QUÉBEC — La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) accentue la pression sur le nouveau gouvernement du Parti québécois afin qu’il respecte son engagement de tenir des états généraux sur l’éducation. Ce mercredi 21 octobre, l’organisation syndicale a annoncé avoir obtenu l’appui de plus de 70 personnalités et organismes en faveur d’une vaste consultation nationale. Plus de 350 personnes ont également participé à un rassemblement organisé par la Centrale pour discuter de l’avenir du système d’éducation québécois.
Pour le président de la CSQ, Éric Gingras, le moment est particulièrement propice à une telle démarche, alors que le nouveau gouvernement prend ses fonctions. La Centrale, qui représente quelque 235 000 membres, souhaite que les élus dépassent les promesses électorales et entreprennent rapidement les préparatifs nécessaires. Elle insiste également sur l’importance de donner suite aux recommandations qui pourraient émerger de cette consultation.
« Ce n’est pas tout de promettre des états généraux », a rappelé Éric Gingras, qui estime qu’une véritable volonté politique sera nécessaire pour transformer les conclusions de cet exercice en actions concrètes.
Un vaste mouvement en faveur d’une réflexion collective
Depuis plus de deux ans, la CSQ réclame une réflexion en profondeur sur l’avenir du réseau de l’éducation, de la petite enfance jusqu’à l’enseignement supérieur. Elle considère que les changements sociaux, économiques et technologiques survenus au cours des dernières décennies justifient une révision des grandes orientations du système. Selon l’organisation syndicale, les réformes successives ne permettent pas toujours de répondre aux problèmes dans leur ensemble.
La liste des appuis dévoilée mercredi comprend notamment des organisations de parents, des universitaires, des spécialistes en éducation, des représentants des travailleurs et des employeurs, ainsi que des personnalités publiques et politiques. D’autres organisations, comme le mouvement École ensemble et Debout pour l’école, réclament également une réflexion collective sur l’avenir du réseau scolaire. La CSQ souhaite maintenant élargir ce mouvement à l’ensemble de la population.
Les enjeux sont nombreux : pénurie de personnel enseignant, services aux élèves en difficulté, décrochage scolaire, inégalités entre les établissements et accessibilité à l’éducation. La question de la mixité scolaire, notamment les différences entre les écoles publiques ordinaires, les programmes particuliers et les établissements privés, devrait également faire partie des discussions. Pour la Centrale, il ne s’agit pas simplement de revoir le fonctionnement administratif des écoles, mais de réfléchir à leur mission et à la place de l’éducation dans la société québécoise.
Des états généraux qui ont marqué l’histoire du Québec
L’idée de tenir des états généraux sur l’éducation n’est pas nouvelle au Québec. Dans les années 1960, la commission Parent, créée en 1961 sous le gouvernement libéral de Jean Lesage, avait entrepris une vaste enquête sur le système scolaire québécois. Ses travaux, publiés entre 1963 et 1966, ont contribué à transformer profondément l’éducation au Québec, notamment avec la création du ministère de l’Éducation en 1964 et la mise en place des cégeps quelques années plus tard.
Les derniers véritables états généraux sur l’éducation remontent toutefois à 1995 et 1996, sous un gouvernement du Parti québécois. Lancée sous Jacques Parizeau, cette consultation avait permis à des milliers d’intervenants de participer à une réflexion sur l’avenir du réseau scolaire. Des audiences publiques avaient été organisées dans les différentes régions du Québec, suivies de rencontres régionales et nationales.
En 1996, la Commission des états généraux sur l’éducation avait présenté un rapport identifiant dix chantiers prioritaires pour moderniser le système. Parmi ceux-ci figuraient l’égalité des chances, l’amélioration de l’encadrement des élèves, la formation professionnelle et la révision des programmes scolaires. Ces travaux ont notamment alimenté les réformes entreprises à partir de 1997 par la ministre péquiste de l’Éducation, Pauline Marois, qui ont profondément marqué l’organisation et les programmes de l’école québécoise.
