PSPP remporte les élections, mais son véritable défi commence au lendemain de la victoire

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SHERBROOKE — Le peuple québécois a parlé, et c’est finalement un gouvernement du Parti québécois qui prendra le pouvoir. Mais Paul St-Pierre Plamondon, ou PSPP, devra négocier avec l’opposition pour gouverner. Selon le portrait provisoire de 22 h, le PQ obtient 59 députés, les libéraux 40 et les conservateurs 20, tandis que la CAQ n’en fait élire aucun. Ces chiffres peuvent encore évoluer, mais ils annoncent déjà une Assemblée nationale bien différente de celle des quatre dernières années.

La fin de la parenthèse caquiste

En 2022, la CAQ avait remporté 90 sièges avec près de 41 % des voix. Le PQ n’avait fait élire que trois députés, alors que les conservateurs étaient restés sans siège malgré leurs quelque 13 % du vote populaire. Si les résultats de ce soir se maintiennent, le renversement sera complet. Le parti de François Legault, maintenant dirigé par Christine Fréchette, passerait d’une majorité écrasante à aucun député.

La CAQ aura peut-être été le parti d’une époque transitoire. Elle proposait de défendre les intérêts du Québec tout en mettant de côté le débat sur la souveraineté, une formule qui lui a permis de gagner deux élections. Avec le retour du PQ au gouvernement et des libéraux comme opposition officielle, on retrouve le bon vieux duel entre souveraineté et fédéralisme. La présence des conservateurs et de Québec solidaire empêchera toutefois les deux partis de prendre toute la place.

Pour Christine Fréchette, la défaite serait encore plus complète que celle de Kim Campbell en 1993, si l’on regarde les sièges restants. Les progressistes-conservateurs fédéraux avaient alors conservé deux députés, contre 169 élus à l’élection précédente. Il faut néanmoins éviter de parler de la pire défaite de toute l’histoire canadienne : au Nouveau-Brunswick, le gouvernement de Richard Hatfield avait déjà perdu tous ses sièges en 1987. Cela n’enlève rien à l’ampleur de la débâcle caquiste.

Duhaime pourra pousser le PQ vers la droite

Éric Duhaime aurait, lui aussi, de bonnes raisons de célébrer. Avec 20 députés dans le portrait de 22 h, les conservateurs feraient une entrée importante à l’Assemblée nationale. Ils pourront désormais questionner les ministres, participer aux commissions et négocier leur appui aux projets de loi. Ce sera aussi leur occasion de rompre avec l’image de « coucous conspis » que certains leur collent à la peau.

Leur présence pourrait amener le PQ à faire des choix plus à droite. Sur les dépenses publiques, les impôts ou la place du privé, Duhaime pourrait demander des concessions en échange de son soutien. PSPP devra alors décider jusqu’où il est prêt à aller pour faire adopter ses mesures. Les compromis risquent de déplaire à une partie de ses électeurs, particulièrement ceux qui attendent un gouvernement plus social.

Mais PSPP ne sera pas obligé de négocier uniquement avec les conservateurs. Québec solidaire pourrait soutenir certaines mesures en logement ou dans les services publics, tandis que les libéraux pourraient appuyer d’autres projets. Tout dépendra des dossiers et des conditions posées par chaque parti. Duhaime pourra peser sur le gouvernement, sans nécessairement décider seul de sa direction.

Boulerice pourrait faire du bruit

Québec solidaire conserverait un nombre respectable de députés, même s’il en perd quelques-uns. Alexandre Boulerice pourrait devenir une voix importante de son nouveau caucus, lui qui connaît déjà bien les débats parlementaires à Ottawa. Son ton combatif pourrait donner du fil à retordre au PQ comme aux conservateurs. Parions qu’il ne passera pas inaperçu au Salon bleu.

Boulerice a déjà employé des mots qui frappent. Dans un texte de 2007 sur la bataille de Vimy, il qualifiait la Première Guerre mondiale de « guerre de bourgeois qui voulaient faire encore plus de fric ». Cela ne permet pas de prédire son comportement à Québec, mais donne une idée de son franc-parler. Il pourrait être un élément perturbateur dans une Assemblée où PSPP cherchera justement à obtenir des appuis.

Le référendum reste loin d’être assuré

La progression des libéraux, de 21 élus en 2022 à 40 dans le portrait de ce soir, montre que PSPP aura devant lui une opposition fédéraliste forte. Cela ne veut pas dire que tous ces électeurs ont voté uniquement contre un référendum. Mais le PQ ne pourra pas non plus présenter sa victoire comme une réponse à la question de l’indépendance. Gagner une élection et gagner un référendum sont deux choses différentes.

Il faudra d’abord que le gouvernement reste au pouvoir assez longtemps pour tenir sa promesse. Un mandat minoritaire peut durer plusieurs années, mais il peut aussi se terminer rapidement. Pauline Marois avait formé un gouvernement minoritaire en septembre 2012, avant la dissolution de l’Assemblée en mars 2014, environ 18 mois plus tard. Un retour aux urnes avant 2029 est donc possible, sans être inévitable.

Des chiffres qui relancent le débat sur le scrutin

Le vote populaire provisoire mérite aussi qu’on s’y attarde : environ 28 % pour le PQ, 24 % pour les libéraux et 21 % pour les conservateurs. Quatre points sépareraient donc le PQ du PLQ, mais les péquistes auraient 19 députés de plus. Les conservateurs, avec seulement trois points de moins que les libéraux, auraient deux fois moins de sièges. Le décalage entre les votes et les députés élus relance encore une fois la question du mode de scrutin.

La CAQ, avec environ 12 % des voix selon le portrait fourni, conserverait aussi un électorat malgré son absence à l’Assemblée nationale. Une partie de ces électeurs pourrait se tourner vers Duhaime, mais le PQ et les libéraux chercheront également à les récupérer. Il serait trop tôt pour les attribuer à un seul parti. Leur choix pourrait néanmoins peser lourd lors de la prochaine élection.

Maintenant, il faut gouverner

Espérons que les prochains mois apporteront davantage de respect et de collaboration entre les partis. La campagne a parfois donné lieu à des échanges dont on aurait pu se passer. Les Québécois attendent maintenant des décisions sur le logement, la santé, le coût de la vie et les conditions dans lesquelles travaillent les entreprises. Ils méritent mieux qu’une campagne électorale qui se poursuivrait pendant tout le mandat.

Félicitations à Paul St-Pierre Plamondon, qui devra maintenant former son gouvernement et trouver des appuis pour avancer. Ayons aussi une pensée pour les candidats défaits, qui ont consacré des mois d’efforts à leur campagne. Les partis qui ont fait des gains auraient intérêt à rester humbles devant leurs résultats. Les Québécois viennent de rappeler qu’aucun parti n’est intouchable.

Note éditoriale : Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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