SHERBROOKE — Depuis quelque temps, j’observe avec une certaine perplexité les critiques formulées par une partie de la gauche à l’endroit de Paul St-Pierre Plamondon. À entendre certains de ses détracteurs, le chef du Parti québécois serait devenu un politicien de droite, voire un représentant d’une droite conservatrice qui menacerait les acquis sociaux du Québec. Pourtant, il y a quelque chose d’assez particulier dans cette façon de présenter les choses : l’homme n’a même pas encore commencé à gouverner.
Je ne dis pas qu’il faut lui donner un chèque en blanc. Je ne dis pas non plus qu’il sera un bon premier ministre, ni que toutes ses promesses seront respectées. Mais avant de condamner un gouvernement qui n’a pas encore fait ses preuves, ne serait-il pas raisonnable de lui laisser au moins une chance ?
Être nationaliste ne signifie pas être de droite
Ce qui me dérange dans une partie de ces critiques, c’est cette tendance à confondre le nationalisme québécois avec la droite politique. Comme si vouloir défendre la langue française, réduire les seuils d’immigration ou affirmer l’identité nationale suffisait désormais pour être classé parmi les conservateurs. Pourtant, le Québec possède une longue tradition de nationalisme progressiste, et le Parti québécois en est historiquement l’une des principales expressions.
On peut être favorable à la souveraineté, défendre une certaine conception de la laïcité et vouloir mieux encadrer l’immigration, tout en étant profondément attaché à la justice sociale. Les deux ne sont pas incompatibles. Au contraire, plusieurs des grandes avancées sociales du Québec ont été réalisées par des gouvernements qui accordaient une place centrale à la question nationale.
Il me semble qu’une certaine gauche a parfois tendance à réduire le débat politique à quelques enjeux identitaires. Si un politicien ne partage pas exactement ses positions sur l’immigration, la diversité ou la laïcité, il devient automatiquement suspect. Et peu importe ce qu’il propose en matière de redistribution de la richesse, de pauvreté ou de services publics, le verdict semble déjà rendu.
Des engagements sociaux qu’on semble oublier
Prenons simplement la question de l’itinérance. Paul St-Pierre Plamondon s’est engagé à en faire l’une des grandes priorités sociales de son gouvernement, avec l’objectif de réduire de moitié le nombre de personnes en situation d’itinérance d’ici 2030. Le Parti québécois prévoit investir un milliard de dollars sur quatre ans, dont 400 millions dans le logement adapté et 600 millions dans les programmes sociaux et la prévention.
Le parti a également proposé la construction de 20 000 logements sociaux, dont 2 000 spécifiquement destinés aux personnes en situation d’itinérance. Il souhaite embaucher 100 travailleurs sociaux supplémentaires pour renforcer les équipes d’intervention, améliorer les services en santé mentale et augmenter les ressources consacrées à la toxicomanie. À cela s’ajoutent des engagements financiers en matière d’aide et de sécurité alimentaire.
Est-ce vraiment le programme d’un parti qui chercherait à abandonner les plus démunis à leur sort ? On peut évidemment discuter des montants, de la faisabilité des objectifs et des moyens retenus. Mais il me semble difficile de prétendre que ces propositions témoignent d’une indifférence envers les personnes vulnérables.
Et ce n’est pas tout. Dès 2024, le Parti québécois réclamait une modernisation de la législation sur l’aide sociale afin de mieux protéger les personnes les plus pauvres. Il avait notamment proposé de doubler le crédit d’impôt pour solidarité et envisageait une bonification des prestations d’aide sociale pour couvrir une plus grande part des besoins essentiels.
Ces engagements ne constituent pas encore des réalisations, j’en conviens. Mais ils devraient au moins être pris en considération lorsqu’on cherche à déterminer les orientations sociales d’un parti politique.
