La mère d’un enfant autiste lance un cri du cœur à Sherbrooke

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SHERBROOKE — Pour Fanny Denoncourt, élever son fils Edwart, un garçon autiste non verbal, représente un défi de tous les jours. Mais ce sont surtout les obstacles rencontrés au fil des années qui ont rendu le parcours de cette famille particulièrement difficile. Problèmes d’intégration en garderie, difficultés à l’école, menace d’expulsion de son logement et démarches administratives : cette mère de Sherbrooke a le sentiment de devoir constamment se battre pour les droits et le bien-être de son enfant.

Aujourd’hui, une séparation vient compliquer une situation déjà fragile. Fanny Denoncourt doit composer avec des allocations réduites, les conséquences d’un trop-payé gouvernemental et l’incertitude entourant une chirurgie dentaire attendue depuis un an pour son fils. Elle souhaite maintenant faire entendre son histoire et dénoncer les difficultés auxquelles sont confrontées certaines familles ayant un enfant handicapé.

Un garçon qui ne peut pas s’exprimer avec des mots

Edwart est un enfant autiste non verbal. Contrairement aux enfants qui utilisent la parole pour se faire comprendre, il doit communiquer autrement, notamment pour exprimer ses besoins, ses émotions ou ses inconforts. Cette particularité nécessite un accompagnement adapté et des personnes capables de comprendre ses moyens de communication.

Pour sa famille, cette réalité demande une attention constante, particulièrement lorsque le garçon se retrouve dans un environnement qui lui est moins familier. À la maison, les parents apprennent progressivement à reconnaître les réactions et les besoins de leur enfant. Mais dans les garderies et les établissements scolaires, où plusieurs personnes peuvent être appelées à intervenir auprès de lui, les choses peuvent devenir plus complexes.

Être non verbal ne signifie pas qu’un enfant ne comprend pas ce qui se passe autour de lui, ni qu’il est incapable d’apprendre. Il faut toutefois trouver les bonnes méthodes pour l’accompagner, respecter son rythme et lui permettre de participer aux activités quotidiennes. Pour les familles, l’accès à des services adaptés peut faire une différence considérable.

La mère d’un enfant autiste lance un cri du cœur à Sherbrooke
IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK / FANNY DENONCOURT

Des difficultés dès les services de garde

Le parcours d’Edwart a été marqué par des difficultés dans les garderies. Pour Fanny Denoncourt, les problèmes rencontrés dans ces milieux ont fait partie des obstacles auxquels sa famille a dû faire face bien avant les difficultés financières actuelles. L’intégration d’un enfant autiste non verbal exige pourtant un accompagnement qui tienne compte de ses besoins particuliers.

Dans un service de garde, un enfant qui ne peut pas s’exprimer oralement doit pouvoir compter sur des adultes capables de reconnaître ses moyens de communication. Les transitions entre les activités, les interactions avec les autres enfants ou les changements dans la routine peuvent demander des adaptations. Les besoins varient évidemment d’un enfant autiste à l’autre, mais l’absence d’un accompagnement approprié peut compliquer son intégration.

Au Québec, le ministère de la Famille dispose de mesures financières destinées à soutenir les services de garde accueillant des enfants handicapés. Depuis septembre 2026, une allocation exceptionnelle permet notamment de financer des heures d’accompagnement additionnelles pour certains enfants admissibles. Ces programmes démontrent que des ressources existent, mais leur présence ne signifie pas que chaque famille obtient automatiquement le soutien dont elle a besoin.

L’école, une autre étape difficile

L’entrée à l’école ne met pas nécessairement fin aux difficultés. Dans le cas d’Edwart, sa mère rapporte également avoir rencontré des obstacles dans son parcours scolaire. Une nouvelle réalité à laquelle la famille a dû s’adapter, alors que le garçon a besoin d’un environnement capable de tenir compte de ses particularités.

L’école doit non seulement favoriser les apprentissages, mais aussi permettre aux enfants ayant des besoins particuliers de développer leur autonomie et leurs capacités de communication. Pour un élève autiste non verbal, cela peut notamment passer par des outils de communication adaptés, un encadrement individualisé et une collaboration entre les enseignants, les professionnels et la famille. Ces mesures doivent être déterminées selon les besoins réels de l’enfant, et non uniquement en fonction de son diagnostic.

Au Québec, les établissements scolaires ont la responsabilité d’organiser et d’adapter leurs services aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage. Un plan d’intervention peut notamment être élaboré avec la participation des parents afin de déterminer les mesures nécessaires. Encore faut-il que celles-ci soient mises en place et qu’elles correspondent aux besoins de l’élève.

Pour Fanny Denoncourt, les difficultés rencontrées en garderie et à l’école s’ajoutent à une réalité familiale déjà exigeante. Lorsqu’un enfant ne peut pas raconter verbalement ce qui lui est arrivé pendant la journée, la communication entre les parents et les intervenants devient d’autant plus importante. La qualité de cet accompagnement représente donc un enjeu essentiel pour son bien-être.

Une menace d’expulsion de son logement

Les obstacles vécus par cette famille ne se limitent pas à l’éducation. Fanny Denoncourt rapporte également avoir été menacée d’expulsion de son logement, une situation qu’elle considère comme discriminatoire. Pour une mère d’enfant handicapé, la perspective de perdre son domicile représente une source d’inquiétude supplémentaire.

Un déménagement forcé peut bouleverser les habitudes d’une famille, particulièrement lorsqu’un enfant a besoin de repères stables. Il peut également compliquer l’accès aux services scolaires, médicaux et communautaires déjà en place. Pour Fanny Denoncourt, cette menace s’est ajoutée à d’autres difficultés rencontrées dans son parcours de mère.

