Bell poursuit l’hécatombe. L’entreprise vient d’annoncer 690 nouvelles mises à pied au pays, principalement des cadres, s’ajoutant à une série de coupes successives qui redessinent entièrement le paysage médiatique et télécom canadien.
Au total, presque 6 800 emplois ont été éliminés en trois ans et le groupe a vendu 54 stations de radio à travers le Canada. La direction confirme un plan de 5 milliards de dollars en dividendes aux actionnaires sur la même période. Une réalité qui soulève un malaise grandissant parmi les employés, les syndicats et une bonne partie du public.
Une vague de mises à pied sans précédent
Les 690 départs annoncés cette semaine ne sont que la pointe de l’iceberg. Depuis 2023, Bell multiplie les réductions d’effectifs dans l’ensemble de ses divisions :
- 2023 : environ 1 300 postes supprimés, accompagnés de fermetures de stations AM.
- 2024 : une restructuration majeure frappe 4 800 employés (près de 9 % de la main-d’œuvre), combinée à la vente massive de stations radio régionales.
- 2025 : un nouveau cycle coupe environ 690 postes, principalement des cadres et employés non syndiqués.
Au total : presque 6 800 emplois éliminés en seulement trois ans, avec des impacts importants dans les secteurs des télécommunications, des médias et des opérations régionales.
Les syndicats dénoncent une stratégie de compression menée alors que BCE demeure profitable et que les dirigeants bénéficient de primes substantielles. Plusieurs travailleurs disent apprendre leur licenciement par courriel, parfois après des années de service.
54 stations radio vendues ou fermées : un retrait accéléré du terrain médiatique
En parallèle des mises à pied, Bell s’est départi de 54 stations radio à travers le Canada depuis 2023 — une combinaison de ventes, fermetures et abandons de licences. Les marchés touchés couvrent la Colombie-Britannique, l’Ontario, le Québec et les provinces atlantiques.
Ce retrait massif laisse un vide médiatique important dans plusieurs communautés, particulièrement dans les régions où la radio locale constituait une source essentielle d’information. Pour les observateurs, il s’agit d’une des plus grandes déconstructions du réseau radio privé canadien en une période aussi courte.
5 milliards en dividendes : un contraste difficile à justifier
Alors que les employés encaissent les coups, Bell confirme qu’elle versera 5 milliards de dollars en dividendes à ses actionnaires sur les trois prochaines années.
Cette décision suscite un débat : comment une entreprise peut-elle justifier l’élimination de milliers d’emplois et la vente massive d’actifs régionaux tout en maintenant un engagement aussi élevé envers la rémunération des investisseurs ?
Pour les syndicats, la réponse est claire : Bell privilégie la valeur boursière avant l’intérêt public, au détriment des collectivités et des travailleurs.
Pour la direction, la restructuration vise à assurer la “viabilité à long terme” et à financer la transformation technologique.
Quel rôle l’intelligence artificielle joue-t-elle dans cette transformation ?
Bien que Bell ne présente jamais officiellement ses licenciements comme des “remplacements par l’IA”, plusieurs indices indiquent que l’automatisation joue un rôle croissant dans cette réorganisation. Dans les centres d’assistance, les systèmes conversationnels automatisés ont pris une part importante du travail des agents humains, réduisant le besoin de personnel d’entrée de gamme.
Dans les opérations techniques, la surveillance des réseaux, autrefois réalisée manuellement, repose de plus en plus sur des outils d’analyse automatisée et des algorithmes de détection. Dans les médias, l’automatisation des salles de nouvelles, la centralisation des opérations et l’intégration de systèmes permettant une production avec moins d’employés expliquent aussi une partie des compressions.
L’impact de l’IA n’est pas frontal — aucun communiqué ne dit : “nous remplaçons ces postes par des robots”. Mais la logique est évidente : si des systèmes intelligents peuvent accomplir en quelques secondes des tâches auparavant réalisées par plusieurs employés, la pression sur l’effectif devient inévitable.
Autrement dit, l’IA n’est peut-être pas la cause directe des licenciements… mais elle rend ces décisions beaucoup plus faciles à justifier.
Une transformation qui laisse des traces
Au-delà des chiffres, c’est toute une vision du rôle de Bell dans la société canadienne qui apparaît bouleversée. Moins d’employés, moins de présence locale, moins de voix régionales, mais plus de dividendes et une stratégie centrée sur l’efficacité financière.
Pour plusieurs communautés — dont Sherbrooke et l’Estrie — cette transformation signifie moins d’information locale, moins de représentation et moins de diversité médiatique.

