SHERBROOKE — Les abeilles n’ont ni bulletin de vote ni débat télévisé. Elles doivent pourtant prendre des décisions collectives dont dépend leur survie, notamment lorsqu’un essaim cherche un nouvel endroit où s’installer. Avec Apis Mellifera Concerto, présentée à Sporobole du 2 octobre au 27 novembre 2026, l’artiste Amélie Laurence Fortin transforme ce processus en une installation mêlant son, sculpture et vidéo.
Le vernissage aura lieu le vendredi 2 octobre, de 17 h à 19 h, en présence de l’artiste et de l’équipe du centre. Dans sa publication annonçant le montage de l’exposition, Sporobole invite le public à discuter de démocratie chez les abeilles, à quelques jours d’un autre exercice de décision collective. Une façon assez inattendue d’aborder un sujet qui occupe déjà beaucoup de place dans les conversations cet automne.
Une ruche qui devient un instrument
Apis Mellifera Concerto prend la forme d’un instrument sonore génératif et comportemental. Autrement dit, son fonctionnement s’appuie sur un système qui produit des sons à partir de comportements modélisés, plutôt que sur la seule diffusion d’un enregistrement fixe. Le projet cherche ainsi à traduire en musique la manière dont les abeilles communiquent et choisissent un nouveau site d’habitation.
L’exposition découle d’une résidence effectuée à Sporobole en 2025, dans le cadre de la cohorte sonore du Chantier IA. Pour développer cette traduction des comportements en sons, Amélie Laurence Fortin a travaillé avec Renaud Gervais, développeur créatif au centre. Leur collaboration relie les recherches sur l’intelligence collective des abeilles à la création artistique et aux outils numériques.
Comment les abeilles choisissent leur prochain logement
Lorsqu’une partie d’une colonie quitte la ruche pour former un nouvel essaim, des éclaireuses explorent les environs à la recherche d’un abri. Elles inspectent des emplacements, puis reviennent communiquer leurs découvertes par des danses qui renseignent leurs congénères. Les sites jugés intéressants attirent d’autres éclaireuses, qui peuvent les examiner à leur tour.
Les travaux du biologiste Thomas D. Seeley, de l’Université Cornell, montrent que ce choix repose sur des évaluations individuelles, des échanges d’information et le recrutement progressif d’autres abeilles. Lorsqu’un nombre suffisant d’éclaireuses se rassemble sur un site, ce quorum contribue à déclencher les préparatifs du départ. La décision peut donc se prendre alors que certaines abeilles soutiennent encore une autre option : l’unanimité absolue n’est pas nécessaire.
Le mot « démocratie » désigne ici un fonctionnement collectif, plutôt qu’une reproduction miniature de nos institutions politiques. Ce qui intéresse les chercheurs, c’est notamment la capacité d’un groupe à comparer plusieurs possibilités sans qu’un seul individu impose son choix. Pour le visiteur, cette organisation ouvre aussi une question toute simple : comment arrive-t-on à décider ensemble lorsque chacun ne possède qu’une partie de l’information?
Écouter les déplacements de l’essaim
Dans l’œuvre, les déplacements et les échanges des abeilles deviennent la matière d’une partition. La présentation de Sporobole indique que l’installation utilise une spatialisation ambisonique, une technique permettant de répartir le son autour des personnes qui écoutent. Le public est invité à circuler dans l’espace pour découvrir cette traduction sonore des comportements collectifs.
Une composante vidéo montre également une colonie filmée en macro, donnant une présence agrandie aux insectes et à leurs mouvements. Les crédits comprennent Emiko Okime à la direction de la photographie et Michał Bromboszcz à l’interprétation au violoncelle. L’ensemble propose de regarder et d’écouter autrement une activité qui, à l’échelle humaine, peut facilement sembler n’être qu’une agitation incessante.
L’intelligence artificielle comme outil de création
L’intelligence artificielle et le développement logiciel agentique ont participé à la réalisation de cet instrument. Cette dernière expression désigne l’utilisation d’agents logiciels capables d’accomplir des tâches dans un processus de développement. Dans ce projet, ces outils servent à explorer différentes façons de transformer les comportements étudiés en une expérience artistique.
Le rapprochement entre les abeilles et l’informatique permet aussi d’interroger notre idée de l’intelligence. Une capacité à choisir, à communiquer ou à coordonner des actions peut émerger d’interactions entre de nombreux individus. L’exposition fait de cette question une expérience sensible, où le visiteur peut suivre les mouvements d’un collectif à travers le son et l’image.
Sporobole, un lieu où la recherche rencontre l’art
Installé au 74, rue Albert, Sporobole est un centre de recherche, de production et de diffusion artistique en contexte numérique. Son rôle comprend l’accompagnement d’artistes dans le développement de projets technologiques, l’accueil de résidences et la présentation d’œuvres au public. Le centre mène aussi des activités de médiation et soutient des organismes dans leur appropriation des outils numériques.
Cette nouvelle exposition illustre le travail réalisé en amont d’une présentation en galerie. Elle réunit une démarche artistique, des connaissances scientifiques et un développement technique mené en collaboration. Le lieu devient ainsi un espace où l’on peut autant découvrir une œuvre que réfléchir aux technologies et aux formes de communication qu’elle mobilise.
Une artiste entre le Canada et la Pologne
Amélie Laurence Fortin vit et travaille entre le Canada et la Pologne. Sa pratique comprend les installations, la sculpture et les œuvres sonores, avec un intérêt pour les transformations technologiques et les récits que peuvent porter les objets. Ses œuvres ont notamment été présentées à OBORO, à la Fonderie Darling, au Centre Clark et au KIKK Festival, en Belgique.
Avec Apis Mellifera Concerto, elle porte cette recherche vers les relations entre l’individu et le groupe. Les abeilles deviennent à la fois un sujet d’étude et le point de départ d’un langage artistique. De quoi donner une autre dimension au bourdonnement, bien au-delà du bruit qui accompagne nos journées d’été.
Une exposition gratuite jusqu’au 27 novembre
Apis Mellifera Concerto sera présentée du 2 octobre au 27 novembre 2026 à Sporobole, au 74, rue Albert, à Sherbrooke. L’entrée est gratuite, selon la fiche publiée sur La Vitrine. Le vernissage du vendredi 2 octobre, de 17 h à 19 h, permettra de rencontrer Amélie Laurence Fortin et l’équipe qui accompagne le projet.

