Le 27 janvier 2026, un incendie majeur a détrruit un bâtiment de la Ferme avicole Benoît Fontaine à Notre-Dame-de-Stanbridge, en Estrie, causant la mort de 60 000 poussins et des pertes estimées à plus de 2,5 millions de dollars. L’information a été rapportée par le journal agricole La Terre de chez nous, qui précisait que l’entreprise avait déjà subi un sinistre comparable en 2024. Ce nouvel épisode remet en lumière une réalité préoccupante : les incendies dans les fermes québécoises continuent de provoquer des pertes considérables, tant sur le plan économique que sur celui du bien-être animal.
Ce type de drame ne relève pas de l’exception. Selon les données compilées par l’organisme Droit animalier Québec, qui tient à jour un registre des incendies agricoles à partir de rapports médiatiques et de sources publiques, plus de 550 000 animaux d’élevage sont morts dans des incendies de bâtiments agricoles au Québec depuis 2015. L’organisme estime que la moyenne annuelle se situe entre 50 000 et 60 000 animaux, principalement des volailles, des porcs et des bovins.
Radio-Canada a également consacré un reportage à la question en soulignant un élément troublant : il n’existe toujours aucune base de données officielle gouvernementale recensant le nombre d’animaux morts lors des incendies de fermes. Dans la majorité des cas, ces pertes sont comptabilisées dans les rapports d’assurance comme des pertes matérielles, au même titre que les bâtiments ou les équipements, ce qui rend le phénomène difficile à documenter de manière rigoureuse à l’échelle nationale.
Des causes connues, pour des drames qui se multiplient
Les causes de ces incendies sont pourtant bien connues. Droit animalier Québec et Radio-Canada mentionnent notamment les défaillances électriques, les installations vieillissantes, l’accumulation de poussière et de matières hautement inflammables comme le foin ou la paille, ainsi que l’absence fréquente de détecteurs de fumée, d’alarmes ou de systèmes de gicleurs dans les bâtiments agricoles. En milieu rural, les délais d’intervention des services d’incendie, souvent plus longs en raison de l’éloignement des casernes et du manque d’accès à l’eau, aggravent encore la situation. Lorsque les pompiers arrivent, il est souvent trop tard pour évacuer les animaux, confinés dans des structures fermées sans possibilité de fuite.
Au-delà des pertes économiques importantes pour les producteurs, ces événements soulèvent un enjeu éthique majeur. Depuis 2015, le Code civil du Québec reconnaît les animaux comme des êtres doués de sensibilité. Pourtant, dans la pratique, les normes de prévention incendie applicables aux bâtiments d’élevage demeurent largement insuffisantes, et aucune obligation généralisée n’impose l’installation de systèmes de détection ou de protection comparables à ceux exigés dans d’autres types de bâtiments accueillant des êtres vivants.
Dans son reportage, Radio-Canada indiquait que plusieurs acteurs — vétérinaires, organismes de protection animale, juristes et même certains producteurs agricoles réclament depuis des années la mise en place de normes minimales obligatoires pour les bâtiments d’élevage, la création d’un registre officiel des animaux morts lors de sinistres et un soutien financier gouvernemental pour aider les fermes à moderniser leurs installations de sécurité. Jusqu’à présent, ces demandes n’ont pas donné lieu à une réforme structurante.
Les incendies agricoles ne constituent donc plus une série d’événements isolés, mais bien un problème systémique qui touche à la sécurité, à l’économie rurale et à la cohérence des politiques publiques en matière de bien-être animal. En 2026, la répétition de ces drames pose une question de fond : combien d’incendies et combien de vies animales faudra-t-il encore perdre avant qu’une réponse politique claire et durable soit mise en place.
Quelques chiffres clés
- 60 000 poussins morts dans un incendie en Estrie en janvier 2026
- Plus de 550 000 animaux d’élevage morts dans des incendies agricoles au Québec depuis 2015
- Environ 50 000 à 60 000 animaux par année en moyenne
- Causes les plus souvent évoquées : problèmes électriques, matériaux inflammables, absence de systèmes de détection et d’alarme
Sources :
La terre de chez nous
Droit animalier Québec
Radio-Canada

