La transparence syndicale dérange-t-elle Magali Picard ?

Partagez

SHERBROOKE — Depuis des années, Magali Picard prend la parole publiquement avec une certitude : remettre en cause le pouvoir syndical équivaudrait, selon elle, à une menace pour l’existence même du Québec. Une baisse d’impôt ? Elle la présente comme une catastrophe sociale. Elle parle de ses racines huronnes-wendat et de son enfance à Wendake, mais ses prises de position suivent toujours la même direction : l’État doit en donner davantage, sans jamais reprendre.

Lors d’un conflit de travail au Québec, elle s’est retrouvée au cœur d’une polémique. On a découvert qu’elle se trouvait à Dubaï pour une rencontre internationale alors que des travailleurs traversaient une période tendue. Les réactions n’ont pas tardé : une dirigeante syndicale, entendait-on, doit rester aux côtés de ses membres. Face à la pression des médias et du monde politique, Picard a raccourci son séjour et est rentrée en toute hâte. Le surnom « Magali Dubaï Picard » lui est resté, accompagné du sentiment qu’elle s’était éloignée des travailleurs qu’elle défend.

Invitée d’honneur au rassemblement du Parti québécois en janvier 2026, à Saint-Hyacinthe, elle illustre à quel point les centrales syndicales paraissent désormais suivre la stratégie du PQ. Et dès qu’un chef politique aborde la transparence syndicale, qu’il s’agisse de Pierre Poilievre ou d’Éric Duhaime, elle dégaine ses mots comme une matraque.

Ce réflexe dissimule une réalité : elle ne souhaite pas d’un syndicalisme ouvert et transparent. Sous Stephen Harper, deux lois avaient été votées afin de donner aux travailleurs un droit de regard sur leurs cotisations. La loi C-377 contraignait les syndicats à rendre publics leurs états financiers détaillés. La loi C-525 instaurait un vote secret pour l’accréditation et la décertification, de sorte que les travailleurs puissent choisir librement d’adhérer ou de se retirer, à l’abri des pressions de l’appareil. Deux lois simples : rendre les organisations syndicales aussi transparentes que n’importe quel organisme financé par des contributions obligatoires. Justin Trudeau les a supprimées dès son arrivée au pouvoir par le projet de loi C-4, fermant ainsi la porte à un débat fondamental : le droit des travailleurs de savoir à quoi sert leur argent et de décider démocratiquement de leur affiliation.

Comprenez-vous pourquoi Mme Picard ne voulait ni de Pierre Poilievre ni d’Éric Duhaime ? Parce qu’ils parlaient de transparence syndicale et du droit redonné aux travailleurs de décertifier un syndicat qui ne les représente plus.

Voilà le débat qu’Éric Duhaime a voulu réintroduire dans son programme : davantage de transparence, davantage de reddition de comptes, davantage de pouvoir pour les membres que pour les appareils. Rien de révolutionnaire. Juste l’idée que des cotisations obligatoires devraient s’accompagner de l’obligation de montrer les livres et que l’adhésion syndicale devrait être un choix renouvelé démocratiquement, y compris par la décertification. Pour Magali Picard, ce principe semble constituer une ligne rouge. Chaque fois qu’un politicien mentionne la transparence syndicale ou la décertification, ce mécanisme qui permet de déclarer « ce syndicat ne nous représente plus » et de mettre officiellement fin à son statut, elle monte au front comme si l’on cherchait à démanteler le mouvement syndical lui-même.

Note éditoriale : Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

Nouvelles

Actualités