Pourquoi les jeunes cherchent-ils Dieu à nouveau ?

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SHERBROOKE — La religion, sous toutes ses formes, est-elle un des grands angles morts des anciennes générations ? C’est la question que je me pose par rapport au regain d’intérêt pour le religieux, notamment évangélique et catholique, parmi les jeunes de la génération Z. Il faut dire qu’au moins quatre générations au Québec n’ont pas grandi, à proprement parler, avec une éducation religieuse. Les baby-boomers ont été les derniers à avoir été initiés massivement aux rites catholiques, sans qu’il y ait eu de véritable transmission par la suite.

Pourquoi les jeunes cherchent-ils Dieu à nouveau ?
IMAGE TIRÉE DE LA PAGE YOUTUBE / TÉLÉ-QUÉBEC

Un documentaire qui fait jaser

Un documentaire nommé sobrement Faites du bruit pour Jésus accumule 325 000 vues sur YouTube, sans compter les autres chaînes où l’on décortique la quête du journaliste Clément Hamelin visant à comprendre le renouveau évangélique chez les jeunes Québécois. Des chaînes YouTube comme Pour de vrai et Sam Parle cumulent elles aussi des dizaines de milliers de vues.

Qu’est-ce que cela dit de notre époque ? En France, comme au Québec, on rapporte chaque année un nombre plus élevé de catéchumènes, ces personnes qui se préparent au baptême à l’âge adulte. Les mouvements évangéliques, qui louent parfois des auditoriums entiers ou des salles de spectacle, font salle comble chaque dimanche.

Quant aux catholiques, des créateurs de contenu comme Martin le Catholique et Billy Savoie sont reconnus dans la rue par leurs admirateurs.

Mais ces gens ont souvent quelque chose en commun : ils sont soit de jeunes milléniaux, soit issus de la génération Z. Les vieux milléniaux et les X sont moins représentés. Mais pourquoi ?

Un vide spirituel dans une société qui a cessé de rêver ?

Les grandes idéologies sont mortes. Ou du moins, il y a une telle atomisation de la vie culturelle, politique et sociale qu’aucun projet de société ne peut suffisamment mobiliser les gens. Prenons, par exemple, le socialisme et le communisme. Ou encore, jusqu’à un certain point, le nationalisme.

L’économie ne va pas bien. Ceux qui arrivent dans la vie active remarquent qu’il y a des choses qui ne marchent pas : les logements pour étudier à l’extérieur de chez leurs parents sont souvent inaccessibles. Lorsque j’étais étudiant au cégep, on trouvait cher une chambre à 280 $ par mois. Maintenant, il faut souvent débourser plus du double pour s’y loger. Et même encore plus à Montréal, où une place en colocation peut souvent revenir entre 800 et 1 000 $ par mois.

Les emplois sont aussi plus rares, malgré ce qu’en dit le président de Canam, qui affirmait que l’on est toujours en pénurie de personnel. Les jeunes se sentent délaissés par les pouvoirs publics. Ils regardent les anciennes générations, incluant les milléniaux, dont je suis, et se disent : « Nous n’aurons jamais le niveau de vie des générations précédentes. »

Or, dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que la religion, notamment celle qui est organisée, porteuse de liens et de communauté, ait du succès.

L’immigration, un catalyseur du phénomène religieux ?

Depuis environ une vingtaine d’années, nous avons reçu un nombre important de nouveaux arrivants d’Afrique et du Moyen-Orient. Et bien que leur pratique religieuse soit variable d’une personne à l’autre, ils sont en moyenne bien plus croyants et affichent avec moins de gêne leur foi.

Qu’ils soient catholiques, évangéliques ou musulmans, ces nouveaux arrivants vivent parmi nous. Nous tissons des liens avec eux, mais nous voyons aussi certaines contradictions inhérentes à la condition québécoise (ou occidentale au sens large). Comment se dire fier de nos racines, de notre histoire, si nous avons jeté aux poubelles le petit Jésus ? Et la foi de nos ancêtres ?

Face à des jeunes aux croyances et aux pratiques religieuses décomplexées, il n’est pas étonnant que de plus en plus de Québécois soient dans une quête identitaire. D’où l’émergence, depuis quelques années, d’une jeunesse nationaliste, voire identitaire, qui revendique son utilisation du Carillon-Sacré-Cœur, le drapeau traditionnel du Québec avant l’adoption, en 1948, du fleurdelisé, qui s’en inspirait d’ailleurs.

Certains se disent même « Canadiens français », pour se distinguer de l’identité québécoise, devenue trop civique et formelle sur papier, selon eux.

Pour ces quelques raisons, il n’est pas étonnant que Dieu et Jésus fassent leur grand retour dans notre société, où la transmission de la pratique religieuse ne s’est pas faite. Les boomers n’ayant pas transmis l’héritage de leurs parents à leurs propres enfants. Ce qui fait dire à certains qu’ils ont été privés d’un héritage familial et culturel qui leur revenait de droit.

Dans une société de plus en plus dure, où les conditions de vie se sont dégradées pour les jeunes, et où la diversité est une réalité pour tous, même en région, à rencontrer des gens d’autres pays, à voyager, on finit par se demander : « Mais c’est quoi, mon héritage à moi ? » D’où une probable quête personnelle et identitaire. Non pas pour s’opposer nécessairement au féminisme, à l’homosexualité ou à l’immigration. Mais pour essayer de trouver une stabilité dans un monde qui n’en offre presque plus.

Bien sûr, ce renouveau religieux ne fait pas l’affaire de tout le monde, et c’est compréhensible. L’homophobie est un reproche que l’on fait aux chrétiens depuis des décennies. Et les rôles traditionnels sont parfois décriés comme un recul pour les droits des femmes.

Cependant, on ne pourra pas reprocher à des jeunes d’essayer de trouver une paix intérieure, une assurance dans la vie, et peut-être même un sentiment d’accomplissement, de communauté. Même si cela n’est pas toujours politiquement correct.

On verra ce que l’avenir nous réserve. Selon vous, s’agit-il d’un feu de paille ? Ou d’un mouvement profond qui marquera nos sociétés pour les prochaines décennies ?

Note éditoriale : Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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