SHERBROOKE — Ruba Ghazal ne fait pas l’unanimité. C’est même un euphémisme. La députée – et co-porte-parole – de Québec solidaire a le don de provoquer des réactions sur les réseaux sociaux. Le plus récent en date, c’est quand elle a arboré un keffieh, un foulard, symbole de la Palestine dans le monde. Faut-il y voir un symbole religieux ostentatoire, ou une provocation ? Ou une simple tempête dans un verre d’eau ?
La Palestine dans l’histoire politique québécoise
Le soutien à la Palestine ne date pas d’hier au Québec. Déjà, dans les années 70, des Québécois s’identifiant comme des militants du Front de libération du Québec s’entraînaient avec l’OLP de Yasser Arafat dans des camps en Jordanie. Michel Chartrand, leader de la CSN et personnalité médiatique de premier plan, a rencontré Arafat, après l’avoir invité au Québec.
À l’époque, on ne parlait pas encore d’islamisme ni de symboles religieux. La Palestine était une cause défendue par la gauche, les communistes et jusqu’au sein du mouvement indépendantiste.
Donc, il serait faux de prétendre que Ruba Ghazal ne s’inscrit pas dans une tendance historique ayant ses racines depuis des décennies au Québec.
Le double standard de certains commentateurs
On reproche à Ruba Ghazal d’avoir arboré un keffieh à l’Assemblée nationale, alors que lorsque Denis Trudel était député, il en portait un également. Trudel n’est pas d’origine palestinienne. Et mis à part les plus fervents soutiens à Israël, peu de gens ont réellement dénoncé sa prise de position.
Alors, pourquoi demander la démission de la co-porte-parole de Québec solidaire en raison du port d’un symbole identitaire étranger ? À notre connaissance, aucune loi n’interdit le port de costumes, coiffes et objets ethnoculturels à l’Assemblée nationale. Pas plus qu’un keffieh n’est un accessoire religieux.
On peut comprendre le malaise de certains qui vont associer le keffieh au terrorisme, au Hamas. Et pourtant, des Palestiniens du quotidien, mais aussi des Bédouins et d’autres peuples arabes portent des coiffes similaires au quotidien. Pourtant, personne ne leur reprochera cela.
Une tempête dans un verre d’eau ?
Ruba Ghazal est fière de se dire 100 % québécoise et 100 % palestinienne. Elle a le droit. Tout comme elle a le droit de porter des symboles culturels si cela lui fait envie. Cependant, à l’Assemblée nationale, il y a tout de même une question de décorum. On ne peut pas s’habiller n’importe comment. Il faudra voir si elle a enfreint le code, ce qui ne semble pas vraiment être le cas, puisqu’elle n’a porté le keffieh que pour prendre des photos.
En cela, c’est différent du cas de Catherine Dorion, qui se présentait en T-shirt au salon bleu de l’Assemblée nationale. Le but étant de provoquer, de secouer les codes bien-pensants – dans son univers à elle – du rigide système parlementaire.
Peu importe, Ruba Ghazal continuera sa mission de députée. Et devra cependant apprendre à négocier avec le nouveau gouvernement, ainsi qu’avec les autres partis d’opposition. Car le but n’est pas de se faire voir, de se mettre en valeur lorsqu’on fait de la politique. Mais d’améliorer la vie des gens. Et ça, aucun élu ne doit jamais l’oublier. Keffieh ou non.
Bien sûr, Ruba Ghazal aurait pu se garder une petite gêne. Le keffieh n’est pas un symbole politiquement neutre, particulièrement dans le contexte actuel. On peut donc légitimement s’interroger sur la pertinence de l’arborer à l’Assemblée nationale, où les élus doivent respecter un certain décorum. Mais cela mérite-t-il pour autant qu’elle soit contrainte de démissionner ? Franchement, non. Il y a bien pire que ça.
Car le keffieh n’est pas l’apanage du Hamas, des groupes terroristes ou de l’islam radical. Il s’agit d’une coiffe traditionnelle portée depuis longtemps par différentes populations du Moyen-Orient, devenue au fil des décennies un symbole de l’identité palestinienne. Il a d’ailleurs été associé à des figures nationalistes et laïques, bien avant l’émergence du Hamas. On peut critiquer le choix de Ruba Ghazal sans nécessairement lui prêter des intentions extrémistes. Et surtout, sans transformer un geste discutable sur le plan politique en scandale national.
Note éditoriale : Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