Le Parti québécois promet d’agir rapidement
Pendant la campagne électorale de 2026, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, s’était engagé à lancer des états généraux sur l’avenir de l’éducation dans les 100 premiers jours suivant son arrivée au pouvoir. Cette consultation devait constituer le premier de cinq grands chantiers annoncés pour l’école publique. Avec l’élection du nouveau gouvernement péquiste le 5 octobre, cet engagement prend désormais une importance particulière.
Le PQ souhaite notamment valoriser la formation professionnelle, lutter contre le décrochage, renforcer la place de la culture québécoise à l’école et augmenter l’activité physique des élèves. Il veut également améliorer le civisme, lutter contre la violence scolaire et favoriser une plus grande mixité entre les élèves de différents milieux sociaux. Les états généraux doivent permettre de réfléchir plus largement à l’organisation du système et aux objectifs qu’il devrait poursuivre.
Les libéraux et Québec solidaire également favorables
Le Parti québécois n’était pas le seul à défendre cette proposition pendant la campagne électorale. Le Parti libéral du Québec, dirigé par Charles Milliard, avait également fait de la tenue d’états généraux un engagement important. Les libéraux proposaient une consultation nationale réunissant notamment les élèves, les parents, le personnel scolaire, les directions d’établissement et les chercheurs, afin de dégager une vision à long terme.
Québec solidaire, représenté par Ruba Ghazal, s’était aussi engagé à convoquer des états généraux sur l’éducation. La formation politique souhaitait établir un diagnostic collectif des difficultés du réseau et mettre en œuvre les principales recommandations issues de cette démarche. Ces engagements avaient d’ailleurs été confirmés dans les réponses des trois partis à la Fédération des comités de parents du Québec, en septembre.
La Coalition avenir Québec avait pour sa part rejeté la proposition, jugeant qu’une telle consultation risquait de retarder les réformes nécessaires. Quant au Parti conservateur du Québec, dirigé par Éric Duhaime, il n’avait pas pris d’engagement comparable dans les réponses recueillies par les organisations consultées. Le parti privilégiait plutôt une décentralisation du réseau, une plus grande autonomie des écoles et davantage de liberté de choix pour les parents.
Une consultation qui devra déboucher sur des changements
Pour la CSQ, les conditions semblent maintenant réunies pour amorcer cette réflexion. Trois formations politiques ayant obtenu des sièges à l’Assemblée nationale ont appuyé le principe des états généraux pendant la campagne électorale. Le défi sera donc de transformer cet accord de principe en une démarche capable de rallier les différents acteurs de l’éducation, malgré leurs divergences sur plusieurs enjeux.
La tenue d’états généraux ne garantit toutefois pas à elle seule une réforme du système scolaire. La portée de la consultation, la représentation des différents milieux et les moyens consacrés à la mise en œuvre des recommandations seront déterminants. L’expérience des années 1990 démontre qu’un tel exercice peut avoir des conséquences importantes sur l’évolution du réseau, à condition que le gouvernement choisisse de donner suite aux conclusions.
La CSQ entend poursuivre sa mobilisation dans les prochains mois et invite la population à signer son plaidoyer en faveur d’une grande réflexion collective. Trente ans après les derniers états généraux, le Québec pourrait ainsi être appelé à redéfinir les priorités de son système d’éducation. Il reste maintenant à voir si le nouveau gouvernement respectera son échéancier et quelle place il accordera aux différents acteurs du réseau dans cette démarche.
Sources :
- Centrale des syndicats du Québec — Communiqué du 21 octobre 2026
- CSQ — Plaidoyer pour des états généraux en éducation
- Parti québécois — Cinq grands chantiers en éducation, 2 septembre 2026
- Fédération des comités de parents du Québec — Réponses des partis sur les états généraux, septembre 2026
- CSQ — Des états généraux promis par trois partis, septembre 2026
- Bibliothèque de l’Assemblée nationale — Les réformes de l’éducation des années 1960
- Bibliothèque de l’Assemblée nationale — Les états généraux de 1995-1996 et les réformes des années 1990

