Il domine la côte King depuis près d’un siècle, ailes déployées, figé dans un mouvement qui semble à la fois protéger et rappeler. Beaucoup l’admirent sans vraiment connaître son histoire. Pourtant, l’ange du cénotaphe de Sherbrooke est l’un des monuments les plus chargés de symbolisme de la ville.
Un monument pour honorer les soldats sherbrookois tombés à la guerre
Le cénotaphe de Sherbrooke est inauguré en 1926. À cette époque, le Canada tente encore de panser les plaies laissées par la Première Guerre mondiale. La région de Sherbrooke a payé un lourd tribut : de nombreuses familles ont perdu des fils, des frères, des pères. Ce monument est donc érigé en mémoire des soldats de Sherbrooke morts au combat — d’où son nom : cénotaphe, qui signifie « tombe vide », un lieu où l’on honore les disparus même si leurs corps n’ont jamais été rapatriés.
Une œuvre d’art monumentale signée par un sculpteur canadien de renom
L’ange n’est pas une sculpture improvisée. Il s’agit d’une œuvre ambitieuse de l’artiste G. W. Hill, un sculpteur montréalais réputé pour plusieurs monuments commémoratifs importants au Québec et au Canada.
Son style se reconnaît facilement : silhouettes puissantes, mouvement dramatique, symbolisme classique.
L’ange du cénotaphe, souvent appelé “L’Ange de la Victoire”, représente une figure ailée qui avance vers l’avant, brandissant une épée inversée — symbole à la fois de courage, de sacrifice et de paix retrouvée après le chaos.
Pourquoi un ange?
Le choix d’un ange comme figure centrale n’est pas anodin. Dans l’imaginaire de l’époque :
- l’ange symbolise la protection des vivants,
- le passage des âmes vers l’au-delà,
- la victoire morale, même lorsque la guerre emporte des vies,
- et l’espérance, parce qu’un ange, par définition, ne tourne jamais le dos aux humains.
Le pied posé en avant, l’épée abaissée, les ailes ouvertes… tout dans la posture évoque un gardien, un être qui veille sur la ville. D’où la sensation — presque universelle — que cette statue observe Sherbrooke du haut de sa colline.
Un emplacement pensé pour marquer la mémoire collective
Le cénotaphe n’a pas été installé dans la côte King par hasard. À l’époque :
- c’était l’un des axes les plus fréquentés de Sherbrooke,
- il offrait une vue plongeante sur la ville,
- et il imposait un passage obligé devant le monument pour les citoyens, un rappel quotidien des sacrifices consentis.
Encore aujourd’hui, en hiver comme sur la photo devenue virale, l’ange semble flotter au-dessus de la ville, un contraste puissant entre pierre froide et symbolisme ardent.
Une cérémonie annuelle qui se poursuit depuis bientôt 100 ans
Chaque année, lors du Jour du Souvenir, les vétérans, familles, élus et citoyens se rassemblent devant ce même cénotaphe pour honorer les soldats tombés au front, des deux guerres mondiales jusqu’aux missions modernes.
Les noms inscrits sur le monument témoignent des familles sherbrookoises qui ont vécu le deuil, parfois à répétition.
Un symbole qui traverse les générations
Qu’on y voie un protecteur, un avertissement ou un hommage silencieux, le cénotaphe demeure un point d’ancrage dans le paysage sherbrookois. Un rappel que la ville s’est construite grâce à des hommes et des femmes qui ont servi, sacrifié, et que leurs histoires ne doivent pas sombrer dans l’oubli.
L’ange continue donc de veiller, exactement comme l’artiste l’avait imaginé en 1926.

