La télé conventionnelle québécoise est-elle morte ?

Partagez

Écoutez cet article en version audio :
0:00
0:00

Il y a quelque chose qui se joue actuellement. Et peu de gens en parlent. Il existe comme jamais auparavant une fracture entre les générations : des boomers jusqu’à leurs petits-enfants. Or, quelle est l’une des raisons ? La télévision, et l’effondrement des médias traditionnels.

Des personnes âgées me parlent parfois des émissions qu’elles regardent à TVA, Télé-Québec et Radio-Canada. On dit que la moyenne d’âge des téléspectateurs au Québec est d’environ 57 ans.

Ça fait beaucoup de monde qui ne se sent pas concerné par la télévision au Québec. Et ses nombreux déboires. Pierre Karl Péladeau accuse Radio-Canada de voler ses revenus publicitaires, en raison de leur financement par le gouvernement fédéral, en plus de leur droit de diffuser de la publicité.

Or, est-ce en déshabillant Pierre pour habiller Paul que l’on réglera la crise ? Non, car ce qui se passe dans le domaine médiatique dépasse largement les questions de subventions. C’est une crise profonde, culturelle même.

À nous de faire vivre la culture québécoise

Aux États-Unis, MTV Music a cessé de diffuser des vidéoclips il y a quelques jours, mettant fin à plus de 45 ans de télévision. Ce qui est tout de même surprenant, c’est qu’ils aient pu résister une vingtaine d’années malgré l’apparition de YouTube, où les clips se retrouvent désormais.

Au Québec, la télévision diffuse effectivement en français et essaie de produire malgré des budgets limités. Cependant, peu de gens en bas de 57 ans s’identifient encore à la télé québécoise. Pour plusieurs, dont moi, au milieu de la trentaine, nos références se limitent aux années 1990-2000. Pensons à Radio Enfer, Dans une galaxie près de chez vous, Les Bougons.

La télé a cessé d’être innovante et de prendre des risques.

Regardez, à l’inverse, Netflix avec ses émissions phares : Squid Game notamment. Cette série a été refusée par tous les diffuseurs sud-coréens, pour finalement être produite par Netflix. Maintenant, on parle d’une nouvelle franchise, avec l’ouverture à des possibilités inédites pour une émission produite en Corée du Sud.

Ou encore Stranger Things, qui a réussi à remettre au goût du jour, pour les nouvelles générations, l’esthétique et la culture pop des années 80. Un bel exploit si l’on considère que ceux ayant connu le milieu des années 80 en tant qu’enfants ont au minimum 45 ans.

Mais au Québec, qu’est-ce que l’on a fait depuis tout ce temps ? La télé a cessé d’innover pour devenir le relais de l’idéologie progressiste. Télé-Québec ne manque pas une occasion pour accuser les Québécois de racisme. TVA a fini par creuser sa tombe en insultant les personnes sceptiques face au gouvernement pendant la pandémie. Radio-Canada est l’officine de la propagande des libéraux canadiens.

Comment s’identifier à la télé en 2026 ?

Oui, c’est dommage pour les artisans honnêtes qui y travaillent. Mais il est désormais possible, et même souhaitable, de créer soi-même son propre contenu. Regardez la quantité d’émissions indépendantes produites au Québec et diffusées sur YouTube, Patreon.

On peut maintenant créer sa propre émission, la réaliser tout en ayant le public comme producteur. On peut également faire la même chose avec les jeux vidéo. Pourquoi attendre un miracle qui ne viendra pas ? Des gens produisent des podcasts tous les jours, au point même où des humoristes se recyclent dans ce type de production pour pallier la baisse des revenus à la télé.

En ce sens, nous vivons une époque intéressante. Nous n’avons plus à obéir aux envies de lobbyistes ou de producteurs ayant des intérêts politico-financiers. Mais malheureusement, il est plus difficile de faire nation quand personne ne regarde les mêmes émissions. D’où l’importance, malgré toutes les critiques auxquelles on peut leur adresser, de continuer à travailler sur les réseaux sociaux et sur médias indépendants.

Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

Nouvelles

Actualités