Charles Milliard présent pour la protection du lac Memphrémagog

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MAGOG — Le lac Memphrémagog représente bien davantage qu’un attrait touristique pour la région. Il constitue une importante réserve d’eau potable, un écosystème exceptionnel et un élément essentiel de l’identité des Cantons-de-l’Est. C’est pour contribuer à sa préservation que l’organisme Memphrémagog Conservation (MCI) organisait, le jeudi 22 octobre, un cocktail-bénéfice auquel participait notamment le chef du Parti libéral du Québec et député d’Orford, Charles Milliard.

L’événement, intitulé Un toast pour le lac, se déroulait à la loge du Bistro Kóz, à Magog, sous la présidence d’honneur du chef cuisinier Chuck Hughes. Connu pour ses émissions culinaires et son engagement envers les produits locaux, ce dernier a prêté sa notoriété à la cause environnementale. Charles Milliard a souligné sa présence dans une publication sur les réseaux sociaux, évoquant notamment l’importance de défendre l’interdiction des rejets dans le bassin versant du lac.

Près de 60 ans consacrés à la protection du lac

Fondé en 1967, Memphrémagog Conservation figure parmi les organismes environnementaux établis de longue date dans les Cantons-de-l’Est. Sa mission consiste à protéger, conserver et améliorer la santé écologique du lac Memphrémagog et de l’ensemble de son bassin versant. L’organisme travaille avec les municipalités, les gouvernements, les scientifiques et les citoyens afin de prévenir la dégradation des milieux naturels.

Le MCI compte environ 600 membres et donateurs actifs et mène plusieurs projets de recherche, de sensibilisation et de conservation. Sa patrouille environnementale, active depuis 1972, contribue notamment à la surveillance du lac et à l’éducation des plaisanciers. L’organisme intervient également dans les dossiers de protection des rives, d’espèces envahissantes et de qualité de l’eau.

Le cocktail-bénéfice du 22 octobre s’inscrivait dans cette mission. Les billets étaient offerts au coût de 225 dollars et un encan silencieux faisait également partie de la programmation. Ces activités de financement permettent à l’organisme de soutenir ses interventions et de poursuivre son travail de sensibilisation auprès de la population.

Une réserve d’eau potable pour plus de 175 000 personnes

Long d’environ 44 kilomètres, le lac Memphrémagog s’étend de part et d’autre de la frontière entre le Québec et le Vermont. Environ 73 % de sa superficie se trouve en territoire canadien, mais une importante partie de son bassin versant se situe aux États-Unis. Cette particularité géographique impose une collaboration entre les autorités québécoises et américaines.

L’importance du lac dépasse largement celle des municipalités établies sur ses rives. Il fournit notamment de l’eau potable à Sherbrooke, Magog, Potton et Saint-Benoît-du-Lac, desservant au total plus de 175 000 personnes. Sa protection constitue donc autant un enjeu de santé publique qu’une question environnementale.

La qualité de l’eau demeure généralement bonne, selon la Ville de Magog, qui a adopté en mai 2026 un nouveau Plan de protection des sources d’eau potable. Celui-ci a été élaboré en collaboration avec Sherbrooke et le Conseil de gouvernance de l’eau des bassins versants de la rivière Saint-François (COGESAF). L’objectif consiste à prévenir les risques plutôt qu’à attendre que la situation se détériore.

Le site d’enfouissement de Coventry au cœur des inquiétudes

L’un des dossiers les plus préoccupants pour Memphrémagog Conservation se trouve de l’autre côté de la frontière, au Vermont. Il s’agit du vaste site d’enfouissement de Coventry, exploité par New England Waste Services of Vermont, une entreprise appartenant à Casella Waste Systems. Installé à proximité de la rivière Black, l’un des principaux affluents du lac Memphrémagog, ce dépotoir reçoit des centaines de milliers de tonnes de déchets chaque année.

Le problème concerne particulièrement le lixiviat, communément appelé « jus de poubelle ». Ce liquide se forme lorsque l’eau traverse les déchets et entraîne avec elle diverses substances contaminantes. Il peut notamment contenir des métaux, des composés chimiques et des PFAS, une famille de substances particulièrement persistantes dans l’environnement, souvent surnommées « polluants éternels ».

Pendant plusieurs années, une partie du lixiviat de Coventry a été acheminée vers l’usine de traitement des eaux usées de Newport, dont les rejets aboutissent dans le lac Memphrémagog. Cette pratique a suscité une importante mobilisation citoyenne, notamment de la part du MCI et de l’organisme américain Don’t Undermine Memphremagog’s Purity (DUMP). Un accord conclu en 2019 a permis de mettre fin à ce mode de traitement et d’imposer des restrictions sur les rejets dans le bassin versant.

