Trump félicite PSPP : un cadeau empoisonné ? Ou opportunité ?

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SHERBROOKE — On a vu hier Donald Trump réagir, après presque un mois de retard, à la victoire de Paul St-Pierre Plamondon aux élections québécoises qui se sont déroulées le 5 octobre dernier. L’imprévisible président américain a félicité le nouveau premier ministre et affirmé que c’était une humiliation pour Mark Carney. Que faut-il tirer de ces félicitations ? Une bonne chose pour le Québec et le camp du oui ? Ou au contraire, un danger potentiel, au point de faire de PSPP une cible facile de toutes les forces anti-Trump au Canada ?

Une réaction tardive à une secousse sismique

Jamais les élections qui ont été remportées par le Parti québécois n’ont été banales. Ou ordinaires. À chaque fois, on a eu droit à des campagnes de peur et d’intimidation. S’il ne s’agit pas de militants ou de groupes de pression autochtones qui sortent pour s’opposer, ce sera soit le milieu des affaires, des anglophones, des minorités religieuses, des syndicats ou des groupes d’extrême gauche.

On se souvient tous de la réaction de Richard Henry Bain, anglophone radicalisé qui a tué une personne et en a handicapé une autre en tentant de faire un carnage lors de l’élection de Pauline Marois en 2012. Les élections où le Parti québécois l’emporte ne passent jamais sous le radar des grands médias internationaux ni des groupes de pression canadiens ou étrangers, quels qu’ils soient.

Or, pourquoi Donald Trump aura-t-il pris tant de temps pour réagir ? S’agit-il d’un joker dans sa manche lors de difficiles négociations avec les libéraux de Mark Carney ?

Un drôle de « timing »

PSPP est à peine élu que, déjà, il y a des tensions avec le premier ministre canadien Mark Carney. L’actuel premier ministre du Québec a refusé d’aller s’asseoir lors d’une conférence réunissant les premiers ministres des provinces, le fédéral et les principaux représentants des nations autochtones. Fallait-il qu’il y soit présent ? C’est discutable. Car les premiers ministres de l’Alberta et de la Colombie-Britannique ont annoncé ne pas y aller.

Et qu’est-ce que le Québec irait faire là-bas, de toute manière ? Puisque c’est le fédéral qui aura toujours le dernier mot dans ce genre de conférence. PSPP affirme pour sa part vouloir privilégier les contacts directs avec les chefs autochtones, selon le principe de « nation à nation ».

Mais voilà que Mark Carney semble avoir fait une jambette à PSPP en l’empêchant de donner un discours lors du sommet prévu jeudi entre le Canada et l’Union européenne. Événement qui se déroulera à Montréal. Sur le coup, Mark Carney a semblé manquer énormément de flair politique. Une bourde que l’on pourrait considérer comme majeure.

Ainsi, Donald Trump souhaite-t-il utiliser PSPP comme moyen de pression dans ses négociations commerciales avec le Canada ?

PSPP doit demeurer prudent, mais saisir cette chance

Jamais dans l’histoire américaine, aucun gouvernement n’a semblé plus sympathique, ou du moins un peu plus ouvert, au Québec. Il faut remonter à John F. Kennedy pour trouver un président intéressé par la question québécoise. Car Kennedy était originaire d’une région comptant beaucoup de Canadiens français s’étant exilés aux États-Unis.

Donald Trump souhaite-t-il utiliser le Québec comme moyen de pression sur le Canada ? Oui, c’est fort possible. Mais PSPP n’est pas n’importe qui. Il ne s’agit pas pour lui de tomber dans le panneau. Mais d’utiliser cette situation à l’avantage du Québec.

Car dans l’histoire, plusieurs pays ont obtenu leur indépendance grâce à la division des puissances coloniales. Pensons entre autres à l’Indonésie, qui aura profité de l’invasion japonaise lors de la Seconde Guerre mondiale pour s’émanciper des Pays-Bas. Une décision regrettée aujourd’hui par personne. Autant par les Indonésiens, les Japonais que les Néerlandais. Qui s’entendent tous maintenant très bien.

Bien sûr, le Québec n’est pas une colonie d’exploitation des ressources naturelles où l’esclavage est la norme. Mais ces mécanismes reviennent de manière sporadique dans l’histoire. Et PSPP a probablement tout intérêt à négocier directement avec les États-Unis, à défaut de faire confiance à Team Canada, où tout le monde tente en réalité d’avoir ses propres canaux avec la Maison-Blanche.

Cependant, il devra aussi prouver qu’il ne vendra pas le Québec aux Américains. Ce qui n’est pas gagné d’avance, dans une opinion publique matraquée depuis plus d’une décennie maintenant pour détester l’imprévisible et fantasque milliardaire devenu président des États-Unis.

Note éditoriale : ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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