Cette démission survient dans un contexte explosif, sur fond de scandales financiers soulevés dans l’espace public, d’opacité institutionnelle persistante selon plusieurs observateurs et à la veille du dépôt des conclusions de la Commission Gallant. Elle ne peut être analysée comme un simple changement de garde administrative. Elle s’inscrit dans une séquence politique où la responsabilité, la transparence et la reddition de comptes sont systématiquement évitées aux yeux de nombreux citoyens.
Qu’on ne s’y trompe pas : ce départ ne doit en aucun cas servir de paravent politique, ni de sortie stratégique permettant selon certains d’échapper au jugement public — ni pour l’individu concerné, ni pour le gouvernement de la Coalition Avenir Québec. Quitter avant le verdict ne lave ni les fautes, ni les décisions prises, ni les conséquences humaines, sociales et économiques qui en découlent.
Depuis 2018, François Legault s’est imposé comme la figure centrale de la gestion de la crise dite sanitaire. Une gestion que de nombreux citoyens, professionnels de la santé et analystes qualifient aujourd’hui d’autoritarisme sanitaire, fondé sur la peur, l’urgence permanente et une communication jugée manipulatrice par une partie de la population.
Un pouvoir concentré et idéologiquement aligné
François Legault est régulièrement présenté par certains commentateurs comme issu des réseaux de gouvernance globalisée, notamment par son passage au programme Young Global Leaders du Forum économique mondial, à l’instar d’autres chefs d’État occidentaux. Cette affiliation idéologique est, pour plusieurs, un élément qui éclaire la nature de sa gouvernance : centralisée, technocratique et déconnectée du débat démocratique réel.
Sous prétexte d’urgence sanitaire, il a gouverné par décrets, s’arrogeant des pouvoirs exceptionnels, marginalisant l’Assemblée nationale et suspendant de facto les mécanismes normaux de contre-pouvoir. Cette dérive a été qualifiée par plusieurs observateurs de « totalitarisme doux », où l’autorité s’impose sans dialogue, mais avec l’aval de la peur collective. Le 14 décembre 2020, il résumait lui-même cette conception verticale du pouvoir par une déclaration sans équivoque :
« C’est moi qui ai été élu […] c’est moi qui prends les décisions. »
Une gestion sanitaire marquée par la peur et les contradictions
Dès mars 2020, la population a été maintenue dans un état d’alerte constant, au rythme des annonces répétées de « deux semaines critiques » et de la promesse sans cesse repoussée de « la lumière au bout du tunnel ». Cette rhétorique, analysée par plusieurs comme une technique de conditionnement psychologique, a servi à justifier des mesures de plus en plus intrusives.
Le drame des CHSLD demeure l’un des chapitres les plus sombres de cette période. Alors que François Legault reconnaissait lui-même qu’environ 90 % des décès survenaient dans ces établissements, il est reproché à son gouvernement d’avoir laissé se produire — voire, selon certains critiques, d’avoir dissimulé — des morts liées à la déshydratation, à la malnutrition et au manque de soins élémentaires, conséquences directes du confinement strict et de la pénurie de personnel.
La fermeture prolongée des écoles, l’imposition du masque dès la 5e année et la restriction des activités sociales des enfants ont été maintenues malgré des données internationales indiquant un faible risque pour cette tranche d’âge. Ces décisions ont engendré retards scolaires, détresse psychologique et troubles du développement, au point que certains spécialistes parlent aujourd’hui de politique aux conséquences irréversibles.
Le Québec est également devenu un cas unique en Amérique du Nord avec l’imposition de couvre-feux prolongés, parfois pendant près de six mois. Plus de 46 000 constats d’infraction ont été émis, dans un contexte où plusieurs indicateurs sociaux — notamment les violences conjugales et féminicides — ont connu, selon plusieurs, une hausse inquiétante.
Stigmatisation, coercition et fracture sociale
La gestion de la dissidence constitue un autre point noir du bilan. François Legault a ouvertement désigné les non-vaccinés comme responsables des vagues successives, parlant de « mauvais choix » et affirmant ne plus vouloir que la majorité paie pour eux.
L’instauration du passeport vaccinal a créé une ségrégation sociale inédite, excluant une partie de la population de la vie publique. La rhétorique utilisée — notamment lorsqu’il affirma vouloir « protéger les non-vaccinés contre eux-mêmes » — a été perçue comme infantilisante, méprisante et dangereuse pour la cohésion sociale.
La menace d’une taxe sanitaire imposée aux citoyens refusant l’injection, bien que finalement abandonnée, illustre jusqu’où ce gouvernement était prêt à aller. Parallèlement, des milliers de soignants ont été menacés de congédiement ou de radiation, alors même que le système de santé manquait cruellement de personnel. Les appels de centaines de médecins réclamant une décentralisation des soins ont été ignorés.
Éthique à géométrie variable et opacité assumée
À cela s’ajoutent des contradictions flagrantes : dirigeants photographiés sans masque dans des lieux publics au moment même où ces gestes étaient interdits aux citoyens dans des lieux publics au moment même où ces gestes étaient interdits aux citoyens ordinaires, rencontres sans distanciation avec d’autres chefs de gouvernement, alors que la population était soumise à des règles strictes.François Legault a également refusé de rendre publics les avis détaillés de la Santé publique ayant servi à justifier ses décrets, renforçant le sentiment d’une gestion opaque, fondée sur l’autorité plutôt que sur la démonstration.
Enfin, en pleine inflation, alors que la province accumulait une dette supplémentaire estimée entre 11 et 15 milliards de dollars, son gouvernement a fait adopter une augmentation salariale de 30 % pour les députés, un geste vécu par beaucoup comme une provocation.
Une transformation sociale imposée
Plus récemment, son gouvernement est accusé, selon certains, d’avoir épousé certaines idéologies sociales radicales, notamment dans le milieu scolaire : promotion de contenus jugés inappropriés pour de jeunes enfants, marginalisation de l’autorité parentale, et avancée du projet d’identité numérique, perçu par de nombreux citoyens comme un outil de surveillance généralisée inscrit dans des agendas supranationaux.
Impardonnable de pardonner
Le Québec se retrouve aujourd’hui avec un héritage lourd : un système de santé exsangue, des services publics fragilisés, un tissu social profondément fracturé, et une confiance citoyenne durablement abîmée. Quitter avant le verdict n’efface ni les faits, ni les responsabilités. Une démission stratégique ne saurait remplacer la vérité. François Legault et la CAQ doivent rendre des comptes, pleinement et publiquement.
Les Québécoises et les Québécois ne demandent pas des départs calculés. Ils exigent la transparence, la vérité et une véritable reddition de comptes.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

