Croquarium : quand un jardin devient une école d’autonomie, d’entrepreneuriat et de confiance

Partagez

SHERBROOKE — Il y a un peu plus de 20 ans, Martine David nourrissait trois rêves. Elle imaginait des enfants du Québec les mains dans la terre et le sourire aux lèvres, une caravane colorée remplie de légumes frais qui attirerait les jeunes comme autrefois le camion de crème glacée, et un lieu rassembleur à Sherbrooke où une communauté entière pourrait apprendre, cuisiner et partager autour de l’alimentation.

De ces rêves est né Croquarium en 2005. D’abord enraciné à Waterville avant de poursuivre son développement à Sherbrooke, l’organisme a progressivement bâti une expertise reconnue en jardinage éducatif et en éducation sensorielle au goût. Aujourd’hui, son travail dépasse largement le simple fait d’apprendre aux enfants à jardiner : Croquarium s’intéresse à tout le parcours des aliments, de la terre jusqu’à l’assiette.

IMAGE GRACIEUSETÉ / MARTINE DAVID / CROQUARIUM

Quand apprendre passe par les mains, le nez et les papilles

Chez Croquarium, il n’est pas question de simplement expliquer aux jeunes ce qu’ils « devraient » manger. On touche, on sent, on goûte, on cultive et on cuisine afin de susciter d’abord la curiosité et le plaisir. L’organisme souhaite ainsi donner aux jeunes, mais aussi aux communautés qui les entourent, davantage de confiance et de pouvoir sur leur propre alimentation.

Cette philosophie se traduit par des ateliers d’éducation sensorielle au goût, de cuisine et de jardinage, mais également par des formations destinées notamment aux écoles et aux milieux de la petite enfance. Croquarium propose aussi des activités éducatives, des ateliers corporatifs ainsi que différents projets liés à la récupération et à la transformation des surplus agricoles.

L’expertise développée en Estrie voyage désormais bien au-delà de la région. Au cours de la dernière année seulement, plus de 50 nouveaux milieux scolaires et services de garde ont été rejoints par les formations de Croquarium dans différentes régions du Québec.

Une maison pour réunir tous les morceaux du casse-tête

L’ouverture des cuisines de la Maison Croquarium, en 2025, représente une nouvelle étape majeure dans l’histoire de l’organisation. Pour la première fois, Croquarium dispose d’un lieu lui permettant de réunir sous un même toit plusieurs dimensions de sa mission : apprendre, transformer, cuisiner, partager et valoriser les aliments.

La cuisine professionnelle peut notamment être utilisée par des entreprises agroalimentaires, des organismes et des citoyens. Au cours de ses premiers mois d’activité, huit entreprises l’utilisaient déjà régulièrement pour leurs activités de transformation, auxquelles se sont ajoutées plusieurs locations ponctuelles.

Cette nouvelle infrastructure permet également de pousser plus loin les projets de glanage. Des aliments qui auraient autrement pu demeurer dans les champs peuvent être récupérés, transformés dans les cuisines de Croquarium, puis servir notamment à préparer des collations destinées aux écoles ou des repas pour la communauté.

IMAGE GRACIEUSETÉ / MARTINE DAVID / CROQUARIUM

Des jeunes qui sèment, récoltent… et entreprennent

Chaque été depuis plus de dix ans, le projet Jardin Jeunes Entrepreneur·es permet à des jeunes de 11 à 15 ans de vivre l’ensemble du parcours d’un jardin. Ils planifient leurs cultures, sèment, récoltent et transforment leurs produits avant d’aller eux-mêmes les vendre dans des marchés publics.

Derrière les légumes se cachent ainsi plusieurs apprentissages : l’entrepreneuriat, la persévérance, le travail d’équipe et l’autonomie. Pour certains jeunes, l’expérience peut même prendre une dimension beaucoup plus profonde.

Un participant âgé de 13 ans avait un jour résumé son expérience d’une phrase qui est demeurée gravée dans la mémoire de l’équipe : « Je pense que Croquarium sera la clé d’une porte de ma vie que je ne suis pas capable d’ouvrir seul. »

Quand une mère découvre elle aussi son pouce vert

Il arrive également que les adultes venus accompagner leurs enfants repartent eux-mêmes transformés par l’expérience. L’autrice Amélie Bibeau a participé en 2025 au projet Jardin Jeunes Entrepreneur·es avec son fils, sans se douter que cette expérience finirait quelques mois plus tard dans les premières pages de l’un de ses romans.

