QUÉBEC — Huit ans après la légalisation du cannabis au Canada, sa consommation continue de diminuer au Québec. Selon les plus récentes données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), publiées ce mercredi 28 octobre, environ 14 % des Québécois âgés de 15 ans et plus ont consommé du cannabis au cours de la dernière année. Il s’agit d’une baisse par rapport à 2025, alors que cette proportion atteignait 17 %, et d’un retour à un niveau comparable à celui observé en 2018, avant la légalisation.
Ces résultats proviennent de l’Enquête québécoise sur le cannabis 2026, réalisée auprès de 17 369 personnes entre février et juillet. Ils montrent que les habitudes de consommation ont considérablement évolué depuis l’ouverture des premières succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC). Si les jeunes consomment aujourd’hui moins qu’avant la légalisation, la tendance est différente chez les Québécois plus âgés.
Une consommation en baisse depuis plusieurs années
Après avoir augmenté entre 2018 et 2021, la consommation de cannabis a amorcé une tendance à la baisse qui se poursuit en 2026. La diminution observée est particulièrement intéressante puisqu’elle ramène la proportion de consommateurs à un niveau comparable à celui qui prévalait avant la légalisation, le 17 octobre 2018. Autrement dit, la légalisation ne s’est pas accompagnée d’une augmentation permanente de la proportion de Québécois qui consomment du cannabis.
L’Institut de la statistique du Québec invite toutefois à la prudence concernant l’ampleur de la diminution entre 2025 et 2026. Certaines particularités de la collecte, notamment la formulation de la lettre d’invitation et la tenue simultanée du recensement, pourraient avoir influencé les résultats. Ces éléments ne remettent pas en question la validité de l’enquête, mais empêchent de conclure que la baisse de trois points de pourcentage reflète entièrement un changement des comportements.
Les jeunes consomment moins qu’avant la légalisation
C’est chez les jeunes que les changements sont les plus marqués. En 2018, environ 28 % des Québécois âgés de 15 à 20 ans déclaraient avoir consommé du cannabis au cours des 12 derniers mois, contre seulement 18 % en 2026. Il s’agit d’une diminution de dix points de pourcentage en huit ans.
La tendance est également à la baisse chez les 21 à 34 ans, dont la proportion de consommateurs est passée de 29 % en 2018 à 25 % cette année. À l’inverse, les personnes âgées de 35 ans et plus consomment davantage qu’avant la légalisation. Dans ce groupe, la proportion est passée de 8 % à 11 % pendant la même période.
Malgré cette diminution chez les jeunes, les 21 à 24 ans demeurent le groupe d’âge où la consommation est la plus répandue. Environ 29 % d’entre eux ont consommé du cannabis au cours de la dernière année, soit près de trois personnes sur dix. À l’autre extrémité, seulement 6 % des Québécois de 55 ans et plus déclarent en avoir consommé.
Une consommation souvent occasionnelle
Contrairement à certaines perceptions, la majorité des personnes qui consomment du cannabis ne le font pas quotidiennement. Selon l’enquête, 40 % des consommateurs en prennent moins d’une journée par mois, tandis que 20 % déclarent une consommation occasionnelle. Les consommateurs réguliers représentent pour leur part 22 % du groupe, contre 18 % qui en consomment tous les jours.
L’étude s’intéresse également à la composition des produits consommés. Environ 51 % des consommateurs privilégient principalement du cannabis contenant exclusivement du THC ou davantage de THC que de CBD. Le THC est la principale substance responsable des effets intoxicants du cannabis, tandis que le CBD ne produit pas les mêmes effets euphorisants.
Un autre résultat mérite toutefois l’attention : 26 % des consommateurs ignorent le contenu en cannabinoïdes des produits qu’ils utilisent. Cette proportion est demeurée stable par rapport à 2025. Elle soulève des questions sur la connaissance des produits consommés, particulièrement dans un contexte où leur concentration en THC peut varier considérablement.
