec reconnaît l’eau comme une ressource publique accessible à tous. Faut-il y voir une fatalité dans une société qui prône le droit à la propriété privée ou, au contraire, tenter de préserver ce qui est encore possible pour les non-riverains?
Cette étude a fait l’effet d’une bombe au Québec. Des millions de lacs parsèment notre territoire. Il y en a tellement que plusieurs, notamment dans le Grand Nord, n’ont tout simplement pas de nom. Les lacs font partie de notre identité. Qui ne s’est jamais baigné, enfant, dans un lac du Québec? Malgré la vase, les algues et le froid? Certains de nos plus précieux souvenirs sont probablement liés à un lac.
Pourtant, l’accès à ceux-ci est de plus en plus restreint. Les riverains, qui possèdent des maisons, des chalets et des centres de villégiature, ont progressivement privatisé les berges. Cela ne part probablement pas d’une mauvaise intention, mais nous en sommes maintenant à seulement 2 % des rives accessibles au public.
Dans un contexte où acheter une résidence secondaire est particulièrement coûteux, surtout près des cours d’eau, préserver ce modeste 2 % devrait être une mission collective.
La Fondation Rivières nous donne quelques pistes de solutions : en France, en Écosse, aux États-Unis ou en Nouvelle-Zélande, les mêmes problèmes qu’au Québec ont pu être résolus, en partie, grâce à des idées simples. Par exemple, lorsqu’un accès est coupé, l’État a l’obligation d’ouvrir un accès équivalent ailleurs. Il pourrait également ouvrir des accès publics dans certaines zones privatisées.
L’idée n’est pas de revenir sur les droits de propriété ni de corriger une injustice par une autre, mais plusieurs clubs sportifs, de pêche, de paddleboard ou de plongée le disent d’emblée : l’accès est si restreint par endroits que cela met en péril leurs activités à terme.
Et maintenant, qu’en pensez-vous? L’accès aux lacs doit-il être garanti à tous les Québécois, indépendamment de leur revenu? Ou les lacs devraient-ils rester des endroits tranquilles afin de ne pas déranger la quiétude des riverains?
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

