SHERBROOKE — Des militants du Parti communiste révolutionnaire (PCR) ont récemment installé leurs journaux et leur matériel militant aux abords du lac des Nations, à Sherbrooke. Leur objectif était assez clair : discuter avec les passants, mais surtout préparer le terrain en vue de la rentrée, alors que le groupe affirme vouloir rejoindre ce qu’il appelle la « jeunesse radicalisée » de Sherbrooke. L’initiative aura toutefois provoqué une réaction pour le moins froide sur les réseaux sociaux.
Mais qui sont exactement ces militants? Le nom du Parti communiste révolutionnaire peut porter à confusion. Il ne s’agit pas d’une résurrection de l’organisation maoïste canadienne qui portait autrefois le même nom et qui a disparu il y a quelques années. Le PCR actuel appartient à une tout autre famille de l’extrême gauche marxiste.
Un parti né en 2024
Le Parti communiste révolutionnaire actuel a été officiellement fondé en mai 2024, lors d’un congrès tenu à Montréal qui a rassemblé près de 400 militants selon l’organisation. Il ne partait toutefois pas de zéro. Ses militants étaient auparavant regroupés autour de La Riposte socialiste au Québec et de Fightback dans le reste du Canada. Cette organisation constituait la section canadienne de la Tendance marxiste internationale (TMI).
À la même époque, la Tendance marxiste internationale entreprenait elle-même une transformation. En juin 2024, elle est devenue l’Internationale communiste révolutionnaire (ICR). Le PCR en constitue aujourd’hui la section canadienne. L’organisation internationale affirme maintenant compter plusieurs milliers de membres répartis dans des dizaines de pays.
Le PCR s’inscrit dans une tradition marxiste et trotskiste. Dans ses propres textes, il revendique explicitement l’héritage de Karl Marx, Friedrich Engels, Vladimir Lénine et Léon Trotsky, auquel il ajoute celui du théoricien trotskiste britannique Ted Grant. C’est une distinction importante pour comprendre où se situe le groupe dans la très nombreuse famille des organisations communistes.
Pas le même PCR que l’organisation maoïste
Le nom n’est pourtant pas nouveau au Canada. Un autre Parti communiste révolutionnaire a existé pendant plusieurs années au Québec et au Canada avant de disparaître en 2021.
Cette ancienne organisation était marxiste-léniniste-maoïste et défendait notamment la stratégie de la « guerre populaire prolongée ». Elle était associée à différents groupes militants étudiants et révolutionnaires et n’appartenait absolument pas à la tradition trotskiste dont est issu le PCR actuel. Sa dissolution a été annoncée en novembre 2021.
Il n’existe donc pas de continuité organisationnelle entre les deux PCR. Le parti fondé en 2024 provient de La Riposte socialiste/Fightback et de la Tendance marxiste internationale. Autrement dit, malgré un nom identique et l’utilisation des mêmes grandes références communistes, on parle de deux organisations distinctes, provenant de courants historiquement rivaux du mouvement marxiste.
Cette nuance n’est d’ailleurs pas anodine. Un internaute ayant vu les militants de Sherbrooke les a qualifiés de « fan club de Mao Zedong ». Or, si la référence au communisme explique facilement cette association dans l’imaginaire populaire, elle ne correspond pas à la filiation idéologique du groupe actuel.

Que veut le Parti communiste révolutionnaire?
Le PCR ne cache pas ses intentions. Son programme ne consiste pas simplement à réclamer davantage de programmes sociaux ou une augmentation des impôts des plus riches. Le parti revendique explicitement une transformation révolutionnaire de la société et le renversement du capitalisme.
Parmi ses propositions se trouvent l’expropriation des plus grandes entreprises, la nationalisation des banques et la planification démocratique de l’économie. Le parti défend également une semaine de travail de 30 heures, une importante réduction de l’âge de la retraite, la gratuité scolaire ainsi qu’une expansion considérable des services publics. Son objectif ultime demeure cependant beaucoup plus large : remplacer le système capitaliste par une société socialiste dirigée par la classe ouvrière et inscrire cette transformation dans un mouvement révolutionnaire international.
Le mouvement accorde également une importance considérable à la formation politique de ses membres. Ses activités passent par des cellules locales, la vente de son journal Révolution communiste, des conférences et des campagnes de recrutement, avec une attention particulière portée aux jeunes et aux milieux étudiants. Son discours est ainsi beaucoup plus ouvertement révolutionnaire que celui des partis de gauche représentés dans les parlements canadien et québécois.
Il faut également apporter une autre précision : malgré son appellation de « parti », le Parti communiste révolutionnaire ne figure pas, en date du 13 août 2026, parmi les partis politiques enregistrés auprès d’Élections Canada. On y retrouve notamment le Parti communiste du Canada et le Parti marxiste-léniniste du Canada, deux autres formations complètement distinctes du PCR.
Des militants au lac des Nations
À Sherbrooke, le PCR possède maintenant une présence locale et semble vouloir la développer. Dans une publication récente, sa section sherbrookoise explique que ses militants se sont installés au lac des Nations, journaux en main, afin d’aller à la rencontre des passants.
Le groupe affirme être ressorti de l’activité avec l’impression que les citoyens « en ont ras-le-bol du statu quo ». Il annonce également vouloir profiter de la rentrée pour « interpeller la jeunesse radicalisée de Sherbrooke » et l’inviter à s’organiser au sein d’un parti proposant une « solution révolutionnaire ».
La réaction sur les réseaux sociaux a été beaucoup moins enthousiaste.
Une publication qui ne fait pas l’unanimité
Sous la publication partagée, les commentaires négatifs, sarcastiques et parfois carrément insultants se sont multipliés. Plusieurs internautes ont évoqué l’Union soviétique, Cuba, la Corée du Nord ou le mur de Berlin pour contester le projet politique du groupe. D’autres ont simplement ironisé sur la présence du marteau et de la faucille en 2026 ou suggéré aux militants de suivre « un cours d’histoire sur le communisme ».
Quelques commentaires se montrent plus favorables ou défendent le groupe, mais ils sont largement noyés dans une succession de réactions hostiles. Certains messages s’en prennent même directement à l’apparence physique des militants, sans véritablement discuter de leurs idées. La publication démontre au moins une chose : plus de trente ans après la disparition de l’Union soviétique, le mot « communisme » demeure capable de provoquer des réactions particulièrement vives.
Cela ne semble pas décourager les militants sherbrookois. Pour le PCR, l’objectif n’est d’ailleurs pas de devenir à court terme une formation électorale traditionnelle. Sa stratégie repose plutôt sur la constitution progressive de cellules militantes et sur le recrutement de personnes convaincues de la nécessité d’une rupture avec le capitalisme.
La rentrée scolaire et universitaire donnera maintenant une meilleure idée de la capacité de cette petite organisation révolutionnaire à transformer sa visibilité sur les réseaux sociaux en véritable présence militante à Sherbrooke.
Sources :
- Parti communiste révolutionnaire / Révolution communiste — manifeste, programme et publications officielles.
- Internationale communiste révolutionnaire — historique de la transformation de la Tendance marxiste internationale.
- Élections Canada — liste officielle des partis politiques enregistrés au Canada.
- Archives et références publiques concernant l’ancien Parti communiste révolutionnaire maoïste, dissous en 2021.
- Publication du Parti communiste révolutionnaire – Sherbrooke et commentaires publics accompagnant celle-ci.

