Alors que les urgences débordent et que les appels à l’aide explosent, une initiative discrète mais profondément innovante est en train de transformer l’approche en santé mentale en Estrie.
Depuis l’automne 2025, une équipe spécialisée circule sur le territoire sherbrookois avec un objectif clair : intervenir avant que les situations ne dégénèrent. Baptisée Clinique Rempart, cette unité mobile s’inscrit dans une volonté de repenser les soins en allant directement vers les personnes les plus vulnérables, souvent isolées et peu enclines à consulter.
Aller là où personne ne va
Contrairement au modèle traditionnel où le patient doit se déplacer vers les services, la Clinique Rempart inverse complètement la logique. Les intervenants se rendent directement dans le milieu de vie des personnes en difficulté.
Sur le terrain, une infirmière spécialisée en santé mentale, soutenue par une équipe médicale incluant psychiatres et médecins de famille, procède à une évaluation complète de la situation. Cette approche permet de mieux comprendre le contexte réel, d’instaurer un lien de confiance et d’agir rapidement.
Elle offre surtout une porte d’entrée à ceux qui, autrement, resteraient en marge du système de santé.
Une réponse à une pression croissante
La mise en place de cette clinique mobile ne se fait pas sans raison. En Estrie, les services sont sous forte pression, notamment en raison d’une augmentation marquée des détresses psychosociales.
Au cours de la dernière année, plus de 41 000 appels ont été traités par Info-Social (811), dont plusieurs centaines provenaient directement des services policiers. Ces chiffres témoignent d’un besoin grandissant d’interventions rapides, ciblées et humaines.
Dans ce contexte, la Clinique Rempart agit comme un levier essentiel pour désengorger les urgences et offrir une réponse adaptée, en amont des crises.
Une collaboration terrain avec les policiers
L’un des aspects les plus novateurs du projet repose sur la collaboration étroite entre les intervenants en santé mentale et les forces policières.
Souvent premiers témoins de situations préoccupantes, les policiers peuvent signaler des cas à l’équipe de la Clinique Rempart. Cette synergie permet une prise en charge plus rapide et plus appropriée, tout en réduisant les interventions d’urgence inutiles.
Au-delà de la sécurité, c’est une approche centrée sur la personne qui s’impose progressivement.
Des résultats déjà encourageants
Depuis son déploiement, la Clinique Rempart a permis d’intervenir auprès de plusieurs personnes nécessitant un accompagnement immédiat. La majorité des interventions ont été réalisées directement à domicile, avec la mise en place de suivis adaptés pour les cas les plus complexes.
Chaque intervention contribue à stabiliser des situations fragiles, à prévenir des hospitalisations et à reconnecter certains individus avec les ressources disponibles.
Une nouvelle philosophie des soins
Au-delà des chiffres, la Clinique Rempart incarne un changement de paradigme. Elle repose sur une vision plus humaine, plus proactive et moins institutionnelle de la santé mentale.
Plutôt que d’attendre la crise, on cherche à la prévenir. Plutôt que de centraliser les services, on les rapproche des citoyens. Et surtout, on privilégie la compréhension et l’accompagnement plutôt que la simple intervention.
Vers un modèle inspirant pour le Québec ?
Dans un contexte où la santé mentale s’impose comme un enjeu majeur de société, Sherbrooke pourrait bien devenir un modèle à suivre.
La Clinique Rempart ouvre la voie à une approche plus agile et plus proche des réalités du terrain. Une approche où la question n’est plus seulement de savoir comment intervenir en situation de crise, mais bien comment éviter qu’elle ne survienne.
Source:
CIUSSS de l’Estrie – CHUS – https://www.santeestrie.qc.ca/nouvelle/la-clinique-rempart

