OTTAWA — La facture des services de traiteur à bord de l’avion transportant Mark Carney et sa délégation a atteint 175 248,48 $ lors d’une tournée en Chine, au Qatar et en Suisse, en janvier dernier. La Fédération canadienne des contribuables (FCC) dénonce cette dépense, la plus élevée parmi les déplacements recensés dans une réponse gouvernementale déposée aux Communes. Dans un texte publié le 28 octobre, son directeur pour le Québec, Nicolas Gagnon, critique autant les sommes engagées que les menus proposés pendant le voyage.
Le déplacement s’est déroulé du 13 au 22 janvier 2026 et comprenait une participation au Forum économique mondial de Davos. La réponse de la Défense nationale à la question écrite du député Scot Davidson fait état de 73 passagers, un nombre qui comprend les journalistes accompagnateurs et le personnel de sécurité. Répartie entre ces passagers, la facture brute représente environ 2 400 $ par personne pour l’ensemble du déplacement.
Plus de neuf ans d’épicerie, souligne Nicolas Gagnon
« En un seul voyage, Carney et sa délégation ont dépensé en repas d’avion l’équivalent de plus de neuf ans d’épicerie pour une famille moyenne », affirme Nicolas Gagnon dans son communiqué. Cette comparaison donne une idée de l’importance de la somme, même si elle rapproche deux types de dépenses différents. Le Rapport canadien sur les prix alimentaires 2026 prévoit un budget annuel de 17 571,79 $ pour une famille de quatre personnes, ce qui place effectivement les 175 248 $ à près de dix fois ce montant.
Le représentant de la FCC pousse également la comparaison du côté de la restauration gastronomique. Il estime que le coût des services en vol dépasse les limites de ce que les contribuables devraient financer. « Quand des repas d’avion coûtent plus cher qu’un festin de caviar et de truffes dans un restaurant étoilé Michelin, c’est que les dépenses dépassent les bornes », déclare-t-il.
Du filet de bœuf au risotto aux truffes
Pour appuyer ses critiques, la FCC a rendu publics des documents obtenus grâce à une demande d’accès à l’information. Parmi les plats qu’elle relève dans les menus figurent un filet de bœuf accompagné d’une sauce demi-glace, une escalope de veau au citron et aux câpres ainsi qu’un risotto aux truffes. L’organisme mentionne également du saumon au cari et au lait de coco, un filet de bar et une salade caprese à la burrata et au pesto.
Les desserts proposés comprenaient notamment une panna cotta aux petits fruits, une crème brûlée, une mousse au chocolat et un gâteau au fromage et aux bleuets. Ces documents permettent de connaître plusieurs des mets prévus pour les services à bord. Ils ne permettent toutefois pas d’établir ce que chaque passager, y compris le premier ministre, a personnellement consommé.
Une facture qui comprend plusieurs frais
La somme de 175 248,48 $ dépasse le seul coût des aliments déposés dans les assiettes. La Défense nationale explique que les services de traiteur peuvent inclure les boissons non alcoolisées, la livraison, la manutention, l’entreposage, le nettoyage, l’élimination des déchets et différents frais et taxes. Elle précise aussi que ses données ne fournissent pas une ventilation complète des quantités et des prix unitaires.
Autre précision : les montants publiés sont bruts et provisoires. Ils ne tiennent pas compte des remboursements pouvant être reçus ultérieurement, notamment pour les frais des journalistes accompagnant la délégation. Dans son texte, Nicolas Gagnon souligne néanmoins que la réponse ne précise pas les sommes effectivement récupérées pour ce voyage.
Près d’un million de dollars en un an
La tournée de janvier s’inscrit dans un ensemble de déplacements internationaux dont les services de traiteur totalisent environ 963 000 $, entre mars 2025 et mars 2026. Nicolas Gagnon y voit un problème plus large de contrôle des dépenses entourant les voyages du premier ministre. Il rappelle notamment qu’un déplacement en Pologne, en Allemagne et en Lettonie, en août 2025, avait entraîné une facture beaucoup moins élevée, d’environ 9 271 $.
Le directeur québécois de la FCC compare aussi certaines dépenses à celles de Justin Trudeau. Il cite une facture d’environ 93 780 $ pour un déplacement de Mark Carney à Rome, en mai 2025, contre environ 43 000 $ pour un voyage de son prédécesseur en Italie en 2024. Ces montants concernent toutefois des voyages distincts et ne constituent pas, à eux seuls, une comparaison du coût par repas dans des conditions identiques.
La formule de Davos retournée contre Carney
Pendant son discours à Davos, Mark Carney avait défendu la coopération entre les puissances moyennes en utilisant cette formule : « Si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu ». Nicolas Gagnon reprend cette image pour critiquer les dépenses de la délégation canadienne. « Les contribuables n’étaient pas à la table à bord du vol de Carney, mais c’est à eux qu’on refile la facture », lance-t-il dans son communiqué.
Sources :
- Fédération canadienne des contribuables — Texte de Nicolas Gagnon publié le 28 octobre 2026
- Chambre des communes — Réponse de la Défense nationale à la question Q-1111, déposée le 10 juin 2026
- Documents obtenus par la FCC — Menus et commandes des services de traiteur
- Université Dalhousie — Rapport canadien sur les prix alimentaires 2026
- Forum économique mondial — Discours de Mark Carney à Davos, le 20 janvier 2026