La question demeure cependant loin d’être réglée définitivement. Le permis de prétraitement délivré en 2023 n’autorise pas l’acheminement du lixiviat vers une usine d’épuration située dans le bassin versant du Memphrémagog, mais les groupes environnementaux souhaitent obtenir une interdiction permanente. Leur principale préoccupation concerne le risque qu’un changement réglementaire ou qu’une nouvelle autorisation permette éventuellement le retour de ces rejets.

Une mobilisation qui dépasse les frontières

Le dossier a connu de nouveaux développements en 2026. Le 27 janvier, une décision judiciaire au Vermont a confirmé que le projet pilote de prétraitement du lixiviat ne pourrait devenir permanent sans modification du permis environnemental applicable. Deux jours plus tard, des représentants républicains ont déposé le projet de loi H.652, visant à interdire le rejet de lixiviat, traité ou non, dans le bassin versant du lac Memphrémagog.

Au printemps, plusieurs municipalités québécoises et américaines ont également adopté des résolutions appuyant cette démarche. Parmi elles figurent Magog, Sherbrooke, Austin, Potton et Ogden, ainsi que des municipalités du Vermont, notamment Newport et Derby. Il s’agit d’une mobilisation transfrontalière importante, même si ces résolutions ne constituent pas, à elles seules, une interdiction légale permanente.

La présence de Charles Milliard au cocktail-bénéfice intervient donc dans un contexte où la protection du lac prend également une dimension politique. Le chef libéral, élu dans la circonscription d’Orford lors des élections du 5 octobre, représente désormais un territoire directement concerné par la préservation de ce patrimoine naturel. Sa participation à l’événement témoigne de son intérêt pour les activités de Memphrémagog Conservation, sans qu’une nouvelle proposition législative précise ait été annoncée dans sa publication.

Cyanobactéries, espèces envahissantes et pression immobilière

Le site de Coventry est loin d’être le seul défi environnemental auquel fait face le lac Memphrémagog. Les activités agricoles, le développement immobilier, les installations septiques et le ruissellement des eaux de pluie peuvent également contribuer à l’apport de nutriments dans le lac. Parmi ceux-ci, le phosphore favorise notamment la prolifération des cyanobactéries, aussi appelées algues bleu-vert, qui peuvent produire des toxines dans certaines conditions.

Les changements climatiques risquent d’accentuer plusieurs de ces phénomènes. Des eaux plus chaudes, des épisodes de précipitations intenses et des périodes de sécheresse peuvent modifier l’équilibre écologique du lac. À ces pressions s’ajoutent les effets de certaines embarcations motorisées sur l’érosion des berges et la remise en suspension des sédiments.

Les espèces exotiques envahissantes représentent un autre problème important. Le MCI surveille notamment la présence des moules zébrées, des vivipares chinoises et de certaines plantes aquatiques capables de perturber les écosystèmes indigènes. Ces espèces peuvent se propager par les embarcations et les équipements nautiques, d’où l’importance du nettoyage des bateaux et du matériel utilisé sur différents plans d’eau.

Pour répondre à ces défis, Memphrémagog Conservation privilégie notamment les interventions sur le terrain, la recherche scientifique et la protection des milieux naturels. En mai 2026, l’organisme annonçait, avec la Fondation Nature Memphrémagog, la conservation de près de 39 hectares de terrain sur le territoire de Magog, grâce à la collaboration de la famille Goodwin et de plusieurs partenaires. Ce type d’initiative permet notamment de préserver des espaces naturels qui contribuent à filtrer les eaux de ruissellement et à maintenir la biodiversité du bassin versant.

Un patrimoine naturel à transmettre aux prochaines générations

Lors de son assemblée générale annuelle de juin 2026, la présidente de Memphrémagog Conservation, Johanne Lavoie, rappelait que la protection du lac repose sur une responsabilité collective. Citoyens, propriétaires riverains, municipalités et gouvernements ont tous un rôle à jouer dans la préservation de cette ressource essentielle.

Le cocktail-bénéfice du 22 octobre permettait ainsi de réunir des personnes provenant de différents milieux autour d’une cause commune. La présence de personnalités publiques comme Chuck Hughes et Charles Milliard contribue à donner une visibilité supplémentaire aux efforts déployés depuis près de six décennies par l’organisme.

Car au-delà des paysages, des activités nautiques et des retombées touristiques, le lac Memphrémagog demeure avant tout une ressource vitale pour une importante partie de la population estrienne. Sa protection exige une vigilance constante, tant au Québec qu’aux États-Unis, afin que les générations futures puissent continuer de profiter de ses eaux.

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