SHERBROOKE — Le Parti Québécois promet de procéder à un vaste ménage dans l’appareil gouvernemental s’il prend le pouvoir le 5 octobre. De passage à Sherbrooke dimanche, son chef Paul St-Pierre Plamondon a présenté un plan qui doit, selon ses calculs, permettre d’économiser au moins 4,7 milliards de dollars au cours d’un premier mandat.
Le parti souhaite notamment réduire progressivement de 2,5 % les coûts de rémunération dans le secteur public sur trois ans. Une fois la mesure pleinement appliquée, Québec économiserait ainsi environ 1,6 milliard de dollars par année, selon les projections péquistes.
Pas de coupes mur à mur
Paul St-Pierre Plamondon assure toutefois ne pas vouloir procéder à des compressions généralisées dans les services à la population. Le PQ compte plutôt miser sur l’attrition, donc ne pas remplacer automatiquement certains employés qui quittent leur poste, ainsi que sur des réductions volontaires des heures travaillées.
Des incitatifs financiers au départ pourraient également être proposés dans certains secteurs administratifs qui n’offrent pas directement de services à la population. Le parti souhaite en parallèle revoir le ratio entre les gestionnaires et les employés.
L’objectif affiché est de dégager des sommes dans l’administration afin de les consacrer davantage aux missions que le PQ qualifie de fondamentales, notamment la santé, l’éducation et la protection de la population.
La taille de l’État dans la mire
Pour justifier cette opération, le Parti Québécois s’attaque directement au bilan des huit dernières années de gouvernement caquiste. Il soutient que 110 000 employés se sont ajoutés au secteur public depuis l’arrivée de la CAQ au pouvoir et affirme que 55 % des emplois créés au Québec durant cette période provenaient du secteur public.
Il faut toutefois distinguer les différentes façons de mesurer l’appareil public. Les données de l’Institut de la statistique du Québec, basées sur l’Enquête sur la population active de Statistique Canada, englobent largement le secteur public et ne correspondent pas nécessairement au nombre de fonctionnaires travaillant directement dans les ministères.
Elles montrent néanmoins une croissance importante. En 2025, environ 1,12 million de Québécois occupaient un emploi dans le secteur public. Sur une période de dix ans, soit entre 2015 et 2025, leur nombre avait augmenté d’environ 266 000, ou 31 %. Le secteur public représentait alors un peu plus de 24 % de l’ensemble des emplois au Québec.
Du côté de la fonction publique proprement dite, les données du Secrétariat du Conseil du trésor permettent également de nuancer le portrait. Entre 2021 et 2025, par exemple, la proportion du personnel régulier appartenant à la catégorie du personnel de bureau est passée de 12,8 % à 12 %, tandis que celle des professionnels est passée de 45,6 % à 47,4 %.
Un nouveau secrétariat
Pour empêcher que l’appareil gouvernemental recommence à grossir sans contrôle, un gouvernement péquiste créerait un Secrétariat à l’efficacité gouvernementale et à l’allègement réglementaire, sous la responsabilité du Conseil du trésor.
Ce nouvel organisme serait chargé de passer en revue les règlements, programmes, procédures et normes de l’État afin de déterminer lesquels demeurent pertinents et lesquels pourraient être simplifiés ou éliminés.
Le PQ veut également introduire ce qu’il appelle des « clauses crépusculaires ». Concrètement, lors de l’adoption d’un nouveau règlement, d’une politique ou d’un programme, le gouvernement fixerait déjà une date à laquelle celui-ci devrait être réévalué.
Le ministère ou l’organisme responsable devrait alors démontrer pourquoi la mesure doit être conservée. À défaut de justification suffisante, elle pourrait disparaître.
L’intelligence artificielle mise à contribution
Autre élément du plan : l’utilisation plus importante de l’intelligence artificielle dans l’administration publique pour automatiser certaines tâches et réduire la charge administrative.
Anne Nguyen, que le parti présente comme sa spécialiste dans ce domaine, serait responsable de ce chantier. Le PQ ne précise toutefois pas encore quels emplois, processus ou ministères seraient prioritairement touchés par cette automatisation.
Le parti promet également la création d’un poste de directeur parlementaire du budget au sein de l’équipe de la Vérificatrice générale. Celui-ci aurait notamment pour fonction de fournir une évaluation indépendante de la situation des finances publiques.
Un retour à l’approche Parizeau
Paul St-Pierre Plamondon présente cette volonté de réduire les dépenses administratives comme un retour à une certaine tradition de gestion du Parti Québécois. Il a notamment évoqué le gouvernement de Jacques Parizeau des années 1990, qui avait lui aussi entrepris une révision des dépenses de l’État.
Pour le chef péquiste, le principe est de réduire la paperasse et les structures administratives plutôt que les services directement offerts aux citoyens.
Reste maintenant à voir comment une réduction de 2,5 % de la masse salariale pourrait être appliquée concrètement dans un appareil public comptant plus d’un million de travailleurs lorsqu’on inclut notamment les réseaux de la santé et de l’éducation, et jusqu’où l’attrition et les départs volontaires permettront d’atteindre les économies de 4,7 milliards de dollars promises.
Sources :
- Parti Québécois, « Un gouvernement du Parti Québécois lancera un grand ménage dans la bureaucratie afin de recentrer l’État sur ses missions fondamentales », 31 août 2026. Communiqué du Parti Québécois
- Institut de la statistique du Québec, Bilan du marché du travail au Québec en 2025.
- Secrétariat du Conseil du trésor, L’effectif de la fonction publique du Québec 2024-2025 – Faits saillants.
- Institut de la statistique du Québec, données de juillet 2026 sur le marché du travail : 1 125 200 emplois étaient alors recensés dans le secteur public.

