L’industrie canadienne de la restauration traverse actuellement une période extrêmement difficile. Derrière les terrasses bondées, les salles à manger encore animées et les nouvelles ouvertures qui attirent l’attention, un phénomène silencieux et beaucoup plus préoccupant progresse partout au pays.
Selon une analyse du Laboratoire d’analytique agroalimentaire de l’Université Dalhousie, environ 7 000 restaurants auraient fermé leurs portes au Canada en 2025. Les projections du laboratoire indiquent également qu’environ 4 000 autres établissements pourraient disparaître au cours de l’année 2026 donc si cette tendance se maintient, près de 11 000 restaurants pourraient avoir disparu en seulement deux ans au Canada.
Une industrie qui semble encore solide
À première vue, plusieurs consommateurs ont encore l’impression que l’industrie se porte relativement bien. Les restaurants demeurent fréquentés à certains endroits, les applications de livraison continuent de gagner en popularité et de nouveaux concepts apparaissent régulièrement.
Pourtant, les données économiques dressent un portrait beaucoup plus fragile.
Selon Restaurants Canada, environ 44 % des établissements du secteur fonctionnaient à perte ou seulement au seuil de rentabilité à la fin de l’année 2025. Avant la pandémie, cette proportion se situait autour de 12 %.
Autrement dit, près d’un restaurant canadien sur deux ne générerait pratiquement plus de profits malgré les longues heures de travail, les investissements et les risques financiers assumés par les propriétaires.
Plus inquiétant encore, environ 60 % des restaurateurs interrogés affirment que leur rentabilité en 2025 a été inférieure à ce qu’ils prévoyaient.
Les coûts continuent d’exploser
Depuis plusieurs années, les propriétaires doivent composer avec une hausse importante des dépenses d’exploitation.
Le coût des aliments continue d’augmenter. Les loyers commerciaux atteignent des niveaux records dans plusieurs villes. Les frais énergétiques, les assurances, les dépenses liées à la main-d’œuvre ainsi que les frais imposés par certaines plateformes de livraison poursuivent eux aussi leur progression.
Selon Restaurants Canada, plus de 90 % des exploitants considèrent désormais le coût des aliments comme l’un des principaux défis de l’industrie. Les coûts de main-d’œuvre figurent également parmi les préoccupations majeures du secteur.
Même lorsque les revenus augmentent, plusieurs établissements peinent désormais à maintenir des marges bénéficiaires suffisantes.
Les données de Statistique Canada démontrent d’ailleurs que les ventes du secteur de la restauration ont dépassé 101 milliards de dollars en 2025. Malgré cette hausse des revenus, plusieurs restaurateurs constatent que leurs profits continuent de diminuer en raison de l’augmentation rapide des coûts d’exploitation.
Les consommateurs changent leurs habitudes
Les habitudes des consommateurs évoluent elles aussi rapidement.
Avec l’inflation, la hausse des loyers et l’augmentation générale du coût de la vie, plusieurs ménages réduisent leurs dépenses discrétionnaires afin de préserver leur budget.
Selon Restaurants Canada, environ 42 % des Canadiens affirment avoir réduit leurs sorties au restaurant pour économiser.
Les restaurateurs observent également une baisse de la facture moyenne par client. Plusieurs consommateurs réduisent les extras, commandent moins de boissons alcoolisées, moins de desserts et limitent davantage les sorties spontanées.
Pour plusieurs établissements, ces dépenses additionnelles représentaient autrefois une portion importante de la rentabilité.
Les restaurants indépendants particulièrement vulnérables
Les établissements indépendants apparaissent parmi les plus fragiles dans le contexte actuel.
Contrairement aux grandes chaînes, plusieurs petits restaurants disposent de moins de ressources financières et d’un pouvoir de négociation plus limité auprès des fournisseurs.
Chaque fermeture représente bien davantage qu’un simple commerce qui disparaît.
Ce sont des emplois perdus, des investissements effacés et parfois le rêve de toute une famille qui s’éteint après plusieurs années d’efforts.
La restauration demeure pourtant l’un des secteurs économiques les plus importants au pays et soutient plus d’un million d’emplois directs et indirects au Canada.
Une crise qui progresse discrètement
Contrairement aux licenciements massifs observés dans certaines grandes entreprises, la crise actuelle de la restauration progresse beaucoup plus discrètement.
À l’échelle du pays, ces fermetures successives commencent toutefois à représenter l’une des plus importantes transformations de l’industrie canadienne depuis plusieurs décennies.
Une question demeure maintenant.
Combien de restaurants indépendants réussiront encore à survivre si les coûts continuent d’augmenter plus rapidement que le pouvoir d’achat des consommateurs ?
Sources:
Statistique Canada — Données économiques sur le secteur de la restauration et des services alimentaires au Canada
Restaurants Canada — Rapports de rentabilité et sondages nationaux sur l’industrie de la restauration (2025-2026)
Agri-Food Analytics Lab — Université Dalhousie, analyses et projections sur les fermetures d’établissements au Canada
Université Dalhousie — Études et analyses économiques sur l’industrie alimentaire canadienne