Lors de la parution de Jardins secrets, l’équipe de Croquarium a découvert un remerciement pour le moins savoureux : l’autrice expliquait que l’expérience lui avait permis de passer de « tueuse en série de plantes potagères » à propriétaire d’un pouce vert… quoique toujours un peu pâle.

Derrière la plaisanterie se trouve un exemple de ce que Croquarium souhaite provoquer. Un parent peut arriver simplement pour soutenir son enfant et repartir avec de nouvelles connaissances, le désir de jardiner et parfois même une relation différente avec son alimentation.

IMAGE GRACIEUSETÉ / MARTINE DAVID / CROQUARIUM

Un réseau régional qui nourrit le projet

Croquarium ne travaille pas seul. Parmi ses collaborations importantes figure Humano District, qui a notamment contribué à rendre possible l’implantation des cuisines de la Maison Croquarium et qui accueille un kiosque libre-service de prêt-à-manger.

Humano District met également des terres à la disposition du projet Jardin Jeunes Entrepreneur·es. Croquarium collabore parallèlement avec de nombreux producteurs, transformateurs et entreprises de la région, notamment Café William, La Coop Alentour, Aube Kombucha, Les Vallons maraîchers et les Bio-locaux du Réseau des fermiers de famille.

Les partenariats peuvent prendre différentes formes : approvisionnement local, glanage, partage d’expertise, accueil des jeunes ou encore utilisation commune d’infrastructures. Croquarium participe également au Collectif en sécurité alimentaire de Sherbrooke, qui rassemble plus d’une quinzaine d’acteurs mobilisés autour de cet enjeu.

Une petite équipe derrière de grandes ambitions

Croquarium compte une équipe permanente d’environ six personnes, entourée selon les projets de bénévoles, de stagiaires, de formateurs et de nombreux collaborateurs. L’organisation doit toutefois composer avec un défi commun à plusieurs organismes : réussir à poursuivre une mission sociale ambitieuse tout en assurant sa pérennité financière.

La Maison Croquarium doit justement permettre de développer davantage de revenus autonomes dans une logique d’économie sociale. Lorsqu’une entreprise loue la cuisine, qu’une équipe participe à un atelier corporatif ou qu’un citoyen achète un repas, une partie de cette activité économique vient soutenir la capacité de l’organisme à offrir des projets accessibles à la communauté.

L’objectif est donc de créer un cercle vertueux où activités économiques et mission sociale ne s’opposent pas, mais se renforcent mutuellement.

IMAGE GRACIEUSETÉ / MARTINE DAVID / CROQUARIUM

Faire de Sherbrooke un carrefour de l’autonomie alimentaire

Pour les prochaines années, Croquarium voit encore plus grand. L’organisation souhaite faire de la Maison Croquarium un véritable carrefour alimentaire à Sherbrooke, tout en poursuivant le déploiement de son expertise partout au Québec.

Une plateforme de formation en ligne est notamment en développement afin de rendre les connaissances acquises en jardinage éducatif et en éducation sensorielle au goût accessibles à davantage d’intervenants. Croquarium souhaite également développer des jardins de production comportant des espaces d’apprentissage et éventuellement des serres éducatives.

À terme, l’ambition est de pouvoir montrer concrètement tout le voyage d’un aliment : le cultiver, le récolter, le transformer, le cuisiner, le partager, puis transmettre suffisamment de connaissances pour permettre à quelqu’un d’autre de recommencer.

Une invitation à mettre les mains dans la terre

La Maison Croquarium se veut aussi un espace ouvert à la communauté. Citoyens, organismes et entreprises peuvent participer aux activités, louer certains espaces, découvrir les ateliers, acheter du prêt-à-manger ou s’impliquer dans différents projets liés à l’alimentation et à la valorisation des récoltes.

Car derrière les jardins, les cuisines et les ateliers se trouve une idée beaucoup plus simple : l’alimentation peut devenir un prétexte pour recréer des liens entre les gens. Chaque légume cultivé, chaque récolte sauvée du gaspillage et chaque recette transmise devient alors une petite façon de renforcer l’autonomie d’une communauté.

Plus de 20 ans après les premiers rêves de Martine David, Croquarium continue donc de semer. Des légumes, bien sûr, mais surtout de la curiosité, des savoir-faire et cette conviction qu’une communauté qui apprend à cultiver et à cuisiner ensemble devient aussi un peu plus forte.


Croquarium
Adresse
: 1820 Rue Galt O Bur 108, Sherbrooke
Numéro de téléphone : (819) 340-1960
Site Internet : www.croquarium.ca
Facebook : Croquarium
Instagram : Croquarium
YouTube : Croquarium

Nouvelles

Actualités