La législation québécoise protège pourtant les locataires contre la discrimination fondée sur le handicap. Le Tribunal administratif du logement précise que cette protection s’applique également lorsqu’une personne handicapée fait partie du ménage, y compris pendant la durée du bail. Un propriétaire ne peut donc traiter défavorablement une famille simplement parce qu’un de ses membres présente un handicap.

Les circonstances exactes de la menace rapportée par Fanny Denoncourt n’ont toutefois pas été établies de façon indépendante. Il n’est donc pas possible, à ce stade, de déterminer si les événements constituent juridiquement de la discrimination. Son témoignage soulève néanmoins la question des difficultés supplémentaires que peuvent rencontrer les familles d’enfants handicapés pour préserver leur stabilité résidentielle.

« Pendant ces trois mois, je devrai donc vivre avec des allocations réduites, comme si je partageais encore mes dépenses avec mon conjoint », déplore la mère.

Une séparation qui aggrave les difficultés financières

Après toutes ces épreuves, Fanny Denoncourt doit maintenant composer avec une séparation. Une situation qui modifie considérablement sa réalité financière, mais qui ne sera pas immédiatement prise en compte dans le calcul de certaines prestations gouvernementales.

« À cette injustice s’ajoute maintenant une séparation qui me plonge dans une situation financière précaire. Je devrai attendre 90 jours avant que le gouvernement reconnaisse officiellement que je suis seule », explique-t-elle.

Pendant cette période, les montants reçus ne correspondent pas nécessairement aux dépenses qu’elle doit désormais assumer.

« Pendant ces trois mois, je devrai donc vivre avec des allocations réduites, comme si je partageais encore mes dépenses avec mon conjoint », déplore la mère.

Cette situation arrive après plusieurs mois déjà difficiles. Fanny Denoncourt affirme avoir dû rembourser un trop-payé gouvernemental lié à sa situation familiale, ce qui aurait entraîné la suspension complète de certaines allocations pendant trois mois.

« Je viens déjà de passer trois mois à rembourser une dette, puisque mes allocations avaient été retirées en totalité à la suite d’un trop-payé lié à ma situation familiale », raconte-t-elle.

L’Agence du revenu du Canada exige effectivement qu’une séparation dure au moins 90 jours consécutifs avant de pouvoir être déclarée officiellement. Une fois ce délai écoulé, les prestations pour enfants peuvent être recalculées rétroactivement à partir du mois suivant la séparation. Cela n’empêche toutefois pas les familles concernées de subir les conséquences financières de cette période d’attente.

Un an d’attente pour une chirurgie dentaire

Comme si les problèmes financiers ne suffisaient pas, Fanny Denoncourt s’inquiète également pour la santé de son fils. Edwart attend depuis un an une chirurgie dentaire, une intervention qui pourrait finalement avoir lieu cet automne. Mais le rendez-vous pourrait être annoncé avec seulement deux semaines de préavis.

« Comme si ce n’était pas assez, cela fait un an que nous attendons une chirurgie dentaire pour Edwart. Le rendez-vous pourrait arriver cet automne, avec seulement deux semaines de préavis », explique-t-elle.

La séparation risque de compliquer davantage la situation en ce qui concerne les assurances. Jusqu’à présent, Fanny bénéficiait d’une protection offerte par l’intermédiaire de son conjoint, mais celle-ci pourrait bientôt prendre fin. Son propre employeur n’offrant aucune assurance dentaire, elle craint de se retrouver sans protection au moment où son fils pourrait finalement recevoir ses soins.

« Je risque alors de ne plus avoir d’assurance dentaire, puisque celle de mon conjoint ne me couvrira plus et que mon employeur n’offre aucune protection. Les démarches auprès du gouvernement pourraient également exiger un délai de 90 jours », souligne-t-elle.

La Régie de l’assurance maladie du Québec couvre certaines interventions dentaires, notamment plusieurs chirurgies buccales réalisées en milieu hospitalier. Toutefois, l’étendue de cette couverture dépend de la nature des soins, de l’âge du patient et de sa situation. Sans connaître précisément l’intervention prévue pour Edwart, il demeure impossible de déterminer les frais qui pourraient rester à la charge de sa famille.

Quand les obstacles s’accumulent

Le témoignage de Fanny Denoncourt met en lumière une réalité qui dépasse largement les défis directement liés à l’autisme. Pour certaines familles, le quotidien est également marqué par les difficultés d’accès aux services, les problèmes de logement et les démarches administratives qui s’accumulent. Des épreuves qui peuvent devenir particulièrement lourdes lorsqu’elles surviennent les unes après les autres.

Dans le cas d’Edwart, les difficultés ont commencé bien avant la séparation de ses parents. Les obstacles rencontrés en garderie et à l’école, puis la menace d’expulsion du logement familial, ont déjà fragilisé leur situation. Aujourd’hui, sa mère doit également composer avec des inquiétudes financières et l’attente prolongée d’une intervention dentaire.

Cette histoire soulève une question importante sur la place accordée aux familles d’enfants handicapés dans notre société. Les programmes d’aide existent, tout comme les protections juridiques et les services spécialisés. Mais lorsqu’une famille doit multiplier les démarches pour faire reconnaître ses besoins, l’existence de ces ressources ne suffit pas toujours à lui garantir un accompagnement adéquat.

Pour Fanny Denoncourt, l’enjeu est avant tout celui de la stabilité et du bien-être de son fils. Elle souhaite pouvoir lui offrir un milieu de vie sécurisant, des services éducatifs adaptés et les soins dont il a besoin, sans devoir constamment craindre qu’un nouvel obstacle vienne compromettre leur équilibre familial.

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