Une gauche qui se trompe parfois d’adversaire
J’ai parfois l’impression qu’une partie de la gauche québécoise préfère s’attaquer à ceux qui ne partagent pas toutes ses convictions plutôt que de reconnaître les objectifs qu’elle pourrait avoir en commun avec eux. Pourtant, la pauvreté, les difficultés d’accès au logement et la détérioration de certains services publics ne disparaîtront pas simplement parce qu’on aura remporté une bataille idéologique.
Si le Parti québécois parvient réellement à sortir des milliers de personnes de l’itinérance, à améliorer les conditions de vie des prestataires de l’aide sociale et à construire davantage de logements sociaux, faudra-t-il s’en réjouir ? Ou faudra-t-il continuer à le dénoncer parce que ses positions sur l’immigration ou la laïcité ne correspondent pas à celles d’une certaine gauche ?
Pour ma part, la réponse me semble assez évidente. Je préfère un gouvernement avec lequel je suis en désaccord sur certains enjeux, mais qui obtient des résultats concrets pour les plus vulnérables, à un gouvernement qui partage mes convictions dans ses discours sans être capable de changer les choses.
Le véritable test sera celui du pouvoir
Il faut aussi reconnaître que gouverner est beaucoup plus difficile que de faire des promesses dans l’opposition. Les contraintes budgétaires, les négociations avec les autres partis et la réalité de l’appareil gouvernemental risquent de compliquer considérablement la tâche de Paul St-Pierre Plamondon. D’autant plus qu’il devra composer avec un gouvernement minoritaire.
Il sera donc parfaitement légitime de critiquer ses décisions, de dénoncer ses reculs et de lui rappeler ses engagements. Et si son gouvernement devait finalement adopter des politiques qui appauvrissent davantage les plus démunis, je serais parmi ceux qui trouveraient cela profondément décevant. Mais encore faudrait-il attendre qu’il pose des gestes concrets avant de tirer de telles conclusions.
À l’inverse, si son gouvernement fait réellement avancer la lutte contre la pauvreté, il faudra également avoir l’honnêteté de le reconnaître. Même lorsqu’on n’aime pas le Parti québécois. Même lorsqu’on ne partage pas les convictions souverainistes de son chef.
Laissons la chance au coureur
Je ne suis pas de ceux qui pensent que Paul St-Pierre Plamondon est au-dessus de la critique. Il a ses défauts, ses contradictions et des positions avec lesquelles on peut être en profond désaccord. Mais je refuse cette logique selon laquelle un politicien serait condamné d’avance simplement parce qu’il ne correspond pas à une certaine définition de la gauche.
Le Québec a besoin d’améliorations concrètes, pas seulement de guerres idéologiques. Les personnes qui dorment dehors, celles qui doivent choisir entre payer leur loyer et se nourrir, ou encore celles qui survivent avec des prestations insuffisantes, ne peuvent pas se contenter de discours sur la pureté politique.
Alors, pourquoi ne pas laisser une chance à Paul St-Pierre Plamondon ? Attendons de voir ce qu’il fera réellement, puis jugeons-le sur ses résultats. Il me semble que ce serait beaucoup plus juste, et surtout beaucoup plus constructif.
Car au bout du compte, ce qui devrait nous intéresser, ce n’est pas de savoir si un gouvernement est suffisamment à gauche selon les critères des uns ou des autres. C’est de savoir si les Québécois, particulièrement les plus vulnérables, vivront mieux après son passage au pouvoir.
Note éditoriale : Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.
Sources :
- Parti québécois — La diminution de l’itinérance sera une priorité pour le futur gouvernement péquiste, 16 octobre 2026
- Parti québécois — Un milliard de dollars pour réduire l’itinérance de moitié, 18 septembre 2026
- Aile parlementaire du Parti québécois — La lutte à l’itinérance au cœur des priorités, 17 mai 2024
- Aile parlementaire du Parti québécois — Demande d’un meilleur plan de lutte à la pauvreté, 27 juin 2024