Le vapotage demeure très populaire chez les jeunes
Si la consommation globale de cannabis diminue, le vapotage continue de gagner du terrain chez plusieurs groupes d’âge. En 2026, environ 34 % des personnes ayant consommé du cannabis dans la dernière année affirment en avoir vapoté, comparativement à 28 % en 2025. Cela représente 4,9 % de l’ensemble de la population québécoise âgée de 15 ans et plus.
Le phénomène est particulièrement présent chez les 15 à 20 ans qui consomment du cannabis. Dans ce groupe, la proportion de personnes ayant vapoté du cannabis est passée de 24 % en 2019 à 62 % en 2023, avant de s’établir à 60 % en 2026. Ainsi, même si moins de jeunes consomment du cannabis qu’auparavant, le vapotage occupe une place importante dans les habitudes de ceux qui en consomment.
La progression est également visible chez les consommateurs plus âgés. Entre 2025 et 2026, la proportion de ceux qui ont vapoté du cannabis est passée de 33 % à 38 % chez les 21 à 34 ans et de 18 % à 26 % chez les 35 ans et plus. Il ne s’agit toutefois pas nécessairement d’une consommation fréquente, puisque 44 % des personnes qui vapotent du cannabis le font moins d’une journée par mois.
Malgré cette popularité croissante, fumer demeure de loin la méthode de consommation la plus répandue. Environ 81 % des consommateurs déclarent avoir fumé du cannabis durant la dernière année, tandis que 30 % en ont consommé dans des produits alimentaires et 14 % dans des boissons. Une même personne peut évidemment utiliser plusieurs méthodes de consommation.
Une minorité de consommateurs présentent un risque élevé
L’enquête permet également de mieux comprendre les risques associés aux habitudes de consommation. Selon l’outil de dépistage ASSIST, utilisé pour évaluer les risques liés à la consommation de substances, 44 % des consommateurs de cannabis présentent un risque faible de consommation problématique. Une proportion de 54 % présente toutefois un risque modéré.
Environ 1,3 % des personnes ayant consommé du cannabis au cours de la dernière année présentent un risque élevé. Ces résultats ne constituent pas des diagnostics de dépendance, mais permettent de repérer les personnes susceptibles de bénéficier d’une intervention. L’outil recommande notamment une orientation vers des services professionnels ou spécialisés lorsque le niveau de risque est élevé.
La SQDC demeure la principale source d’approvisionnement légal
Huit ans après la légalisation, la Société québécoise du cannabis occupe toujours une place importante dans l’approvisionnement des consommateurs. En 2026, environ 72 % des Québécois de 15 ans et plus ayant consommé du cannabis ont utilisé, au moins en partie, des produits provenant de la SQDC. Cela ne signifie toutefois pas que toutes ces personnes ont personnellement effectué leurs achats dans une succursale.
Chez les consommateurs âgés de 21 ans et plus, 46 % déclarent avoir acheté la totalité de leur cannabis à la SQDC durant la dernière année. Une proportion de 15 % y a acheté entre 50 % et 99 % de sa consommation, tandis que 21 % y ont acheté moins de la moitié. Enfin, 18 % affirment ne pas avoir acheté de cannabis à la société d’État.
Ces données sont particulièrement intéressantes puisqu’elles demeurent comparables à celles observées en 2021. Elles montrent qu’une partie des consommateurs continue de s’approvisionner ailleurs que dans le réseau public, sans toutefois permettre de déterminer précisément l’origine de tous ces produits. Rappelons qu’au Québec, seules les personnes âgées de 21 ans et plus peuvent légalement acheter et posséder du cannabis récréatif.
Un portrait qui continue d’évoluer
Les résultats de 2026 permettent de constater que les habitudes de consommation des Québécois ne sont pas les mêmes qu’au moment de la légalisation. La consommation est moins répandue chez les jeunes, légèrement plus fréquente chez les 35 ans et plus, et les méthodes utilisées continuent de se diversifier. Le vapotage, en particulier, représente une tendance importante à surveiller au cours des prochaines années.
L’Institut de la statistique du Québec prévoit publier son rapport méthodologique en avril 2027, puis le rapport complet de l’enquête au printemps 2027. Ces publications permettront notamment de mieux comprendre les particularités de la collecte de 2026 et de préciser le portrait de la consommation de cannabis dans la province.

