MONTRÉAL — Le ton monte une fois de plus entre les défenseurs du français et le transporteur aérien national. La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB) a décerné, le 30 mars, son désormais célèbre « Prix citron » à Air Canada, dénonçant ce qu’elle qualifie de manquements répétés en matière de respect de la langue française.
Un symbole acide pour dénoncer une situation persistante
Devant la Maison Ludger-Duvernay, au cœur de Montréal, un citron géant a été installé pour marquer l’événement. Un geste symbolique, mais lourd de sens, visant à illustrer l’exaspération croissante d’une partie de la population face à ce qu’elle perçoit comme un recul du français au sein d’une entreprise pourtant emblématique.
Pour la SSJB, cette initiative n’est pas un simple coup d’éclat. Elle s’inscrit dans une longue série d’interventions visant à rappeler à Air Canada ses obligations linguistiques, notamment depuis l’adoption de son Plan d’action linguistique 2020-2023, qui promettait un leadership exemplaire en matière de bilinguisme.
La controverse Rousseau ravivée
La décision de la SSJB survient dans un contexte déjà tendu, marqué par les controverses entourant l’ancien PDG d’Air Canada, Michael Rousseau.
Ce dernier avait suscité une vive indignation en 2021 en affirmant ne pas avoir besoin de parler français pour diriger une entreprise basée à Montréal. Plus récemment, la polémique s’est ravivée lorsqu’il a offert un message de condoléances uniquement en anglais à la suite d’une tragédie aérienne à l’aéroport LaGuardia de New York — un geste jugé insensible, notamment en raison de la présence d’un pilote québécois parmi les victimes.
Pour la présidente de la SSJB, Marie-Anne Alepin, le départ annoncé de M. Rousseau ne règle rien. Au contraire, il met en lumière un problème plus profond : une culture d’entreprise où le français ne serait pas traité à la hauteur de son statut.
Des obligations légales claires
Au-delà des symboles et des déclarations, la question est aussi juridique. Air Canada est soumise à la Loi sur les langues officielles, qui garantit l’égalité du français et de l’anglais dans les institutions fédérales et les entreprises qui en dépendent.
Concrètement, cela signifie que la compagnie aérienne doit offrir des services dans les deux langues officielles, tant à bord de ses avions que dans ses communications avec le public. Cette obligation découle également de la Loi sur la participation publique au capital d’Air Canada, qui encadre sa privatisation tout en maintenant certaines responsabilités linguistiques.
À cela s’ajoute une démarche volontaire annoncée en 2023 : l’inscription d’Air Canada auprès de l’Office québécois de la langue française afin de se conformer à la Charte de la langue française. Pour la SSJB, les résultats concrets de cet engagement tardent toutefois à se faire sentir.
Une pression populaire qui s’intensifie
Dans son communiqué, la SSJB insiste sur le fait que ce « Prix citron » dépasse la simple critique d’une entreprise. Il s’inscrit dans un mouvement plus large de revendication linguistique au Québec, où une partie de la population refuse de voir le français perdre du terrain, notamment dans les grandes entreprises.
« Leur inaction équivaut à une approbation silencieuse d’une culture où l’anglais domine », a déclaré Marie-Anne Alepin, appelant directement la direction et le conseil d’administration d’Air Canada à agir.
Une question qui dépasse Air Canada
Au fond, cette controverse pose une question plus large : celle de la place réelle du français dans les institutions canadiennes, même lorsque celles-ci sont profondément ancrées au Québec.
Air Canada, en tant que vitrine internationale du pays et entreprise dont le siège social est à Montréal, se retrouve ainsi au cœur d’un débat identitaire et politique qui dépasse largement ses opérations commerciales.
Le « Prix citron » de la SSJB agit donc comme un rappel — amer, mais assumé — que pour plusieurs, la défense du français demeure un enjeu fondamental, et non négociable.
Source : communiqué de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (30 mars 2026), diffusé par Groupe CNW.

