SHERBROOKE — Après avoir photographié plus de 240 graffitis, façades endommagées et signes de désordre sur seulement deux rues, Mathieu Bélanger lance un cri d’alarme sur l’état du centre-ville de Sherbrooke. L’administrateur du groupe Facebook consacré à l’actualité politique sherbrookoise estime que la Ville a perdu le contrôle du secteur. Sa publication a également fait réagir un propriétaire immobilier de la rue Wellington, qui affirme tenter depuis deux ans de remplacer deux bâtiments devenus, selon lui, irrécupérables.
« Le centre-ville de Sherbrooke ressemble à un bidonville », écrit sans détour Mathieu Bélanger. Celui-ci affirme avoir observé des façades couvertes de graffitis, des déchets éparpillés, des bâtiments placardés et certains comportements qui pousseraient des passants à changer de trottoir. Il considère les commerçants et les résidents du secteur comme les premières victimes de cette dégradation.

Le souvenir d’une rue Wellington animée
Mathieu Bélanger se souvient d’une époque où des visiteurs de Montréal et de Trois-Rivières venaient à Sherbrooke pour fréquenter les restaurants, assister à des spectacles, écouter du slam ou prendre une bière sur une terrasse. Il soutient que le centre-ville rayonnait alors bien au-delà des limites de la ville. Selon lui, plusieurs Sherbrookois évitent aujourd’hui le secteur.
Le Sherbrookois attribue cette situation à un laisser-aller qui se serait poursuivi d’une administration municipale à l’autre. Il vise directement les administrations d’Évelyne Beaudin et de Marie-Claude Bibeau, dont il critique notamment le nouveau modèle de gouvernance. Ces propos représentent son appréciation politique de la situation et ne constituent pas une démonstration que la dégradation observée serait attribuable à une administration précise.
Il craint néanmoins des conséquences économiques bien réelles pour le secteur. À son avis, la détérioration du centre-ville pourrait entraîner des fermetures de commerces, une diminution des valeurs foncières, une baisse de l’achalandage touristique et des coûts de nettoyage plus importants. Il estime que des interventions préventives auraient été moins coûteuses qu’une remise en état tardive.

Des bâtiments barricadés en attente d’un projet
La publication a suscité une réaction de Louis-Philip Charron, président-directeur général de Sherplex. Deux des bâtiments apparaissant sur les photographies appartiennent à son entreprise, affirme-t-il. Il dit avoir demandé leur démolition il y a deux ans afin de construire un projet résidentiel comprenant un local commercial au rez-de-chaussée.
M. Charron raconte avoir acquis ces immeubles il y a sept ans et y avoir réalisé d’importantes rénovations. Malgré ces investissements, il affirme que des dizaines de locataires commerciaux s’y sont succédé avant de fermer leurs portes. Il croit qu’un bâtiment neuf répondrait mieux aux besoins actuels du marché que des locaux devenus désuets.
Le propriétaire soutient avoir barricadé un local vacant après des intrusions et des bris de vitres répétés. « Local vacant sur Well égale squatteur », résume-t-il pour expliquer sa décision. Son témoignage illustre le cercle vicieux qui peut s’installer lorsqu’un immeuble vacant se dégrade pendant qu’un projet de remplacement demeure en attente.

Le PIIA montré du doigt
Louis-Philip Charron affirme que le zonage permettrait son projet, mais que celui-ci serait bloqué par le processus lié au plan d’implantation et d’intégration architecturale, mieux connu sous l’acronyme PIIA. Il énumère différentes contraintes concernant notamment l’étude paysagère, les poubelles, l’aménagement d’une ruelle ainsi que la longueur et la hauteur du bâtiment. Selon lui, les demandes successives de modifications l’obligent à faire recommencer les plans et retardent l’approbation du projet.
Un PIIA ne fixe pas seulement des dimensions précises comme le ferait un règlement de zonage. Il permet à la municipalité d’effectuer une évaluation qualitative d’un projet en fonction de critères touchant, par exemple, son architecture et son intégration au milieu environnant. À Sherbrooke, certains projets doivent franchir cette étape avant que les permis nécessaires puissent être délivrés.
La réglementation municipale prévoit également qu’un comité étudie les demandes de démolition des immeubles visés. Le gouvernement du Québec précise que l’autorisation de démolir et celle de construire constituent deux décisions distinctes, mais indique qu’un comité devrait généralement s’assurer que le projet de remplacement respecte la réglementation avant d’autoriser une démolition. Cette procédure vise notamment à éviter qu’un bâtiment soit rasé sans qu’un projet réalisable puisse ensuite occuper le terrain.






Qui est Mathieu Bélanger?
Mathieu Bélanger se présente comme un ancien attaché politique ayant aussi travaillé à la Chambre des communes comme coordonnateur aux communications pour le Bloc Québécois. Il affirme avoir donné des formations en technologie politique à plus de 900 élus et acteurs politiques sur trois continents, en plus d’avoir développé différents outils destinés à ce milieu. Il œuvre également en programmation et a déjà dirigé une entreprise de recrutement spécialisée en assurance de dommages.
Il est aussi investisseur immobilier, notamment dans le secteur des résidences étudiantes. Il administre un groupe Facebook consacré à l’actualité politique municipale de Sherbrooke et affirme que ses publications ont rejoint plus de 1,1 million de personnes différentes au cours d’une période de deux mois. Père de famille, il dit s’impliquer depuis plusieurs années dans différents organismes et initiatives communautaires.

Un débat plus large sur la revitalisation
La sortie de Mathieu Bélanger et la réponse de Louis-Philip Charron soulèvent deux facettes d’un même problème. D’un côté, des citoyens souhaitent que la Ville intervienne plus rapidement contre les graffitis, les déchets, les bâtiments vacants et le sentiment d’insécurité. De l’autre, certains propriétaires soutiennent que les démarches administratives ralentissent les projets susceptibles de ramener des logements, des commerces et de l’activité au centre-ville.
La responsabilité de l’entretien ne repose toutefois pas uniquement sur la municipalité. La Ville indique notamment que le nettoyage des graffitis apposés sur un bâtiment privé demeure normalement à la charge de son propriétaire. Reste à déterminer comment les autorités municipales, les propriétaires, les commerçants et les organismes du milieu peuvent empêcher que les immeubles vacants et leur environnement continuent de se détériorer.

