Tirad Badawi se lance à Sherbrooke: le fils de Raif veut servir la communauté de Rock Forest
À 21 ans, Tirad Badawi, installé à Sherbrooke depuis l’enfance, brigue un siège de conseiller municipal dans Rock Forest. Fils du blogueur saoudien Raif Badawi, il dit vouloir remercier une ville qui a porté la cause de sa famille tout en recentrant son engagement sur des enjeux locaux.
Le parcours d’un fils exilé
Arrivé le 31 octobre 2013 avec sa mère et ses sœurs, alors qu’il n’avait que 9 ans, Tirad Badawi a grandi au rythme des rassemblements citoyens devant l’hôtel de ville de Sherbrooke réclamant la libération de son père. Aujourd’hui candidat, il confie n’avoir pas revu Raif depuis 13 ans. Les conversations quotidiennes au téléphone ne remplacent pas, dit-il, une relation vécue au long cours. Cette séparation a façonné sa sensibilité et, selon lui, son écoute des autres.
Un dossier toujours sensible en Arabie saoudite
Raif Badawi a été arrêté en 2012 pour la création d’un forum de discussion et des publications jugées offensantes par les autorités. En 2014, il a écopé d’une peine de 10 ans de prison assortie d’une amende d’environ 360 000 $ et d’une série de 1000 coups de fouet. Cinquante ont été administrés avant que le reste ne soit suspendu à la suite d’un tollé international et de préoccupations médicales. Libéré en 2022, il demeure soumis à une interdiction de voyager et à des restrictions d’expression durant 10 ans. Sauf décision contraire des autorités, cette interdiction court jusqu’en 2032. La famille rappelle que le paiement de l’amende et la levée des mesures sont des conditions essentielles pour un éventuel regroupement familial.
Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, réclament depuis des années la fin des restrictions visant Raif Badawi. Au Québec, des mobilisations citoyennes régulières se sont tenues à Sherbrooke et ailleurs. Dans ce contexte, Tirad participe encore à des démarches diplomatiques et juridiques visant à obtenir une autorisation de sortie du territoire pour son père.
Du militantisme à l’arène municipale
Le déclic politique de Tirad Badawi est venu après une discussion familiale. Son père l’aurait encouragé à profiter d’une liberté de se présenter à une élection qui serait, selon lui, impensable en Arabie saoudite. Le jeune Sherbrookois mène en parallèle des activités de conférencier, notamment auprès de l’organisme Pour les droits des femmes du Québec (PDF). S’il est élu, il entend continuer ses conférences à un rythme compatible avec ses fonctions.
Conscient que certaines de ses prises de position en ligne ont suscité des réactions, notamment à propos des tensions liées aux manifestations sur des campus universitaires, il assure vouloir privilégier désormais les débats en personne et les dossiers municipaux concrets.
Priorités locales et campagne à Rock Forest
Au fil du porte-à-porte, Tirad Badawi dit avoir bâti sa plateforme autour de trois axes: l’entretien des chaussées, la sécurité routière et la pression fiscale. Des thèmes classiques des campagnes locales au Québec, sur fond d’inflation, de rattrapage des infrastructures et de coûts grandissants des services municipaux, de l’eau jusqu’au transport en commun. Il affirme vouloir concentrer ses interventions sur des résultats mesurables, comme l’accélération des travaux de voirie et l’amélioration de la signalisation.
Il se garde d’attaquer le bilan de l’administration sortante et mise sur sa jeunesse comme atout de proximité. À ceux qui le reconnaissent parfois comme « le fils de », il assure ne pas solliciter les électeurs sur ce motif et préférer laisser les conversations tourner autour des besoins de quartiers. Sherbrooke, ville de près de 180 000 habitants, renouvelle son conseil dans le cadre des élections municipales prévues à l’automne 2025, un scrutin où les enjeux d’aménagement, de transport et de fiscalité occuperont une place centrale.
- En bref: Tirad Badawi est le fils du blogueur saoudien Raif Badawi, détenu de 2012 à 2022 et toujours frappé d’une interdiction de voyager.
- La famille a obtenu l’asile au Canada en 2013; Tirad a grandi à Sherbrooke, où il s’implique désormais en politique municipale.
- Le candidat travaille aussi comme conférencier, notamment sur les thèmes des droits humains et des libertés civiles.
